Oran - Revue de Presse

Capital social, innovations et politiques publiques



La théorie économique de l'innovation n'a cessé d'évoluer au cours des quarante dernières années, pour accorder de plus en plus de place aux déterminants sociaux de l'innovation. Tous les travaux sur l'innovation considèrent même le capital social comme déterminant de l'innovation et de tout avancement économique et social. L'économie de l'innovation analyse les relations entre les mécanismes et variables économiques d'un côté, et l'innovation technologique, de l'autre. Elle cherche à expliquer les déterminants économiques de l'innovation en trouvant des réponses aux questions suivantes: quelles sont les sources de l'innovation ? Et que peut faire éventuellement un gouvernement pour encourager un progrès technique qui bénéficie à la société, compte tenu de la situation économique identifiée ? Les explications de l'innovation, qui étaient fondées jusqu'à récemment sur la combinaison de diverses formes de capital physique, accordent désormais une place de plus en plus considérable aux diverses formes que prend le capital social. En effet, la nouveauté et le caractère heuristique du concept de capital social résident dans le fait qu'il incite les décideurs de politiques publiques à chercher à résoudre les problèmes d'action collective par le recours à une nouvelle forme d'instruments non économiques de politiques publiques, qui a en plus l'avantage d'être moins consommatrice en ressources budgétaires et réglementaires. Le capital social détermine les choix des dirigeants publics et des entreprises en matière d'innovation. L'importance de l'effet marginal de la variable capital social relativement aux variables de capital physique, signifie que l'avancement des connaissances théoriques et empiriques dans le domaine de l'innovation passe par la prise en compte de la variable capital social. En effet, cette importance signifie que le capital social doit être considéré comme un facteur d'intervention si les politiques publiques visent à stimuler l'innovation de façon efficace. Ces derniers éléments suggèrent que de nouveaux instruments de politiques publiques devront être développés pour permettre aux communautés locales d'exploiter davantage les avantages comparatifs dont elles disposent en dotations de capital social. Ce dernier défi est considérable puisque les instruments traditionnels de politiques publiques, les instruments financiers et réglementaires ne paraissent pas appropriés pour amener les individus à faire des investissements en capital social. Dorénavant, les politiques publiques qui visent le développement des infrastructures sociales s'ajoutent aux politiques publiques qui concernent le développement des infrastructures physiques. Il s'agit ici d'examiner les raisons qui poussent à placer l'investissement dans le capital humain au premier plan des politiques destinées à promouvoir la croissance économique et la cohésion sociale, comme c'est le cas dans la stratégie des pays développés visant à faire de l'économie basée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde. En conséquence, nous pouvons parvenir aux grandes conclusions suivantes qui permettent d'atteindre un tel objectif. Premièrement, l'investissement dans le capital humain contribue de façon significative à la croissance de la productivité. Deuxièmement, il est manifeste que le capital humain joue un rôle essentiel en faveur de l'évolution et de la diffusion technologiques. Troisièmement, l'investissement dans le capital humain apparaît comme attractif par rapport à d'autres avoirs. Quatrièmement, les politiques qui augmentent la quantité et la qualité du stock de capital humain sont compatibles avec l'accroissement de la cohésion sociale. Autrement dit, il se dégage aujourd'hui de la littérature scientifique un large consensus autour de l'idée que le capital humain est un déterminant important de la productivité et d'autres résultats économiques, politiques, sécuritaires... et que son rôle est particulièrement essentiel dans l'économie d'aujourd'hui fondée sur la connaissance. Au plan micro-économique, il est tout à fait évident que le niveau d'études constitue un des principaux déterminants des revenus individuels et de la situation au regard du marché du travail. Dans ce sens, ce constat est confirmé par de nombreux spécialistes qui examinent le lien entre capital humain et productivité dans l'entreprise, et qui démontrent que les travailleurs à capital humain élevé augmentent la productivité et sont une source directe d'innovation et de compétitivité à long terme. La littérature constate également que le rapport entre capital humain et salaires individuels devient plus étroit dans les périodes d'évolution technologique rapide. Cet effet reflète la contribution du capital humain au progrès technologique, c'est-à-dire au développement et à l'adoption de nouvelles technologies ainsi qu'à l'amélioration permanente des processus de production existants. Au total, tout cela suggère que l'investissement dans les ressources humaines est à la fois un facteur essentiel de croissance, en particulier dans le contexte actuel d'évolution technologique rapide, et un instrument-clé d'amélioration de la cohésion sociale, et va donc dans le sens de la stratégie politique présentée pour un éventuel développement. Force est de constater que les mesures visant à accroître la quantité et la qualité du stock de capital humain devraient représenter une part importante de tout train de mesures politiques destinées à promouvoir la croissance du pays. *Docteur en sciences politiques (politologue)
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