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Khouk Travolta et l'Ipad d'Amar Ghoul !



Khouk Travolta et l'Ipad d'Amar Ghoul !
Le désintérêt des Algériens pour les législatives du 10 mai 2012, inédit par son ampleur, sa profondeur et ses modes d'expression, ne doit surprendre personne. Il est la conséquence directe et logique de la dépolitisation de la société. Le résultat mécanique d'un acte de déconstruction systématique. Une déstructuration qui s'est manifestée à travers la dévitalisation de la politique, la déligitimation des politiques, le verrouillage du champ des libertés, l'hyper-présidentialisation du pouvoir et la démonétisation politique du parlement bicaméral. Cette entreprise de dépolitisation a favorisé l'émergence d'une nouvelle race de mutants politiques. Comme jamais auparavant, les nouveaux candidats aux mandats électifs conçoivent la députation comme un statut social. Une nomination par décret, De même, une rente de situation lucrative, une allocation viagère ou des bénéfices à partager entre futurs débirentiers et crédirentiers. Bref, une rente sociale qui leur permettrait, comme le croient les futurs pique-assiettes sur la table bien garnie de la république pétrolière, de devenir «quelqu'un» tout en acquérant des «choses» grâce au trafic d'influence qu'on imagine consubstantiel au mandat de député. Même si on savait que le ridicule, le loufoque et le tragicomique sont le propre de l'homopoliticus algérien, la farce électorale a atteint cette fois-ci les sommets himalayesques du grotesque qui fait pleurer et du saugrenu qui tue ! Comparés à nombre de ces futurs députés, les Makhlouf El Bombardi et Mustapha Ghir Hak du film Carnaval fi dachra passeraient pour des sénateurs américains ou des parlementaires suisses ou suédois. Grâce à cette nouvelle espèce de politicailleurs masculins et féminins, l'Algérie est le seul pays au monde où la campagne électorale se déroule dans des mosquées, des cimetières, des hammams, des salons de coiffure pour dames, en même temps que sur des poteaux électriques et des panneaux électoraux. Grâce à ces politicards en kamis, en costume, en jupe ou en hidjab, l'Algérie est le seul pays au monde où les imams, les mongoliens, les enfants et mêmes des nains et des marieuses sont transformés en agents électoraux. Les exemples sont si foisonnants qu'il est difficile d'attribuer la palme d'or du ridicule qui fait chialer à quelque parti que ce soit. Mais honneur aux plus grands. Le FLN, par exemple. Débordant d'imagination politique et de créativité en matière de marketing électoral, l'ancien parti unique a fait appel à un chanteur prolifique, éclectique, mirifique et mirobolant pour convaincre de sa conversion à la démocratie. Ce chansonnier, c'est l'inénarrable Mohamed Mazouni, dont le dernier tube où apparait le SG du FLN s'appelle «FLN démocratie». Cet assassin de la clé de sol, dont le répertoire ressemble aux étagères d'un quincailler, est un extraterrestre artistique. Un OMNI algérien, un objet musical non identifié. C'est le seul serial-compositeur à avoir chanté lui-même la mini-jupe, l'imam Khomeiny, Saddam Hussein, le 11 septembre 2001, le SIDA, la France, la Belgique, la poste, la vitesse automobile, l'adultère, la bière, les seins en canons, le turf, la JS Kabylie, l'ES Sétif, les camionneurs et les chauffeurs de cars. Celui qui quête l'amour d'une femme en se présentant à elle en «khouk Travolta», ton frère Travolta, n'a pas oublié non plus le mariage, le concubinage, la paysannerie, la Palestine, le Liban, la carte de séjour française et le visa pour la France. Le FLN n'a cependant pas le monopole du farcesque. La nouvelle Alliance Verte islamiste, a également innové en matière de pitrerie électorale. Son représentant le plus illustre, ministre du BTP de son état, a, lui, déployé un ridicule en béton ! Ce monsieur, pour acheter des voix de jeunes, leur propose sur Facebook une dizaine d'Ipad, à gagner par voie de concours. Même sur le Web, le ridicule algérien tisse sa toile ! On n'arrête pas le progrès politique dans une Algérie où, en 2012, s'étale sans vergogne un beggarisme électoral dont les agents recrutent des électeurs avec des liasses de dinars, des sacs de semoule et des bidons d'huile végétale. La corruption électorale s'est exprimée également à travers la vente de têtes de listes et de positions d'éligibilité à coups de millions de dinars. L'Algérie est également le seul pays au monde où des candidats achètent pour des malades leurs médicaments. Et où des candidats promettent de fracasser les crânes de futurs tenanciers de bars. Pas étonnant de constater par ailleurs, dans ce souk électoral authentiquement algérien, que beaucoup des 7 500 candidates en hidjab refusent d'apparaitre en photos sur les listes électorales. Pas surprenant non plus, de voir des imams algériens d'Algérie ou d'Arabie Saoudite, convoquer Dieu, le Coran, le Prophète et les saints pour inciter à voter une population qui voit dans l'abstention un acte civique majeur ou une extralucide expression politique. Dans ce contexte où l'anormalité électorale devient la norme politique, il n'y a rien de déroutant à voir aussi le vice-premier ministre, ancien manitou des opérations électorales, appeler ses compatriotes à aller voter «pour faire enrager Bernard Henri Levy.» Il n'y a rien donc d'abasourdissant dans le fait que des candidats et des candidates se proposent de lutter contre «le fléau du célibat», en promettant de trouver maris ou épouses à leurs électeurs et électrices sans conjoints. Il se trouve même une candidate qui a promis d'inscrire dans le marbre constitutionnel «l'obligation de mariage» comme condition préalable à un emploi. Et dire que le chef de l'Etat a cru sincèrement que le 10 mai 2012 serait une catharsis démocratique comme le furent pour la libération du pays le Premier novembre 1954 et le Cinq juillet 1962. Et dire aussi que le Premier ministre est convaincu que l'Algérie a connu son «printemps arabe» en ce même 5 juillet 1962.
N. K.


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