Algérie

L'ancien et le neuf



Le 1er Mai, fête des travailleurs ? Certes, mais avantd'être une fête, la tradition universelle veut qu'elle soit  l'occasion pour les travailleurs de montrerqu'ils sont combatifs, qu'ils sont mobilisés pour arracher une amélioration desconditions de vie et de travail. Dans un pays où le jour est officiellementférié, le sens profond de cette journée a été pendant longtemps neutralisé parles commémorations unanimistes. L'émergence des syndicats autonomes qui ont réussirécemment une grande mobilisation unitaire dans la fonction publique luiredonne du sens. La sympathie réelle des Algériens pour les syndicats autonomestient fondamentalement au fait qu'ils sont perçus comme des mouvementscombatifs, à l'opposé d'une UGTA, enkystée car n'ayant pu se renouveler enprenant la distance nécessaire avec le pouvoir.Le fait que le gouvernement persiste, contre l'évidence dumouvement social, à tout faire pour maintenir la Centrale dans le statutde syndicat unique et de partenaire unique ne lui apporte pas un surcroît decrédit, bien au contraire. C'est dans l'absence d'aggiornamento de l'UGTA que s'est créé le besoin d'un syndicalisme autonome. Structurellementet au-delà de la qualité de ses dirigeants, l'UGTAressemble encore à celle qui existait dans les années 70, c'est toujours une«organisation de masse», terme désuet de la caporalisation sous parti unique, aulieu d'être un syndicat. Le tournant n'a pas été pris alors que le contratsocial imparfait qui existait auparavant n'a pas résisté à la marche forcéevers le marché.S'il est absurde de reprocher aux syndicats de faire de lapolitique - ils en font toujours dès lors qu'ils contestent ou approuvent unepolitique économique et sociale -, faire la «politique du pouvoir» pose unsérieux problème. Cette proximité n'apportant aucun gain aux travailleurs et nepréservant aucun «acquis», il n'est pas surprenant que l'autonomie devienne unleitmotiv des syndicalistes les plus combatifs. Cette autonomie aurait pu êtreune revendication de l'UGTA si le sens de «faire dela politique» avait changé de nature, au lieu de rester confiné à une vague association au pouvoir en contrepartie d'un monopole, octroyé,de la représentation. Quoi de plus normal dès lors que la notion d'autonomieexprime la même distance à l'égard du gouvernement que de l'UGTA? Le passage de «l'organisation de masse» au syndicat qui défend les intérêtsde ses adhérents ne s'étant pas fait, l'émergence des syndicats autonomes estdevenue une réponse naturelle.Le combat social depuis une dizaine d'années s'imbriquetotalement avec celui de l'autonomie syndicale. L'actualité récente le montrebien. Entre un congrès UGTA à forte «présence gouvernementale» et une grèveréussie des autonomes, la différence entre l'ancien et le neuf est devenuelargement perceptible. La combativité est chez les autonomes. L'avenir aussi...?
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