
Un héritage linguistique en voie d’effacement
Le parler algérois ancien se distinguait par une richesse lexicale précise, nuancée et profondément ancrée dans la vie urbaine, familiale et sociale. Bien avant l’uniformisation linguistique, chaque mot portait un contexte, une situation, parfois une ironie ou une tendresse implicite.
Voici un aperçu structuré de ce lexique aujourd’hui méconnu.
Amanâ3che : à demain, à plus tard.
Rani madji plutôt que rani djaye.
Nendjem au lieu de negder (pouvoir).
Adji (et non iya ou arouah, intégrés plus tard).
Fi 3ot au lieu de fi 3od (au lieu de).
Babak : policier en civil.
Bougatto : avocat (et non mouhami).
3aouizeb : jeune homme célibataire.
3aouitka : jeune fille célibataire.
Hchaychi : bon vivant, noceur.
Aïdari عيداري : dévergondé, grossier.
Baba sidi / Baba siddou (et non djeddi).
Mani / Mamani plutôt que djedda.
Wachrahou moula bitek ? au lieu de wachrahou rajlek ?.
Wach rahi djamletkoum ? plutôt que wachrahoum la famille ?.
El koul / kamel selon le contexte (et non Gââ).
Kamel kima rakoum : tous comme vous êtes.
El koul rahou : ils sont tous partis.
El helfa rahi fi dahrek : une sévère raclée t’attend.
Tati : baisse-toi.
Yerta3 au lieu de yerdha3.
Etherdet تهردت : on est foutu.
Ntyer el maa : passage rapide aux toilettes.
Nseffi kerchi : faire ses besoins.
Bit erraha / chichma : lieux d’aisance (pas toilit).
Kibba : la prison.
Serwal m’dewwer au lieu de serwal elloubiya.
Lekhyama plutôt que el cousina.
Lemsel’ha au lieu de balai.
Mektoub : la poche.
Snitra : guitare.
Khoukhi plutôt que rose.
Zendjari : brun moirâtre.
Do9aet au lieu de doka.
Tebsi تبسي (avec un T).
Tbissi تبيسي : petites assiettes.
Gana au lieu de tanit.
El Quat / El Qouiyat : pièces de monnaie.
Twelwil au lieu de zgharid.
S’tira, k’ssikess, 3am Hidous, 3am Dekyouss.
Ce lexique ancien algérois n’est pas une simple curiosité linguistique : il constitue une mémoire urbaine vivante, façonnée par les ruelles, les métiers, la pudeur, l’humour et la sociabilité d’Alger d’autrefois.
Le revisiter, le transmettre et l’enrichir collectivement, c’est préserver une part essentielle de l’identité citadine algérienne.
— Et la liste reste ouverte…
Posté par : patrimoinealgerie