La loi de la jungle
A Oran, c’est pratiquement la loi de la jungle qui prévaut au niveau des aires de stationnement, dans les marchés, dans les transports et partout où vous posez votre regard.
En effet, là où vous al-lez, vous êtes im-manquablement assaillis par des individus portant gourdin et qui vous ordonnent de garer votre voiture là où eux-mêmes le décident et non plus là où vous le voulez. Agitant dans tous les sens leur arme de dissuasion, ils n’hésitent pas de s’en servir pour le cas où il vous viendrait à l’idée de leur échapper avant de verser la contrepartie, sonnante et trébuchante, de leurs services. A propos justement de services, il n’est plus un secret pour personne que, souvent, ces énergumènes sont de mèche avec des bandes de voleurs auxquelles ils facilitent les opérations. S’il vous vient à l’idée de leur demander réparation du préjudice que vous-même ou votre véhicule auriez subi, aussi bien le gardien autoproclamé que les voleurs se liguent contre vous pour vous faire admettre que vous êtes dans l’erreur et qu’ils ont raison. La loi du plus fort ou celle de la jungle, comme il vous plaira ! Le monde du gardiennage des voitures, abandonné à ces bandes sans scrupules, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. En effet, poussant l’outrecuidance jusqu’à faire payer des agents de l’administration pourtant maîtres de leurs propres aires de stationnement, ces énergumènes ne tiennent plus aucun compte de la loi et ne reculent plus devant rien pour se faire de l’argent. Agissant à visage découvert, ils défient les représentants de l’Etat et se foutent royalement des pouvoirs publics qu’ils ont fini par dissuader de se mêler de leurs affaires. Attention, rues Khemisti et Larbi ben M’hidi, n’essayer pas de filer. Le gourdin est là et vous risquez de le recevoir sur le crâne. Au cas où le « bakchich « ne leur convient pas, les gardiens n’hésitent pas à poser le postérieur sur le capot de votre voiture afin de vous empêcher de partir. Ils ne lèvent le siège qu’une fois les 100 dinars en poche. L’appétit venant en mangeant, ils sont en effet devenus plus exigeants et ne se contentent plus des modiques, 20 ou 40 dinars que vous leur glissiez. Rue Khemisti, c’est 100 dinars qu’il vous faudra verser à votre bienfaiteur, sinon, c’est le gourdin qui tourbillonne sur votre tête. Dans la banlieue, d’autres jeunes désoeuvrés ont embrassé ce créneau que certains disent particulièrement juteux, notamment à Maraval, USTO, les Castors et même aux Amandiers où des bandes rivales se disputent les espaces, plus particulièrement celui voisin de la grande mosquée. Selon des sources concordantes, lorsque le gardien ramasse un pécule, 20 à 30 millions de centimes et si l’envie le prend de doubler ses économies ou s’il désire fondre son propre foyer, il cède tout ou partie de son domaine. Ainsi, rue Khemisti, l’un des plus anciens gardiens a vendu une partie de son territoire pour, assure notre source, 25 millions à l’un des riverains des lieux. Plus malins, les plus anciens de ces gardiens ne se donnent plus la peine de passer leur temps à surveiller le bien d’autrui. Forts de leur longue expérience, ils ont recruté du personnel, d’autres jeunes désoeuvrés qu’ils paient au forfait. 200 dinars la journée, à condition bien sûr que la recette soit rondelette, sinon rien et c’est le licenciement pur et simple. Plus envahissants que jamais, ces « anges gardiens « ne laissent rien leur échapper. Ainsi, en Ville nouvelle, ils sont plusieurs dizaines à imposer leur dictat aux commerçants et bijoutiers auxquels ils font payer cher leurs services. Des premiers, ils exigent, en plus du droit de stationnement, une prime pour garder un œil constamment ouvert sur leurs locaux. Des
seconds, ils exigent une partie des bénéfices qu’ils réalisent arguant du fait qu’ils contribuent de façon directe à l’essor de leurs commerces et qu’ils assurent l’ordre et la sécurité dans les parages. Maintenant qu’ils ont imposé leur loi aux commerçants, ils voient grand et cherchent à devenir leurs associés. C’est, le cas surtout de nombreux bijoutiers qui ont fini par vider leurs vitrines pour confier leur contenu aux anciens gardiens de voitures qui écoulent les produits et perçoivent une contrepartie que l’on dit non négligeable. De la sorte, estime un bijoutier qui désire garder l’anonymat, si jamais les services du contrôle s’aventurent dans la rue des bijoutiers, les jeunes auxquelles les tables mobiles sont confiées prennent leurs jambes à leur cou et se fondent dans la foule. Si les contrôleurs effectuent une perquisition, comme cela a été le cas il y a de cela quelques mois, ils ne risquent de trouver que des miettes, ce dont se foutent superbement aussi bien les contrôleurs que les bijoutiers. Ailleurs, dans certains quartiers réputés difficiles pour ne pas dire ingérables, c’est tout le contraire qui a cours. Ainsi, on laisse entendre que les commerçants d’une importante artère de Sidi El-Houari louent les espaces attenants à leurs commerces aux gardiens de voitures desquels ils exigent le partage de la recette. L’un des « anges gardiens « ayant essayé de rouler deux commerçants, une magistrale correction lui a été administrée. Il a, assure-t-on, fini par déménager pour ne plus avoir à supporter leurs regards narquois à chaque fois qu’il s’aventure dans les parages. Concernant les recettes, nos sources assurent que les gardiens, notamment ceux de la place Akid Othmane, anciennement place du Maghreb, face à la grande poste, se font entre 2500 et 4000 dinars la journée. Lorsque l’on sait qu’il s’agit du lieu le plus fréquenté de la ville d’Oran, on comprend bien que les jeunes gardiens ne sont pas dupes et qu’ils savent compter. D’autre part, lorsque l’on sait qu’à Oran les parkings se comptent sur les doigts d’une seule main, l’on comprend l’engouement des gens pour ce nouveau mais combien juteux créneau. Enfin, à y voir de plus près, on serait tenté de dire qu’à chaque fois que les pouvoirs publics étalent leur incurable défaillance et leur faillite, ce sont de jeunes gens, souvent issus de milieux défavorisés, qui viennent à leur rescousse et remplissent le vide. Pendant ce temps, ni le projet de parkings à étages, cher au président de la commission d’embellissement de la ville et qui devait être réalisé du coté du port, ni celui prévu en ville nouvelle, plus exactement là où se trouvait la minoterie avant son énigmatique destruction par le feu, ne semble avoir été finalement retenu. En effet, si le premier n’a pas reçu l’agrément des décideurs, le second, qui a pourtant fait couler des flots d’encre, n’est pas non plus sorti du stade de vœux pieux. Toujours à propos de gardiennage de voitures, de parkings et de stationnement, rappelons que si la municipalité a pris de nombreux arrêtés dans ce sens, les services chargés de leur mise en application n’ont pas suivi, d’où une indescriptible anarchie dans nos rues et boulevards. En effet, là où se pose votre regard, ce sont d’interminables files de véhicules qui occupent les moindres espaces, la partie réservée à la circulation piétonne comprise.
De la sorte, les piétons sont condamnés à slalomer pour se frayer un chemin au risque de se faire écraser. Boulevard de Mascara, en ville nouvelle, la circulation tout aussi bien piétonne qu’automobile devient chaque jour de plus en plus impossible et si jamais les services en charge de ce volet de la vie en communauté continuent à tolérer l’intolérable, c’est vers la catastrophe que nous courons. En attendant que ces derniers prennent conscience de cette situation et répondent à l’attente des citoyens, c’est toujours la loi de la jungle qui a l’air de prévaloir à Oran. Au fait, que fait la direction du transport dans tout cela ?
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com