Biskra - A la une

Les diplômés dénoncent leur marginalisation



Le président Nour Zire, étudiant en fin de cycle master 2 en français, énumère dans un langage si riche d'ambitions les mille et un ennuis dont souffre cette frange sociale.Dans le sillon du célèbre musicien et compositeur Maâti Bachir, fils de Biskra, marchent beaucoup de talents atteints de cécité. Ils se sont constitués en une association baptisée "Nour Al-Bassaïr", dont le choix du nom n'est pas fortuit. "C'est avec les yeux du c?ur que nous pouvons voir au mieux, ceux du corps sont le plus souvent trompeurs", nous explique Nour Zire, leur président, lequel, suite à une maladie sévère, a brutalement perdu la vue, un mois après sa naissance. "Nous avons lancé cette association en 2017 pour un triple objectif ; faire entendre notre voix, faire connaître nos exploits et prouver que le seul handicap dans la vie est le repli sur soi", souligne-t-il.
Ils sont nombreux, tous diplômés de l'UMK, qui se sont créé un monde de créativité et d'imagination ne connaissant pas de bornes. Pour la plupart d'entre eux, la musique, tout comme la prose et la poésie, constituent l'art dans lequel s'exprime leur énergie débordante. Citons, à titre d'exemple, le talentueux prosateur Mossaab Bendjedid, auteur d'un recueil de merveilleux contes, ou encore le poète Lazhari Djelloul. Ils attendent tous, à travers notre journal, qu'une main salvatrice leur soit tendue. Ces détenteurs de canne blanche sont, selon leur président, "non compris, marginalisés, voire mal vus par la société au sein de laquelle ils évoluent".
Leur association se compose de cadres de haut niveau dont la compétence est nettement avérée, à l'image de Mlle Hadjer, titulaire d'un master 2 en anglais, enseignante au Centre des personnes à besoins spécifiques, de Lotfi Gouasmi, docteur en informatique, vice-doyen de la Faculté des sciences politiques de l'université Mohamed-Khider, de Salim Khentouch, responsable de l'"Espace braille'' de la même université et plein d'autres encore. Le président de Nour Al-Bassaïr, étudiant en fin de cycle master 2 en français, énumère dans un langage si riche d'ambitions les mille et un ennuis dont souffre cette frange sociale. "Nous vivons toujours en marge de la société. D'aucuns nous considèrent comme un lourd fardeau pour l'Etat. Les problèmes que nous rencontrons à la longue sont très nombreux, surtout à l'université où une bonne partie des étudiants et même de certains enseignants sous-estiment nos compétences reconnues", déplore Anouar, lequel persiste à s'accrocher davantage à son objectif, aussi noble soit-il. "Mon dessein principal est de décrocher mon doctorat", se confie-t-il.
Le problème majeur, dont la solution n'est certainement pas pour demain, demeure, toutefois, la maigre pension qui leur est octroyée par l'Etat. "Les 10 000 DA que l'on perçoit mensuellement ne sont même pas en mesure de satisfaire le moindre de nos besoins primordiaux. Nous demandons que cette minable allocation soit majorée", réclame-t-il. Et d'ajouter : "L'association bénéficie d'un budget annuel de l'ordre de 100 000 DA de la part de la wilaya, mais ce montant minime reste assez insuffisant, nettement inférieur à celui alloué à d'autres associations." S'agissant de l'intégration sociale, les non-voyants rencontrent toujours de multiples difficultés.
Ils sont surtout la proie au chômage. "Nos demandes d'emploi sont toujours rejetées par les employeurs, et le plus chanceux d'entre nous décroche un poste dans le cadre du pré-emploi. Je me demande parfois pourquoi continuons-nous d'étudier, car nous savons pertinemment que nous ne serons pas recrutés '" s'interroge notre interlocuteur. Et en poursuivant dans le même contexte, il évoque l'existence d'un décret exécutif 09/32 promulgué en 2002, qui stipule que 3% des non-voyants doivent bénéficier du recrutement. Ce décret, selon lui toujours, n'est cependant pas respecté par les employeurs. La même personne relève également la difficulté de circuler dans la ville. "L'état déplorable de nos ruelles pleines de fosses et des trottoirs transformés en parkings dans beaucoup de quartiers ne permet même pas aux gens normaux de marcher sans le moindre souci. Imaginez alors la situation pour un aveugle. Chez nous, il faut être accompagné pour pouvoir circuler sans difficultés", a-t-il regretté. De surcroît, les obstacles rencontrés dans toutes les facultés, sont, eux-aussi, bien présents.
"Un non-voyant a besoin de matériel adapté, de bibliothèque sonore, de programmes spécifiques et d'ordinateurs équipés de logiciels en braille, ce qui nous permet, outre une formation adéquate, d'être en contact avec la modernité. Et c'est ce qui fait encore défaut à l'UMK." En conclusion, le président de cette association exhorte les responsables locaux à intervenir de manière à satisfaire leurs attentes. "Nous sommes une partie intégrante de la société, donnez-nous les moyens indispensables pour concrétiser nos ambitions et pour être autonomes", conclut-il.

H. BAHAMMA
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