Photo : M. Hacène
De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
Imaginer une rue, un boulevard, un quartier, une placette transformé en scène artistique est quasi utopique pour la population, qui veut briser la monotonie urbaine dominée, jusqu'ici, par une autre configuration : celle des fast-foods et des commerces pêle-mêle squattant tous les espaces publics. Les responsables n'en sont pas moins pessimistes, dès lors que ce genre d'initiatives relève également de la capacité des artistes à étoffer un plateau en plein air en jachère. Une synergie entre les pédagogues - ou artistes - et les décideurs pourraient redonner un zeste de climat lettré, en dehors des espaces rompus aux shows. Cette force, malheureusement,quoiqu'absente, ne peut toutefois résister devant l'indifférence d'une société en décalage, voire insensible, aux expressions culturelles improvisées, ceux d'une scène enrichie de nouveaux «essais», esquissés par d'autres artistes, d'autres personnages qui sortent des sentiers battus et refusent de se manifester dans des espaces prédominés par les stéréotypes, dans le seul but de répondre à un besoin d'un jour.Les responsables du secteur ont, certes, ouvert la voie aux jeunes désirant s'exprimer davantage pour rendre le plateau culturel varié et coloré de créations. Mais le rush dans les espaces «officiels» n'a pas atteint un degré optimal, ce qui laisse supposer que l'engouement pour élargir le champ à l'extérieur des enceintes est quasi mince, voire inexistant. «On dispose d'une jeunesse florissante, qui brille par ses créations mais, faute d'une attention particulière et d'une prospection des responsables de la culture, toutes ces énergies s'évaporent», soutient un jeune artiste qui vit son art avec ses propres moyens. Avec son penchant pour la photographie, il explore les visages de la ville et de la vie à sa manière. Mais, il est obligé de faire preuve de discrétion et de ne pas trop s'exposer quand il travaille à l'extérieur, de peur des tracasseries qu'il aurait à subir. Combien d'artistes sont confrontés à cette situation ' Le désert culturel s'étend de plus en plus dans la ville où, en dehors de ces espaces d'expression où l'artiste amateur n'a pas sa place, il n'y point de vie culturelle.Il faudra instaurer divers modes de transmission (communication, sensibilisation du jeune âge,') pour enraciner l'acte culturel et en faire un réflexe omniprésent dans la société. Hélas, on n'aperçoit aucune scène artistique en plein air, venant rompre le climat et l'environnement avoisinant enlaidi par le tout commercial qui voile toute beauté, fut-elle minime ! Conservatoires, maisons de jeunes, théâtres 'chaque institution culturelle à Constantine a pourtant des budgets alléchants qui lui permettent de mettre en 'uvre toute une gamme de productions et la vocation n'est pas liée seulement à une présentation brillante, à une date précise. Pourtant, les animations locales, avec toutes leurs variétés, demeurent enserrées dans un microcosme et souvent coupées du public qu'il est nécessaire d'aller chercher en dehors des salles. En parallèle, il existe des jeunes qui sont marginalisés car refusant d'être enfermés dans des programmes stéréotypés et ne voulant surtout pas s'afficher pour le décor. Aussi, est-il nécessaire de contraindre les responsables de la culture, et des arts, en général, à fouiner davantage, pour se mettre à jour, avec ce qui se fait de par le monde. A Constantine (c'est le cas pour le reste du pays) la culture est gérée, administrée comme une machine administrative. On trace les programmes et on les exécute au moment voulu. L'impact est rarement évoqué. Sinon, comment expliquer qu'on continue à refaire la même chose sans s'arrêter sur l'indifférence de la société 'Sur un autre registre, des observateurs soutiennent que l'animation «des cités urbaines en diverses activités nécessite le concours de la commune, qui est la seule à pouvoir réserver des espaces où les acteurs pourront crayonner, peindre, jouer de la musique ou conter, et drainer les citoyens». «Beaucoup de changements devront être opérés pour que la population devienne une partie intrinsèque de la sphère culturelle», note un jeune Constantinois, qui espère voir un jour, autant d'acceptation en matière d'innovation. C'est une parenthèse qui s'ouvre en ce millénaire, avec tous ces bouleversements et mutations socioéconomiques qui ont vu, voire précipité, la naissance de nouvelles expressions culturelles et artistiques. Accepter et tolérer les 'uvres d'autrui sans les dénaturer est une forme de respect, un signe d'ouverture, qui ne peut qu'encourager les artistes, amateurs ou professionnels, qu'ils exercent leur art dans les salles ou sur les trottoirs. C'est ainsi que la culture pourra se réconcilier avec la société dont elle est censée être un miroir. Et c'est valable aussi bien pour Constantine que pour toutes les autres villes du pays'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N H
Source : www.latribune-online.com