Une trentaine de morts et des dizaines de blessés, tel est le résultat de la violence qui s?était installée à travers tout le territoire bolivien au cours de la première quinzaine de septembre.
Sans doute s?agit-il des plus tragiques protestations subies par le gouvernement du président Evo Morales confronté aux réclamations autonomistes des riches provinces amazoniennes de Santa-Cruz, Tarija, Beni, Pando et Chuquisaca.
A la tête du pays depuis janvier 2006, Evo Morales avait été élu à une très forte majorité. Sa condition d?Indien Aymara lui avait valu aussi bien l?appui enthousiaste de la forte majorité de la population indienne que la sympathie des Boliviens d?ascendance européenne désireux de passer le relais du pouvoir pour la première fois de l?histoire à un authentique autochtone. Ses activités syndicalistes en faveur des producteurs de la feuille de coca, tout en dénonçant la production et le trafic de cocaïne, n?avaient pas porté préjudice à son élection qui aurait pu avoir l?avantage d?unir un pays très appauvri, la production d?hydrocarbures et l?agriculture étant insuffisantes pour améliorer les maigres revenus des plus démunis alors que la population totale est de près de dix millions de personnes.
Loin de ramener la confiance, la politique d?Evo Morales accentue les oppositions ethniques et impose le contrôle étatique de la production et de la commercialisation des hydrocarbures, réclamant notamment à l?Argentine et au Brésil un prix du gaz plus conforme au marché international de cette énergie. Pour des raisons de voisinage territorial ces deux pays sont les seuls clients du gaz bolivien.
En outre très rapidement le président Morales encouragera une révision constitutionnelle en vue d?étatiser l?économie du pays, de faciliter l?insertion des «indigènes» dans l?administration nationale et probablement, affirment ses détracteurs, d?instaurer la réélection présidentielle interdite par la Constitution en vigueur. Cette politique provoque le mécontentement croissant des cinq provinces amazoniennes détentrices de tous les gisements d?hydrocarbures. Afin de contrebalancer les mesures et les intentions centralistes de La Paz, la capitale, les gouverneurs de ces provinces organisèrent en mai et en juin des referendums - en dehors de toute légalité constitutionnelle - proposant aux populations provinciales l?instauration de gouvernements autonomes. A une large majorité cette idée fut acceptée. L?étape suivante fut de réclamer à l?Etat une partie de la rente pétrolière. Afin d?affirmer son pouvoir, Evo Morales organisa le 10 août un plébiscite destiné à confirmer sa légitimité électorale. Ce fut un succès car il obtient 67,4% des votes. Mais au cours de la même consultation les gouverneurs rebelles furent également ratifiés, ce qui ne fit qu?accroître le climat de confrontation.
Ces dernières semaines des routes furent bloquées dans l?est du pays, des édifices publics, symbole du pouvoir central, ainsi que des aéroports provinciaux, furent occupés, provoquant une sérieuse paralysie du pays à laquelle vont contribuer des mouvements paysans favorables à Evo Morales. L?armée reste loyale au chef de l?Etat qui fustige les Etats-Unis accusés de sympathie pour les autonomistes. L?état de siège est décrété dans la province de Pando, très affectée par la violence, accentuant ainsi une atmosphère généralisée de guerre civile...
Dans son impuissance de ramener le calme dans les provinces rebelles, Evo Morales déclare «persona non grata» l?ambassadeur des Etats-Unis Philip Goldberg accusé d?avoir dialogué avec les opposants. Afin de ne pas laisser isoler son collègue bolivien dans cette délicate position diplomatique le président vénézuélien Hugo Chavez prit également la décision d?expulser l?ambassadeur des Etats-Unis à Caracas. A son tour Washington, évoquant le principe de réciprocité, renvoya les ambassadeurs de Bolivie et du Venezuela. Dans cette atmosphère d?accusation de déstabilisation il ne serait pas inutile de rappeler que le Venezuela demeure un partenaire pétrolier majeur des Etats-Unis. Selon Bernardo Alvarez, l?ambassadeur de Caracas expulsé de Washington, les ventes de pétrole vénézuélien aux USA avaient atteint en 2007 plus de 50 milliards de dollars, ce qui représenterait plus de 72% d?augmentation depuis 2004.
Les graves événements vécus par la Bolivie n?ont pas laissé indifférents les pays sud-américains. Concernés par la stabilité régionale et l?intégrité territoriale de la Bolivie, et face à la dégradation de la sécurité dans le pays andin, avec une menace de blocage de la livraison du gaz essentiel pour l?Argentine et le Brésil, ils ont décidé de se concerter. Dans le cadre de la nouvelle structure régionale, l?Union des Nations sud-américaines (UNASUR), neuf chefs d?Etat, sur les douze qu?elle compte, se sont déplacés le 15 septembre à Santiago du Chili pour élaborer un document en neuf points pour dénoncer énergiquement toute tentative de coup d?Etat civil ou de rupture de l?ordre institutionnel qui mettrait en jeu l?intégrité territoriale de la Bolivie. Trois commissions furent constituées afin d?enquêter sur les pertes humaines dans la province de Pando, de faciliter le dialogue entre le gouvernement légal d?Evo Morales et les opposants autonomistes des provinces orientales et d?étudier une assistance technique à un pays très handicapé. Présidente «pro tempore » d?UNASUR, la Chilienne Michelle Bachelet pourrait se rendre en Bolivie afin de faciliter les contacts entre Evo Morales et les gouverneurs des provinces amazoniennes. En aucun cas la «Déclaration de la Moneda» - du nom du siège du gouvernement chilien où se retrouvèrent les chefs d?Etat sud-américains - ne mentionne les Etats-Unis, évitant ainsi toute crise avec Washington. L?atmosphère était propice à la baisse des décibels dans tout l?hémisphère.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Correspondant à Buenos Aires : Mohammed Benamar
Source : www.lequotidien-oran.com