De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
Admirable de l'intérieur comme de l'extérieur, le théâtre de Constantine subjugue depuis des lustres par son architecture toute en courbes et entrelacs. Mais ses planches restent depuis quelques temps vides, sans voix. Tous les évènements qui y sont programmés se concentrent dans des festivals programmés, organisés, financés et gérés par la tutelle. Passés ces dates, ne reste que l'aspect architectural pour retenir le regard.Pourtant, ce qui est attendu d'un théâtre c'est de faire des pièces pour que les planches fassent vibrer la salle et rayonner l'art. Or, pour l'heure, le TRC n'est sollicité périodiquement que pour l'organisation des festivals. En dehors de ces événements ponctuels et conjoncturels, l'enceinte sert de salle de spectacles pour les autres manifestations artistiques. Et puis une léthargie frappe la structure. Les responsables en sont conscients : «La programmation fait cruellement défaut et ses outils sont quasi inexistants», avouera le directeur du TRC. «Les moyens existent, ce qui devra conforter davantage cet art. Mais je reviendrai notamment sur un aspect important, celui de la formation. Il faut aussi revoir les critères de recrutement des artistes qui devront prendre la relève.» Management dans la programmation, renouvellement progressif du noyau d'artistes, en plus des cycles de perfectionnement sont les trois aspects revendiqués par les observateurs afin que le TRC reconquiert un public et draine du monde comme ce fût le cas lorsqu'il était au sommet de sa réputation, dans les années 1970 et 1980.«S'attaquer aux 'uvres universelles requiert une aptitude théâtrale solide. Puiser dans les tréfonds de la société pour extraire un matériau à scénariser en demande autant», expliqueront des spécialistes du 4eart. Un dilemme incontournable pour garantir des productions de haute facture. «Si aujourd'hui les planches sont désertées par le public et les amateurs, c'est en raison de la qualité des 'uvres», dira sans ambages un fidèle ayant fréquenté le TRC à des périodes antérieures. «Le public est attiré par le caractère impressionnant des pièces. Si celles-ci sont dénuées de fonds ou en inadéquation avec la réalité de la société, les gens font l'impasse systématiquement», soutiendra-t-il.Pour ce qui est de l'écueil de la formation et du perfectionnement, il devra être aplani du 15 au 30 décembre et à la fin janvier 2013 avec la concrétisation de deux stages, l'un au profit des jeunes metteurs en scène et l'autre pour les comédiens. «C'est l'Irakien Fares Mechta, qui, actuellement, vit et travaille en Hollande, qui assurera ces deux cycles», nous indique un responsable du TRC. Actuellement le TRC tourne avec une pléiade de comédiens et une dizaine de permanents. En plus de quelques amateurs qui s'y frottent. Essoufflées, les planches ont besoin d'une nouvelle dynamique effective grâce à une bonne assise de perfectionnement. Formation et passion riment. «Il ne suffit pas d'être formé selon les rudiments théâtraux exigés pour faire briller la scène. Encore faudra-t-il couver l'essence de cette passion pour pouvoir la transmettre avec émotion et maestria au public», dira le directeur.En clair, le TRC veut attirer davantage de visiteurs en proposant des pièces de bonne facture, quitte à réduire le nombre de celles-ci. Il s'agira de privilégier la qualité à la quantité si on veut reconquérir un public.
220 représentations annuelles
En matière de fréquence de représentations, le TRC n'a pas à rougir. En effet, le théâtre régional de Constantine a vu ses représentations annuelles augmenter après un fléchissement durant la décennie noire. Il totalise depuis quelques années (grâce au concours financier conséquent du ministère) plus de 220 representations annuelles qui sont programmées dans l'ensemble des théâtres régionaux, contre une dizaine auparavant. Le constat chiffré est plus que satisfaisant, de l'avis de comédiens et des gestionnaires. D'autant que les répétitions des nouvelles productions demeurent stables et répondent aux plannings établis par la direction. «Nous
parvenons à monter trois spectacles par année, ce qui place le TRC aux normes. Pour le Cinquantenaire, l'ancienne pièce «El qalma» traitant de la Révolution reviendra sur la scène le 25 décembre prochain avec de nouveaux artistes», indiquera le directeur de cet organisme, M. Ramdani, qui a passé une carrière de comédien au niveau de cette même institution avant d'accéder à ce poste. En outre,4 pièces dont 2 pour enfants sont sur le bureau de la commission artistique, qui n'a pas encore statué quant à leur montage.
En marge de ses activités périodiques, le théâtre régional de Constantine s'attelle à fêter, en avril prochain, ses quarante ans d'activité. Une célébration qui sera marquée par une multitude de représentations. «Des extraits de pièces ayant concouru à la notoriété du TRC seront présentés au grand public», dira le responsable. Avant d'ajouter : «Au menu de cet évènement figure une quinzaine théâtrale qui regroupera diverses formations nationales et étrangères, dont celles de Tunisie, Mauritanie et du Maroc, en plus de la participation des
théâtres régionaux. Il est aussi prévu l'organisation de conférences qui retraceront le parcours des planches constantinoises avec un état des lieux, ce qui devra permettre au monde du 4e art de revoir ou de redéfinir les atouts garants de sa seconde relance.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N H
Source : www.latribune-online.com