Il est difficile de ne pas se rendre compte à quel point, tel un bateau qui a perdu sa boussole, notre monde va à la dérive. Lentement certes, mais sûrement aussi. Et il est plus aisé de constater que cette dérive ne concerne pas un seul aspect de l?humanité. Au contraire, là où l?on va et quel que soit le côté du monde que l?on observe, on est toujours frappé par la dégradation dévastatrice qui le ronge. Parce qu?elles sont moins défendues que tout le reste, les valeurs se trouvent être, sans conteste, les plus touchées par la perversion du monde et la corruption des fondements de ce que l?on a toujours entendu par humanité.
Aujourd?hui, comme si un détournement de l?attention collective avait frappé partout et sans distinction, les hommes regardent le bateau couler sans trop se rendre compte que le naufrage les concerne, eux en premier. Et comme l?humour est souvent décrit comme l?arme du désespoir, alors on... rit, à défaut d?autres choses.
Autrefois, les rois et les princes léguaient biens, terres et sujets à leurs héritiers. Mais de nos jours, ils ne transmettent, pour la plupart, que la couronne, les comptes et les quelques vieilles pierres qui constituent le(s) château(x). Aujourd?hui, ce ne sont pas dans les monarchies que l?on rencontre les legs des peuples, mais dans les autres régimes.
L?observation ne se veut pas méchante. Il s?agit tout simplement de constater à quel point les choses ont changé et, pire encore, à quel point il est difficile de retourner aux normes et aux valeurs qui ont aidé jusque-là à bâtir des sociétés normales.
En 2000, on s?en souvient encore, le président syrien Hafez El-Assad est remplacé, à son décès, par son fils Bachar qui n?avait pas plus de 35 ans. Il avait fallu pour cela apporter quelques modifications à la constitution afin de baisser la barre de l?âge du candidat. Ce fut chose faite. En 2001, on s?en souvient aussi, c?est au tour de Joseph Kabila de prendre la place de son père Désiré, à la mort de celui-ci, à la tête de la République Démocratique du Congo. Il n?avait que 31 ans lorsqu?il accéda au pouvoir. En 2005, c?est Faure Gnassingbé qui, n?ayant que 39 ans, fut désigné comme successeur à feu son père Eydéma à la présidence du Togo, alors que la constitution donnait cette charge au président de l?Assemblée nationale. De son côté, Bilawal Zardari, le fils de Benazir Bhutto, qui ne dépasse pas 19 ans, remplace sa mère en 2007, suite à l?assassinat de cette dernière, à la tête du Parti du Peuple pakistanais, alors que son mari, co-président du parti, sera désigné Président en août 2008.
La même année, c?est-à-dire en 2007, c?est Cristina Fernández de Kirchner qui, succédant à son mari, gravit, par la force des urnes cette fois, les marches de la présidence de l?Argentine.
En 2010, nous dit-on, c?est Marine Le Pen qui remplacera son père à la tête du parti français de l?extrême droite, le FN. Son père a refusé de donner la date de son départ, histoire d?assurer que le legs se passe dans les meilleures conditions, d?autant plus que le poste est convoité par d?autres prétendants tels que Bruno Gollnisch, auquel Le Pen avoue préférer sa fille qui détiendrait, soutient-il, les «qualités exceptionnelles» exigées par le poste.
Restent Seyf el-Islam Kadhafi en Libye, Jamel Moubarak en Egypte et Karim Wade au Sénégal. Ci et là, les rumeurs et la presse rapportent que tout est fait pour que, le temps arrivé, ils se voient propulsés au haut de la hiérarchie dans leurs pays respectifs.
Celui qu?on appelle «le dauphin de la Jamahirya» dirige depuis un long moment une fondation du nom de la famille (la fondation Kadhafi), mais il est tout aussi remarqué dans de nombreuses affaires tant internes qu?externes à la Libye. Au pays des pharaons, Jamal a gravi les échelons du parti et tout semble prêt pour que le pouvoir l?accueille. Ce qui ne plaît guère à beaucoup de parties en Egypte, au point où, récemment, une fetwa fut même émise pour rappeler que le pouvoir dans une démocratie n?est pas héréditaire. Il en est de même du fils du président sénégalais. Karim Wade qui, à 40 ans, est déjà président de l?Agence nationale de l?organisation de la conférence islamique (Anoci) et dont certains remettent en question la préparation au pouvoir pour succéder à son père. Même le fils de Sarkozy n?est pas en reste. Il prend de l?importance à l?UMP, parti autrefois dirigé par son père. Et qui sait ?
Lorsqu?on considère tous ces cas, on ne peut que rester abasourdi par ce qui arrive. Alors que les dernières monarchies sont en train de devenir constitutionnelles et que les monarques ne renvoient plus qu?à un faible symbole qui, parfois, ne suffit même plus, comme c?est la cas en Belgique où le roi n?arrive pas à résoudre la crise actuelle, on assiste médusé à une transformation bizarre de la conception de la manière d?arriver au pouvoir dans les autres régimes.
Depuis quand enfin la démocratie est-elle une affaire de famille ? Depuis quand la confiance des citoyens s?hérite-t-elle ? Depuis quand les peuples se transmettent-ils, comme ça, au nom du père, de la mère ou d?autres choses ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aïssa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com