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Taggueurs, ces artistes incompris EXPRESSION ARTISTIQUE UNDERGROUND à CONSTANTINE



Taggueurs, ces artistes incompris                                    EXPRESSION ARTISTIQUE UNDERGROUND à CONSTANTINE
Photo : A. Lemili
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili

Le Pr Aberkane avait été le premier, et il sera certainement le dernier à y avoir pensé, depuis tout le temps : offrir l'opportunité à certains artistes officiels d'ouvrir la voie à ceux qui exerçaient toutes formes d'expression de manière underground. A partir de cette intention et une fois intronisé maire du Khroub, ses premières actions vont être consacrées à édulcorer l'ambiance agressive existant dans les cités- dortoirs, mais également à hauteur des voies principales, par le recours à certains moyens de substitution qui, vaille que vaille, amélioreront le cadre de vie général. Il tentera de matérialiser l'acte de lecture chez le citoyen, en faisant installer de petits -et tout autant suggestifs- conteneurs, appelés à abriter l'activité de bouquiniste, s'attellera à accélérer l'ouverture d'un centre culturel. Il faudrait, toutefois, retenir cette idée de «faire barbouiller» les pans d'immeubles et certaines façades, situées à l'entrée de la ville, par des artistes, non pas à la manière académique, mais comme pour encourager une forme d'expression rebelle, dans laquelle excellent tellement de talents, cachés au sein de la jeune population.Hélas, si le travail était entamé avec beaucoup de volonté et des artistes sollicités par le maire s'engageant rapidement à apporter leur contribution à une autre démarche, de nature à modifier un tant soit peu un cadre de vie morose, routinier, il n'y aura en face, c'est-à-dire chez les habitants, aucune réaction à laquelle il n'était nullement besoin de s'attendre, par un acquiescement favorable, ou des applaudissements, mais seulement une contribution à la préservation de ce qui a pu être réalisé et à sa pérennisation par émulation des jeunes résidant dans des cités qui sont loin d'évoquer le Pérou.
Néanmoins, le mal de vivre quasi régulier, prenant le pas sur l'espoir, allait conduire bien des jeunes à donner libre cours à leur imagination, à traduire leurs émois, expliquer à leur manière, et parfois par l'absurde, ce qu'ils attendent de la société, de leurs aînés, des pouvoirs publics, de leurs proches et parents. Tout cela en l'absence, malheureusement, d'un vis-à-vis à même de comprendre aussi bien un appel au secours qu'à prendre en charge un talent enfoui et une propension à une expression, dont les pistes qui, pourtant, méritaient d'être prospectées, ne le seront jamais. Et pour cause, l'incapacité des adultes, surtout celle des responsables à comprendre la nature des messages transmis. Mais, en réalité, pourrait-il être imaginé un seul instant que toute la chaine hiérarchique en charge de la culture dispose elle-même des capacités de gérer un aussi important torrent de création et de créativité ' Bien entendu, la réponse ne pourrait qu'être négative. D'où une déception quasi générale, chez des artistes formés sur le tas et, plus grave encore, de ces cohortes de jeunes diplômés de l'Ecole des beaux aArts, contraints de faire de la pige, en qualité de caricaturistes, dans des semblants de quotidiens locaux d'information, non seulement en bradant leur talent, mais en le pervertissant, à leur corps défendant. Dans tous les pays du monde qui ont lutté contre, voire réprimé l'art du «tag», la société répressive a, par la suite, saisi l'importance de l'enjeu et mis tous les moyens possibles de nature, non pas à contrer une forme de rébellion qui disait bel et bien son nom, mais plutôt à l'encadrer, sans pour autant porter atteinte à ce qui en est l'essence : les libertés qui guident leurs auteurs.Nous en sommes encore, par rapport à cette perception, à des années lumières. Ce n'est pourtant pas la matière qui manque. Pour renseigner sur la réalité quotidienne de la jeunesse, il suffirait, sur l'ensemble des douze communes de la wilaya de Constantine, sans avoir besoin de recourir à des sociologues, psychanalystes et consorts, de faire une lecture sérieuse des tags qui ornent les cités, pour comprendre ses désarrois (de la jeunesse), mais aussi et surtout le talent d'une grande partie des jeunes.
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