Pendant qu'unegrande frange de la population n'arrive pas à s'alimenter correctement, uneautre, malheureusement, se gave ostensiblement et sans retenue aucune.Les écartsdiététiques observables par le passé dans les zerdas pantagruéliques des grandsrassemblements humains des moussem des zaouias, tendent à devenir un fait desociété que chacun tente d'enrichir par de nouveaux us.Si d'aucunstrouvaient toute naturelle la richesse somptueuse des couverts des cérémoniesde mariages qui ont d'ailleurs changé de pratique, elles se passentactuellement dans les grands palaces pour ne pas faire plouc, d'autres parcontre, innovent dans l'indécent quand il s'agit des veillées mortuaires ou lesretours pompeux des hadjis. Après les quelques marques de consternation et detristesse souvent affectée et dès la mise en terre du disparu, on passera auxchoses sérieuses. C'est d'ailleurs au moment de l'inhumation où tout bascule,on en arrive à oublier la gravité de l'événement, on s'interpelle ens'affairant à combler la fosse, de qui réclame de l'eau pour le mortier deterre, de qui réclame une motte pour colmater une faille; il y aura toujours untimonier pour donner des orientations. La tâche achevée, on pousse un soupird'aise pour le travail accompli. Au domicile mortuaire, l'attirail des grandescuisines est vite rassemblé, les bêtes abattues et dépecées en un tour de mainet les lieux des joutes bien identifiés.Le voisinage,solidaire par tradition, mettra à disposition pour la circonstance tous locauxdisponibles. Les compatissants habitués choisiront les moments où l'éventualitéd'une table serait la plus probable. Ils simuleront une faible résistance àl'invite, mais s'attableront en guise de baraka pour la miséricorde du Seigneuraccordée à l'âme du défunt Allah Yarhmou ! Le cérémonial durera les trois joursconsacrés par la tradition, qui tend d'ailleurs à s'étendre à plusieurs jours.Entre-temps, le café, le thé et la limonade couleront à flots; la confiserie etautres petits fours agrémenteront les tables garnies pour la procession devisiteurs. Les habitués se constitueront en cercles de palabre où l'on parlerade tout, du beau temps ou du mauvais, de la cherté de la vie, de l'hôpital, duservice de nettoiement de la voirie et de politique immanquablement. Lesinterludes de la ripaille sont des moments très attendus et si par le passé unfrugal couscous pouvait casser la faim, il n'en est plus de même présentement.Le génie culinaire de maîtresses de maison fera des démonstrations inouïes pourle plaisir du palais. Des entrées aux hors-d'oeuvre décorés à la mayonnaise auxm'touem, ch'titha djadj à la viande aux pruneaux si ce n'est pas auxchampignons de Paris. L'art culinaire s'étalera dans toute sa splendeur; lesdesserts iront de la datte à la banane ou aux fruits de saison. Dans lesprofondeurs du pays, la récitation du Coran est toujours de mise avant laprière du crépuscule; il est évident que les récitateurs observeront la pausede la table. Le couscous surmonté de gros morceaux de viande et bien irrigué desoupe de légumes clôturera la récitation coranique. Ce rite religieux estrétribué dans plusieurs régions du pays. L'évolution des moeurs a introduit le«dars» après la dernière prière de la journée. Cette cérémonie ne déroge pasaux us de consommation, le thé, le café et les gâteaux sont à portée de main etbeaucoup ne s'en privent pas, certains mêmes se présenteront à la pointe dujour pour se goinfrer d'un copieux petit déjeuner au croissant ou beignet. Cecomportement tend malheureusement à se généraliser. Les familles, éprouvéesdéjà par le malheur de la disparition d'un des leurs, sont confrontées à unesollicitation imprévue grevant lourdement le budget familial qui le plussouvent ne pourra supporter de telles dépenses. Les modestes bourses en sentirontles effets négatifs et pendant longtemps.L'autre catégoriede festins est celle du retour des hadjis. En plus des dépenses induites duhadj et d'avant-hadj, l'étalage de l'aisance se fera sans état d'âme. Si par lepassé le pèlerin était dirigé directement sur la mosquée où il pouvaitrencontrer ses pairs, il n'en est plus de même aujourd'hui. Le cortègeautomobile tonitruant, et parfois même la cavalcade, fera tout pour ne paspasser inaperçu. L'emblème national de mise sur le capot devient dans le cas del'espèce, un symbole identitaire le distinguant à peine du cortège nuptial. Lesapparats du logis sont divers et variés, des guirlandes lumineuses, aux arcs depalmes et parfois même aux ballons multicolores seront les signes extérieurs del'accomplissement d'un rite supposé inciter au recueillement et à la piété. Iln'en est malheureusement rien.Certainspique-assiettes se feront un plaisir de dresser la liste la plus longue despèlerins susceptibles d'offrir une bonne table, jusqu'à en oublier la leur. Etce n'est pas moins d'une semaine que sera dressée cette table et deux fois parjour pour satisfaire à des appétits insatiables. Le couscous ne fera pasl'essentiel, les carcasses de méchoui et les plats carnés seront accompagnés depruneaux d'Agen, d'abricots de Turquie ou de champignons à la chair fine. Onparlera bien sûr des péripéties du hadj et des déboires de certains hadjis; onrejettera la responsabilité sur les gens de la mission qui n'auront pas faitcorrectement leur travail. On oublie sciemment de dire que nos hadjis sontconstitués pour la plupart d'entre eux de personnes du 4ème âge, souventporteuses de maladies chroniques. La perdition est une caractéristiquenationale, quittant sans précautions élémentaires, c'est-à-dire papiersd'identité, bracelet-matricule, leur gîte, ils ne peuvent que se perdre quandla cohue est à son comble.Il est observé enoutre des comportements surprenants chez certains pèlerins quand, par exemple,le traiteur livre les rations alimentaires ou autre pièce de viande de l'animalsacrifié, les bourrades et invectives ne sont guère exceptionnelles. Censésobserver une discipline du corps et de l'esprit, beaucoup d'entre eux en tenuede lih'ram ont une attitude indigne; guère soucieux du respect des lieux ni deleur pays, ils se livrent parfois en spectacle aux autres nationalités. Deretour chez les leurs, la transformation est époustouflante, le visage estgrave, le verbe pesé et sentencieux, la main fébrile égrènera le chapeletd'usage. On souhaitera à tout le monde de faire le voyage à l'effet de serapprocher de Dieu et de visiter le sanctuaire du Prophète (QLSSL). On segavera de sucrerie et de couscous pour la baraka du hadj; on convoitera unpetit présent venu de Malaisie ou de Taiwan ou un simple flacon de l'eau béniede Zem-Zem. La tournée est encore longue, il reste encore des hadjis à qui ilfaut obligatoirement rendre visite. Il sera consommé 4 à 5 moutons en moyennepar hadj et s'il faille par une simple opération arithmétique compter le nombrede bêtes abattues en cette seule occasion, ajouté au rituel du sacrifice de AïdEl-Adha concomitant, le cheptel n'est pas près de se reconstituer. L'aisancematérielle ne doit pas humilier encore le dénuement et la détresse sociale despoches de pauvreté que nous côtoyons journellement. Tenir déjà compte de cettedétresse, est en soi, un acte de foi !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com