L’eau traitée de Sidi Bel-Abbès se déverse dans l’oued Mekerra
Chaque jour, pas moins de 15 millions de litres d’eau traitée par la station d’épuration de Sidi Bel-Abbès se déversent en pure perte dans l’oued Mekerra.
Pour nombre de spécialistes -agronomes, pédologues et hydrologues-, cette situation qui perdure depuis des années, a fortiori dans une zone de territoire marquée par la semi-aridité de son climat et l’insuffisance de ses ressources hydriques, est assimilée à un véritable gâchis au double plan économique et écologique, puisque, souligne-t-on, «une part importante du volume de la ressource rejetée de cette manière dans le milieu naturel est en mesure d’être réutilisée à des fins d’irrigation agricole par les exploitations riveraines». «Le fait est d’autant plus navrant, fait-on encore observer, que les responsables étaient nombreux au départ à rallier une telle option, mais sans que les engagements de certains d’entre eux n’aillent malheureusement pas plus loin que la déclaration d’intention. Depuis, ce qui semblait être la meilleure solution alternative à la problématique du manque d’eau d’irrigation à Sidi Bel-Abbès est vouée aux calendes grecques. Pourtant, toutes les conditions semblaient avoir été réunies localement pour tenter d’orienter tout ou une partie de l’eau recyclée vers un usage exclusivement agricole. Passage obligé de la mutation annoncée, la réhabilitation et la mise à niveau de la station de traitement et d’épuration des eaux usées de Sidi Bel-Abbès allait bénéficier d’une autorisation de programme (AP) centralisée de 240 milliards de centimes de la part du ministère de l’Hydraulique et des Ressources en eau.A la faveur de la réfection totale des ouvrages et l’acquisition d’équipements modernes, l’opération allait permettre à cette station de se conformer aux normes internationales établies en matière d’assainissement et améliorer significativement l’efficience de son système épuratoire qui devra passer de 15.000 m3/j à 28.000 m3/j en 2008, puis à 42.000 m3/j à l’horizon 2020.
L’exploitation des eaux usées, désormais épurées sur des bases scientifiques à Sidi Bel-Abbès, se présentait comme une résolution des plus envisageable pour nombre d’opérateurs agricoles locaux. La Société bélabbésienne d’investissement pour le développement économique régional (Sobider) sera ainsi l’un des tout premiers organismes financiers à proposer, sur des fonds exclusivement privés, un ambitieux projet de création et d’aménagement d’un périmètre irrigué d’une superficie de 2.040 hectares à partir de la récupération en aval des eaux usées traitées par la station d’épuration de la ville. Revêtant un caractère d’importance socio-économique régionale, cet important projet hydro-agricole qui nécessitera pour sa concrétisation un montage financier de plus de 822 millions de dinars, semble buter depuis des années sur un obstacle de taille dont personne n’arrive à en déterminer la nature ni la cause, en dépit du fait paradoxal qu’il ait obtenu au préalable l’aval du principal ministère concerné, celui de l’Hydraulique. Même les spécialistes du domaine, consultés, s’accordent à dire que «la faisabilité technico-économique et la rentabilité financière d’un tel projet ne sont plus à démontrer pour la tutelle du secteur, encore moins pour les représentants de la profession et les agriculteurs eux-mêmes devant intégrer le futur périmètre». Outre la création de quelque 2.000 postes d’emploi nouveaux et les impacts attendus avec la culture à l’irrigué de diverses spéculations agricoles (semences de céréales en intensif, luzerne, pomme de terre d’arrière-saison, tomate industrielle, poivron...) pour les opérateurs, le lancement du projet «comporte en lui-même une motivation supplémentaire pour les risques engagés et, par conséquent, donne toutes les justifications en terme d’opportunité technique, celle-ci étant justifiée par une meilleure maîtrise des itinéraires techniques, l’amélioration des rendements, la diversification des cultures et l’augmentation de la production».
Avec le gaspillage d’un volume aussi impressionnant d’eaux recyclées, les observateurs sont de plus en plus nombreux à se demander à qui peut bien profiter le blocage d’un projet de développement d’une telle envergure... Et de citer à l’appui de leur argumentaire, les expériences similaires menées avec succès à travers le monde entier et tout récemment dans la plupart des pays du Maghreb. En Algérie, l’heure est encore à la réhabilitation des stations d’épuration. Mais encore, qu’avec cela, rien n’est moins sûr. Le cas du projet du périmètre en souffrance à Sidi Bel-Abbès, à cause de lourdeurs bureaucratiques, en est la triste illustration.
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A. Abbad
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com