Douar «B» toujours dans les ténèbres
Douar «B», sur les hauteurs surplombant la ville d’Oran, constitue le prolongement du Mourdjajou et Sidi Abdelkader. Cependant, même s’il s’agit d’un site montagneux et rocheux, l’homme l’a couvert de constructions sauvages et tentaculaires.
En plus de Terrain Gazelle, en référence au nom d’un ancien colon, il y a 6 autres groupements d’habitat portant également des noms d’autres colons français dont terrain Bofany, Gerbeau, Marinda, Chabat répartis depuis 1996 sur 3 secteurs urbains relevant de la commune d’Oran, tel Sidi El-Houari, Badr et Bouamama suite à l’arrêté portant création des secteurs urbains. En 1998, Douar «B» a été scindé en deux, douar «A» et douar «B» sur les hauteurs surplombant la cité des Amandiers, relevant du secteur Bouamama alors que douar «B» a été rebaptisé, en 2000, douar En-Nour mais sans jamais sortir des ténèbres. Eradiqué début des années 1980
En 1980, les autorités civiles et militaires ont décidé d’éradiquer les bidonvilles de ce quartier et transférer les 400 familles qui y habitaient à Aïn El Beïda où l’armée avait dressé des tentes et distribué des lots de terrain individuels ainsi que des aides financières à la majorité des familles auxquelles elle a livré, gratuitement, des matériaux de construction. Ceci n’a pas empêché douar «B» de reprendre son ancien aspect et, au fil des ans, ce sont plus de 1500 familles qui sont venues y habiter, selon un recensement datant de 2003 réalisé par l’URSA. En 2004, une commission ministérielle a visité les lieux et estimé que douar «B» est l’un des lieux les plus pauvres du pays. Pour accéder à douar «B», il faut faire la moitié du chemin à pied et emprunter la voie conduisant au château d’eau. Ici, le visiteur a droit à l’écoulement des eaux usées dans tous les sens et à des sentiers escarpés.
Ceci ne veut pas dire que la présence du château d’eau qui alimente la plupart des cités riveraines, soit synonyme de présence de l’eau potable au douar «B». L’absence d’un réseau de distribution de ce liquide vital en prive les habitants qui sont obligés de se rabattre sur les revendeurs et leurs citernes. Concernant l’électrification, il n’y a qu’un seul compteur pour 10 familles. Ici, chaque habitation a sa propre fosse septique que les eaux pluviales abîment souvent. Pour ces motifs, douar «B» figure sur la liste des cités menacées de glissement.
En 2001, les inondations ayant touché plusieurs régions du pays ont affecté près de 200 familles, selon les responsables des comités de quartier et le recensement réalisé par les services du secteur urbain Badr et adressé à la daïra d’Oran. Selon des sources de la wilaya d’Oran, la plupart des familles de douar «B» seront transférées dans le cadre du programme des Planteurs. Actuellement, un autre recensement est en cours conformément aux instructions portant éradication des bidonvilles qui défigurent l’image de la ville et surplombent la 2e Région militaire. A signaler que de nombreux propriétaires détenant les documents prouvant la légalité de leur présence sur ces lieux demandent la régularisation de leur situation et se déclarent disposés à payer les terrains sur lesquels ils ont construit leurs logements, quel qu’en soit le prix. Parmi leurs doléances, les habitants citent la distribution du courrier qu’ils ne reçoivent plus ainsi que le fait que leurs lettres et colis mettent des mois pour leur parvenir, en dépit de la proximité du centre postal Emir Khaled situé à quelques mètres seulement. Ceci, disent-ils, alors que le monde vit à l’ère de l’Internet et de la mondialisation et au moment même où l’Etat vise à doter chaque famille d’un micro-ordinateur. A douar «B», une vielle dame nous a confié qu’elle a évacué sa fille malade sur une charrette pour la conduire à la clinique Emir Khaled. Interrogée, elle a déclaré que là où elle habite, il n’y a pas de transport et que les clandos exigent le prix fort en contrepartie de leurs services sous prétexte qu’ils doivent circuler sur des voies non bitumées. Au secteur urbain Badr, on assure que la plupart des familles n’ont pas d’adresses officielles et que les enquêteurs sont confrontés à de nombreuses difficultés lors de leurs missions à caractère social. Pour leur domiciliation, ces familles donnent les adresses de leurs proches qui détiennent des actes de propriété ou de commerçants du voisinage. Les jeunes de douar «B» nous ont confié qu’ils n’ont d’autres activités et ressources que le produit du commerce des légumes qu’ils pratiquent sur des charrettes à traction animale.
Un centre de santé fermé depuis sa réalisation
Le centre de santé, construit en 2004 et qui a consommé 400 millions de centimes, n’a toujours pas été mis en service et demeure hermétiquement fermé. Réalisé par une entreprise privée, ce centre a fait l’objet de contrôles techniques de la part de la division de l’urbanisme de l’APC d’Oran. Après sa livraison, la direction de la Santé et de la Population a refusé de le réceptionner. A ce sujet, le directeur de l’ancien secteur sanitaire Oran ouest nous a déclaré que, «Conformément aux instructions de la tutelle, les établissements sanitaires ne doivent être réceptionnés que lorsque les travaux y sont terminés et qu’ils sont équipés en électricité, eau, gaz naturel. ceci n’est pas le cas pour cette structure d’où les réserves et le contentieux. A ce sujet, l’ancien responsable assure qu’il n’ouvrira pas cet établissement tant qu’il n’est pas doté en gaz de ville et tant que l’installation pour le gaz naturel n’a pas été réalisée. Il appartient à la commune d’Oran d’assurer ce travail.
Egalement concernés, les services du secteur urbain Badr refusent d’effectuer ces travaux arguant du fait que le projet n’était pas de leur ressort ainsi qu’en raison de la modestie de leurs moyens financiers. Nos interlocuteurs signalent d’autre part que le dit centre a nécessité la désignation d’un gardien détaché mais que cela n’a pas empêché des voleurs d’emporter, il y a de cela 6 mois, des portes et des fenêtres. Depuis, il est livré à la prédation. Les constructions sauvages se poursuivant toujours, le patrimoine forestier est lui aussi ciblé par les vandales qui abattent des arbres pour construire d’autres bidonvilles sur plusieurs hectares. A cette fin, et en dépit des efforts de la conservation forestière pour récupérer son patrimoine, la prédation se poursuit. Face à cette situation, l’action des 5 comités de quartier demeure nulle. Ceci fait dire aux gens que, même rebaptisé En-Nour, douar «B» végète toujours dans les ténèbres.
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Par Benmeriem M.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com