Le socialiste Laurent Fabius veut lancer une pétition populaire contre la sur-occupation des écrans par Nicolas Sarkozy De récents sondages montrent en effet une certaine lassitude des Français. Etonnant Nicolas Sarkozy !Fidèle à sa doctrine d'hyper communiquant, il ne peut pas laisser de semaines, de jours, voire de matinées, d'après-midi ou de soirées sans faire une déclaration fracassante, qu'elle concerne la transcendance religieuse, la géopolitique, la fiscalité des entreprises ou sa dernière liaison amoureuse. Cet étrange mélange, ce battage permanent a ses effets pervers: les Français commencent, selon les sondages les plus récents, à se lasser de ce feu roulant de verbiages, mêlant presse people et « politique de civilisation ». Après neuf mois de pouvoir, «le Président de la République devient arithmétiquement impopulaire », comme commente sobrement l'institut BVA sur les chiffres recueillis en début de semaine. 45% des Français conservent une bonne opinion de Nicolas Sarkozy (8% une très bonne), mais 48% expriment dorénavant une image négative, 5% de plus que le mois dernier...
«NOS ENTREPRISES, ON VA LES DEFENDRE»
Dans ses actes, dans tous ses discours, l'actuel président en tout cas ne manque pas de surprendre. Parfois positivement. Ainsi, lors de sa dernière conférence de presse, il a réaffirmé avec plus de force la nécessité d'une plus grande protection des marchés nationaux face aux excès de la mondialisation. «Tous les pays, y compris les plus libéraux, lorsqu'il s'agit de défendre leurs intérêts, le font avec acharnement, et ils ont raison. Si les Américains ne défendent pas leurs intérêts, qui le fera ? Personne. Et nous, on aurait l'air parfaitement ridicule d'être moins libéraux que les autres, et de surcroît, de moins défendre nos intérêts. On peut être parfaitement libéral, croire à l'économie de marché et dire: nos entreprises, on va les défendre. (...) Si on a fait l'Europe, c'est justement pour la préférence communautaire, sinon ce n'était pas la peine de faire l'Europe, en tout cas l'Europe politique. Il n'y avait qu'à laisser faire l'Europe anglo-saxonne, celle du grand marché. Mais vouloir faire une Europe politique, et s'interdire de prononcer le mot protection, ça n'a aucun sens ». Le Président de la République rappelle opportunément, face aux dérives des conceptions anglo-saxonnes de l'Europe comme vaste zone de libre-échange, que le succès de la Communauté économique européenne fut à l'inverse basée sur la constitution d'une zone de libre-échange à l'intérieur d'un marché fermé où était privilégiée la « préférence communautaire ». Que cette conception doive évoluer, notamment dans les relations du bloc européen avec ses façade Sud et Est, nul ne le nie. Mais il existe une extrême différence entre la coopération économique volontaire et normée et l'énorme circulation de capitaux spéculatifs qui se posent ponctuellement là où les affaires sont bonnes à prendre, quitte à se retirer le lendemain pour trouver de nouvelles opportunités. Reste à trouver les moyens d'une défense efficace dans un économie hyperlibérale et globalisée... Lors des mêmes voeux aux Français, Nicolas Sarkozy a été moins convaincant sur la question de l'Union européenne. La France prendra en effet pour six mois la présidence de l'institution le 1er juillet prochain. L'affirmation que l'Europe doit se doter de... politiques: «A la fin de la présidence française, je voudrais que l'Europe ait une politique de l'immigration, une politique de la défense, une politique de l'énergie, une politique de l'environnement », a promis le Président français. Vastes promesses... De même, l'adoption quasi en catimini du « Traité simplifié » destinée à pallier l'échec de la Constitution européenne, par un vote parlementaire, montre que l'ensemble des grands partis, de l'UMP au PS, se méfient suffisamment de l'opinion des Français qui avaient majoritairement voté contre en 2005, pour éviter de recourir à un nouveau référendum: à défaut de changer le peuple, évitons de le faire s'exprimer...
LA DROITE
« BLING-BLING »
Le Président n'a pas également été très persuasif sur le principal sujet de préoccupation de ses concitoyens, le pouvoir d'achat. Le niveau de vie des salariés en dix ans a, au mieux, stagné. La contrainte du chômage se faisant moins pesante, réapparaissent de vives tensions sur le partage des rétributions capital/travail. Ces sommes qui permettent de calculer annuellement le PIB, étaient réparties au début des années 80 entre 60% pour le paiement du travail et 40% pour les dividendes du capital. Aujourd'hui, c'est strictement l'inverse. Dans une société qui s'enrichit, la masse des Français a le sentiment de s'appauvrir. Pire, les mêmes ont la conviction que les conditions de vie de leurs enfants seront encore plus dégradées. Elu sur la promesse d'une progression rapide du pouvoir d'achat, « Travaillez plus pour gagner plus ! », Nicolas Sarkozy sait aujourd'hui, s'il l'ignorait auparavant, que le niveau des Français ne s'améliorera pas dans les mois ou les années à venir: la croissance est faible ( 1,7% au mieux l'année prochaine), la montée de l'inflation irréversible ( 2,6% en fin d'année), les investissements des entreprises largement insuffisants, le moral des ménages en berne. Dans ce domaine, les seules mesures réellement prises par le nouveau gouvernement n'ont concerné que les quelques milliers de familles les plus riches à travers le dispositif dit du « bouclier fiscal ». Au défaut de s'intéresser à la maladie, le Président de la République s'interroge gravement sur le thermomètre: il faut que « la mesure du progrès économique soit plus complète, pour qu'elle prenne mieux en compte les conditions réelles et la qualité de vie des Français, qui n'en peuvent plus de l'écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu et les difficultés croissantes qu'ils éprouvent dans leur vie quotidienne. Ça mine la confiance, car plus personne ne croit dans les statistiques. Deux prix Nobel d'économie qui ont beaucoup travaillé sur ces questions ont accepté de conduire cette réflexion. Amartya Sen a accepté de m'apporter ses conseils, et Joseph Stiglitz de présider le comité d'experts ». Je n'en connais pas assez de la pensée d'Amartya Sen, économiste indien connu pour ses travaux sur le développement du tiers-monde, de la notion de « capabilité » de l'être humain et des sociétés et sa participation à la création de « l'indicateur du développement humain ». En revanche, Joseph Stiglitz est connu pour ses positions radicales. Il est peu probable de toutes les façons que leurs conclusions soient prises en compte. Loin de la rupture annoncée, on renoue avec la vieille tradition française: quand il y a un problème insoluble, on nomme une commission d'experts. Que viennent faire nos deux prix Nobel dans cette galère ? Le sujet du pouvoir d'achat est d'autant plus sensible chez les Français que les classes aisées et surtout le Président de la République affichent sans pudeur un amour de l'opulence et du luxe. « Bing-bling ». Au départ, simple onomatopée imitant un bruit métallique, le terme «bling» a été adopté par les rappeurs américains à la fin des années 1990 pour désigner les bijoux ou accessoires voyants qu'ils aiment porter avec ostentation, se mettant en scène entre grosses cylindrées, bateaux à moteur et filles en bikini. En quelques mois, Nicolas Sarkozy a abreuvé les Français d'images de vacances dans des yachts, des villas et des jets appartenant à des « amis » de la jet-set. Il a saturé la presse people avec ses brouilles, ses retrouvailles, son divorce avec Cécilia, et la découverte tout aussi subite de sa nouvelle passion, la chanteuse Carla Bruni (elle-même issue d'une riche famille). Avec cet homme-là, on ne perd pas de temps ! « Bling-bling », c'est aussi le bruit de l'argent qui tombe dans le tiroir-caisse et ce bruit agace beaucoup les Français parce qu'ils n'ont pas de tiroir-caisse.
TINTIN CHEZ LES WAHHABITES
La France est un vieux pays qui a beaucoup de défauts et quelques qualités. Les Français sont grincheux, arrogants, raisonneurs. Ils croient volontiers avoir inventé la démocratie et les droits de l'Homme, même s'ils en réservent un usage unique et très modéré au seul Hexagone. Parmi les qualités, il faut signaler une conception ancienne de la laïcité. Elle peut ne pas susciter l'approbation générale mais cette séparation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel est profondément ancrée dans le peuple français. C'est donc avec une surprise certaine que l'on a appris successivement la profession de foi du Président de la République devant le pape Benoît XVI, évoquant « les racines chrétiennes de la France », et la déclaration encore plus surprenante, entre deux promesses de contrats, devant les représentants du wahhabisme, qui n'est pas à tout le moins le courant le plus ouvert de l'Islam: «Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux», a expliqué Nicolas Sarkozy, en évoquant «Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère», «Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme» ou encore «Dieu rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes». Hors de toute conviction personnelle, qui par définition ne regarde que chacun, le Président parlait-il au nom de tous les Français ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Pierre Morville
Source : www.lequotidien-oran.com