Saïd Bouteflika a accepté de présider le Rassemblement pour la Concorde
Nationale (RCN)) « à condition qu'il lui soit collecté deux millions de
signatures ».
Le parti du frère du Président de la République est né jeudi dernier à
Laghouat. «Ce sont d'illustres inconnus qui ont procédé jeudi à la création
d'un nouveau parti qu'ils ont appelé le Rassemblement pour la Concorde
Nationale (RCN) même s'ils reconnaissent qu'ils n'ont pas encore eu
d'agrément», nous disent des sources sûres. L'on note que les membres
fondateurs de ce nouveau parti n'avaient même pas pu obtenir l'autorisation
pour tenir leur première assemblée générale dans une grande salle de la ville
de Laghouat. «A défaut, ils se sont réunis dans une autre salle plus petite
pour annoncer la naissance de leur parti et mettre en place le bureau
national», affirme-t-on. Le parti a déjà son secrétaire général et son
porte-parole. Il faut croire que ses membres fondateurs ne sont pas aussi
inconnus que cela puisqu'ils étaient tous dans des comités de soutien aux
candidatures de Abdelaziz Bouteflika pour ses trois mandats présidentiels. «Ils
ne sont en tout cas pas connus sur la scène politique nationale, ils n'ont
appartenu (en principe) à aucun parti politique déjà existant, notamment les
partis de l'Alliance présidentielle», tient-on à souligner.
Dès la mise en place du bureau
national, les animateurs de cette nouvelle formation politique ont fait savoir
qu'ils tiennent à ce que Saïd Bouteflika la préside. L'on dit que le concerné
n'a pas refusé mais a posé une condition, celle de lui consacrer au préalable
un apport de deux millions de signatures. «L'opération de collecte des signatures
est déjà lancée à travers plusieurs wilayas du pays», est-il indiqué. Autre
«acquis» aussi à son profit, l'ouverture, nous dit-on, de plusieurs permanences
du parti à travers le territoire national.
L'on rappelle qu'une fois
l'élection présidentielle de 2009 terminée, des comités de soutien au Président
de la République ont tenu à se regrouper au sein d'un ensemble qu'ils ont
appelé «Mouvement national des générations libres» (MNGL) que préside un certain
Mourad Sassi qu'on dit conseiller au palais d'El Mouradia. Les premières
assises de ce qu'on a qualifié d'Organisation non gouvernementale (ONG) ont été
tenues l'année dernière à l'hôtel Essafir (ex-Alleti) d'Alger.
De nouveaux militants pour un nouveau parti
«Nous pouvons transformer cette ONG en parti politique mais pour
l'instant, c'est une ONG», a déclaré son président à la presse. L'on avance
d'ores et déjà qu'il est attendu que les deux formations, le RCN et le MNGL,
doivent se fondre l'une dans l'autre pour constituer un seul et grand pôle
appelé, selon nous sources, à attirer le plus de militants possible pour
soutenir Saïd Bouteflika dans sa quête d'un mandat présidentiel en remplacement
de son frère. «Il n'a fait appel ni au FLN, ni au RDN, ni à aucun autre parti
déjà en exercice, il a préféré s'appuyer sur de nouveaux militants pour lui
créer un parti à lui à partir de Laghouat, c'est-à-dire à l'intérieur du pays
où sa parole est écoutée», explique-t-on. En attendant de s'élargir, le parti a
été créé au moment où la dissidence bouscule le FLN de Belkhadem, les émeutes
se multiplient dans le pays, la contestation de plusieurs secteurs s'amplifie
et les scandales éclaboussent l'autorité publique. «Quand le calme sera
rétablie, le nouveau parti sera déjà placé», disent des observateurs non sans
ajouter que «les militants des autres partis y compris le FLN seront les
bienvenus en attendant d'autres évolutions.»
Il faut admettre que même si
l'information de la création du parti de Saïd Bouteflika n'a pas été rendue
publique, des «officines» ont commencé à affûter leurs armes pour faire capoter
le projet. On prête à Saïd Bouteflika «cette ambition démesurée de se voir
projeté président de la république pour la simple raison qu'il fait partie du cercle
restreint de son frère parce qu'il est son frère, c'est tout !» Ce sont
probablement, nous dit-on, «des personnes qui ont des intérêts importants qui
cherchent à faire perpétuer ce pouvoir pour ne pas les perdre.» L'on refuse de
croire que la personne en question a «cette aura ou ce charisme pour pouvoir
occuper le siège de la présidence de la république». Aux côtés du Président de
la République, on compte trois personnes importantes. «A l'instar de son frère
Saïd, il y a son secrétaire particulier, Mohamed Rougab qui a été souvent
l'intermédiaire entre le président et ses ministres», est-il affirmé.
Saïd, «la forte proximité avec le président»
«Rougab a eu aussi souvent à transmettre des instructions du président au
Premier ministre, c'est dire que Bouteflika ne communique pas avec son
gouvernement». L'on note ici que les prérogatives du directeur de cabinet à la
Présidence de la République sont quasiment nulles «alors que c'est lui qui doit
en principe transmettre les instructions». L'on reconnaît ainsi que «c'est Saïd
qui a la forte proximité avec le président qui décide même, ce qui laisse
penser qu'il pourrait lui succéder, ce qui est difficile à admettre et à se
voir concrétisé». Une proximité qui, faut-il le rappeler, lui a permis de s'exposer
publiquement à chaque fois que le chef de l'Etat procède à des sorties
officielles. Son exposition la plus formelle a eu lieu au courant des trois
campagnes électorales de son frère alors candidat à la présidentielle. En 2009,
Saïd s'est vu même acclamé par les foules dans plusieurs régions de l'intérieur
du pays. Il y en a même qui lui ont remis des lettres ou des dossiers pour voir
leurs problèmes résolus. Le Président a profité pour présenter son frère
publiquement et officiellement à la télévision nationale lorsqu'il avait reçu
Zine Eddine Zidane.
La remarque qui revient souvent
dans la bouche de nos sources est que la création du RCN est venue à un moment
où le FLN vit de grandes dissidences. Même s'il est admis que l'ex-parti unique
s'agite cycliquement et ce, «à chaque fois qu'il y a des postes à pourvoir au
niveau de ses structures», il est permis de penser que son agitation vise à
déstabiliser son secrétaire général. Proche du Président de la République,
Abdelaziz Belkhadem vit des moments de déstabilisation bien orchestrés par des
membres qui pourtant n'ont jamais eu les rôles avant-gardistes au niveau de ce
parti. «C'est ce qui laisse penser que cette dissidence ne sert pas le clan
présidentiel», est-il relevé.
«On sait que si Belkhadem tombe,
ce sera Ali Benflis qui raflera la mise», nous dit-on en haut lieu». On laisse
entendre un peu partout que l'ex-chef de gouvernement reprend du poil de la
bête. Il est dit qu'il a bénéficié depuis quelques mois «d'une garde renforcée
et qu'il se fait voir dans des manifestations quelque peu publiques à l'exemple
de la rencontre des anciens Médersiens à Constantine». A ce propos, il est
avancé que «le clan de l'Est mise grandement sur Benflis pour reprendre en main
les commandes du pays». L'on rappelle que la fronde qu'il a menée contre le
président après qu'il l'ait limogé lui restera dans les annales de l'histoire».
Mal ou bien perçue ? «En tout cas, le terrain lui a donné raison depuis que les
scandales de corruption agitent le pays et ont fragilisé le clan présidentiel».
La dissidence au FLN, «une parodie!», selon Belkhadem
Face à un Belkhadem qui, estime-t-on, «n'a pas d'avenir politique, c'est
Benflis qui est le mieux indiqué pour revenir sur la scène politique». Ce qui,
pense-t-on donc, «ne profitera nullement à Saïd Bouteflika». Mais Benflis doit
méditer la leçon d'un soutien qui lui a été exprimé en 2004 plus pour régler
des comptes «peut-être personnels ou claniques» que pour le propulser au-devant
du pouvoir présidentiel. En plus, l'ex-chef de gouvernement n'est pas seul.
«L'actuel Premier ministre incarne plus que Benflis le parfait enfant du
système». Il lui a attribué de forts soutiens «encore en poste». Seulement, son
retour au Premier ministre a été utilisé pour, soulignent nos sources, «verrouiller
le pays pour un retour à la case départ, celle de 1996». 2009 est donc l'année
qui a marqué, selon nos interlocuteurs, ce retour tant craint par ceux qui ont
résisté face aux difficultés des années 90. «Si on était dans une situation
normale et d'ouverture, la révision de la Constitution n'aurait jamais eu
lieu», affirme-t-on. Réclamé à maintes reprises par le SG du FLN, une prochaine
révision de la Constitution est vue comme étant «un autre moyen pour
verrouiller davantage le pays». Le FLN de Belkhadem se sent pour l'instant
soutenu par le Président de la République. «C'est une parodie ce que vous
faites et continuez à faire», a déclaré hier Belkhadem devant les mouhafadh de
son parti à propos des dissidents. Et, font remarquer les observateurs, «tant
que Abdelkader Hadjar, le spécialiste des coups d'Etat scientifiques, n'est pas
rentré en scène (de la dissidence), rien ne sera changé». Ce qui est évident
est que «le réveil de vieux démons comme Hadjar, au cas où il sera provoqué, ne
se fera pas au profit de Benflis». Saïd Bouteflika ne semble pas non plus
plaire à ceux qui prétendent surveiller de «très près l'évolution des choses».
La condition de Saïd pour présider le RCN leur fait dire qu'«il aura les deux
millions de signatures qu'il réclame mais il n'aura pas deux millions de voix
au cas où il décidera de se présenter à l'élection présidentielle de 2014».
Anticipée ou pas, l'élection en question relève des prérogatives seules du
Président de la République «tant que Dieu lui prêtera vie», méditent nos
sources.
Article concdernant la succession de Said Bouteflika
naima dridi - responsable satisfaction clientèle - alger, Algérie
02/08/2011 - 17573
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com