Photo : S. Zoheir
De notre correspondant à Béjaïa
Kamel Amghar
En juillet et août, la zone rurale de Béjaïa a eu chaud. Vraiment chaud ! Des dizaines d'incendies s'étaient simultanément déclarés dans plusieurs villages montagneux de la wilaya. Les feux, qui ont initialement pris dans les forêts environnantes, se sont étendus ensuite aux vergers et aux exploitations agricoles. Les dégâts sont énormes. On parle de plus de 25 000 arbres fruitiers calcinés. Face aux flammes, les paysans ont été presque seuls à défendre leurs biens. Les services des forêts et ceux de la Protection civile, visiblement débordés par l'ampleur de la situation, se sont limités à la protection des maisons et des équipements publics. Aujourd'hui, les campagnards reprochent aux autorités et aux élus locaux leur manque de prévoyance, notamment l'absence d'un plan anti-incendie.
Les assemblées locales et les responsables de l'administration locale, s'estimant non-concernés, ont effectivement brillé par leur absence au moment du sinistre. Les villageois ont eu l'impression d'avoir été abandonnés, oubliés. Si, en période de catastrophe, les autorités ont fait preuve de tant de mollesse et de cynisme, qu'en est-il le reste du temps ' Les coupures d'eau courante durant la saison chaude sont récurrentes. A l'insuffisance des ressources mobilisées et à la vétusté des réseaux, s'ajoute l'indifférence des autorités et des responsables de l'Algérienne des eaux (ADE). Illustration : le village d'Ichekkaven, dans la commune de Feraoun, souffre depuis des années de ce problème. Malgré leurs multiples protestations à l'endroit de l'ADE et les démarches effectuées auprès de l'APC, les villageois subissent toujours cette situation. Idem pour plusieurs hameaux de la commune de Darguina, où les adductions et les réservoirs nécessitent un redimensionnement conséquent pour répondre à la croissance de la demande. Les habitants de villages comme Aït Attik et Akabaou refusent, désormais, de payer leurs factures d'eau, puisque leurs robinets sont souvent à sec. D'autres bourgades, à Akbou, Seddouk ou Draâ El Gaïd, peinent aussi à s'approvisionner en eau, malgré l'abondance des ressources hydriques.
En matière de transport, le déficit est également flagrant. Dans la quasi-totalité des communes, les bourgades, hauts-perchées, sont desservies exclusivement par des fourgons «clandestins», échappant à tout contrôle. En temps de crise ou d'intempérie, ce service précaire de transport se retrouve automatiquement paralysé. Il est vrai que le ramassage scolaire a été relativement assuré ces dernières années. Mais pour le reste de la population, c'est le système D qui prime toujours et probablement pour longtemps. Au cours de l'hiver dernier, qui a été rigoureux en raison des abondantes chutes de neige, le gaz butane a gravement manqué dans tous les foyers de l'arrière-pays béjaoui. Là aussi, l'approvisionnement en carburants a fait cruellement défaut. L'entreprise Naftal avait été mise à l'index. Et les collectivités locales n'avaient pas fait grand-chose, non plus, pour soulager les familles sinistrées et les démunis. Ils s'en sont sortis grâce au sens de la solidarité et de l'entraide qui subsiste encore parmi les campagnards. Concernant le secteur de la santé, pour un simple vaccin les gens sont obligés de faire des kilomètres pour rejoindre la polyclinique la plus proche. La dégradation des routes, les coupures de courant électrique, les dérangements du réseau de téléphone et de l'Internet font aussi partie du quotidien. En somme, la paresse, l'immobilité, le manque d'initiative et la bureaucratisation des collectivités locales poussent les derniers villageois à «descendre» en ville. Ils sont très nombreux à souscrire à des logements LSP ou à acquérir chèrement des lots de terrain à la périphérie des centres urbains afin de bénéficier des services de base. Il est grand temps, si ce n'est déjà trop tard, de bousculer ces autorités locales qui donnent la nette impression d'être assoupies, depuis longtemps.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K A
Source : www.latribune-online.com