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Seule l''uvre architecturale a résisté au temps Théâtre régional de Constantine



Seule l''uvre architecturale a résisté au temps                                    Théâtre régional de Constantine
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili

A Constantine le contenant existe et d'ailleurs ses responsables se sont toujours gargarisés du fait de disposer d'un joyau en matière d''uvre architecturale. Et quand cette 'uvre architecturale a la réputation d'être la copie conforme en format réduit de la Scala de Milan, il devient temps de dire «'n'en jetez plus». Le contenant en question est le théâtre que les forces occupantes ont pris le soin de dresser
en plein centre-ville comme l'ensemble des autres bâtiments destinés à l'usage public.
A contrario, le contenu laisse à désirer. Si au lendemain de l'indépendance et jusqu'à la fin des années 70 il y a eu une formidable
effervescence en matière de création théâtrale et, pour cause, l'autre formidable prolifération de troupes amateurs notamment, qui se déplaçaient au sein des unités industrielles pour y donner des spectacles aux ouvriers, il n'en sera plus le cas à partir du début des années 80. Les activités étant littéralement mises sous éteignoir pour la simple raison que la plus importante source de financement, comme dans le reste du secteur de la production, s'était tarie. L'Etat laissait choir la prise en charge d'une activité qu'il croyait caporaliser sur le plan des thématiques mais une mainmise savamment contournée grâce au génie des scénaristes et de comédiens exceptionnels qui ne se contentaient pas uniquement de répéter machinalement un texte mais se permettaient via des improvisations qui, pour les spectateurs ne passaient pas inaperçues, constituaient de véritables messages codés qui venaient à juste raison rappeler que par nature même l'art ne pouvait être mis aux ordres.
L'Etat appauvri au milieu des années 80, crise économique (l'une des premières) oblige, le TRC n'ayant plus les moyens de son ambition se contentait de verser les salaires des comédiens lesquels, quelques années plus tard se redéployaient comme ils le pouvaient ou tout bonnement végétaient. Dès lors, plus question de réalisation, plus question de formation à moins qu'un évènement ponctuel de grande importance ne vienne tirer de sa torpeur la machine et ébranler sa mécanique. Mais les productions grandiloquentes qui en découlaient n'ont jamais accroché un public plus que désabusé de la culture propagandiste des institutions culturelles officielles.
Au cours des dix dernières années, il y a eu des tentatives d'éveil dues plus particulièrement à des manifestations conjoncturelles telles «L'année de l'Algérie en France», «Alger capitale de la culture arabe» ou encore «Tlemcen capitale de la culture islamique». Cela a consisté en le recyclage d''uvres érodées, devenues anachroniques. L'anachronisme, le comble pour un art réputé éternel parce que fait pour résister au temps et ses vicissitudes.
Sinon, il est certain que l'édifice ouvre ses portes et elles sont loin d'être béantes au cours du printemps théâtral destiné aux enfants et où, en raison du sevrage définitivement installé, les organisateurs sont obligés de battre le rappel des troupes, autrement dit les éléments de police pour gérer l'évènement et surtout'dégoûter les enfants, essentiels spectateurs et les parents qui les accompagnent pour certains d'entre eux. Ouvertes pour ouvertes, les portes vont le rester pour les adultes et pour quelques jours à travers une ou deux 'uvres revisitées qui déplacent rarement le public à l'exception de ceux qui résident dans un rayon de 150 mètres autour du théâtre, sinon les invités auxquels est souvent réservé plus d'espace qu'à celui (public) payant. Sur le reste de l'année, abords et marches du théâtre sont squattés par une foule interlope qui écoule tous types de gadgets, cambisme parallèle, badauds, etc. Une foule qui ferait le bonheur d'un texte fellinien.
«Si tu ne viens pas au théâtre, le théâtre ira à toi», ça a été la devise de quelques rêveurs qui ont tenté des expériences en déplaçant leurs activités dans les villages, les hameaux, dans les écoles, les usines et même en milieu carcéral. Cela n'a pas duré malheureusement et ne risque pas de se reproduire malgré le fait qu'à travers le monde et, notamment en France, c'est cette démarche qui fait recette aussi bien parmi les publics qu'au sein des pouvoirs publics locaux.
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