Président du conseil interprofessionnel apicole de Béjaïa et gérant de la SARL Bio Bees Pro, Nabil Ziane souligne les enjeux économiques, scientifiques et les perspectives prometteuses de cette filière émergente en Algérie.
Propos recueillis par Nordine Douici
- Voulez-vous nous expliquer de la façon la plus simple les méthodes ou le processus suivi pour extraire le venin sans nuire aux abeilles?
Le venin d’abeille est utilisé, à l’image des autres produits de la ruche, en apithérapie. Le venin d’abeille est extrait à l’aide de dispositifs spécifiques, appelés extracteurs de venin, conçus pour préserver la vie de l’insecte. Ces systèmes reposent sur une stimulation électrique légère qui provoque la libération du venin sans entraîner la perte du dard, permettant ainsi à l’abeille de survivre. La technique actuellement utilisée consiste à appliquer une tension d’environ 3 volts à 29 volts. Le dépassement de cette puissance peut entraîner un certain taux de mortalité. C’est pourquoi l’usage du courant alternatif est privilégié, afin d’augmenter les chances de survie des abeilles; cette approche constitue une innovation récente. Ainsi, l’extraction requiert un savoir-faire précis où une attention particulière aux conditions environnementales et une approche éthique visant à protéger les abeilles. La qualité du venin est étroitement liée à la quantité de pollen présente dans la ruche, à la température qui ne doit pas être inférieure à 18 °C. Il est recommandé de choisir un endroit couvert, afin d’éviter toute forme d’infection ou de pollution et d’opter surtout pour les deux types d’abeilles productrices d’un venin de qualité, à savoir, les butineuses et les couveuses.
- Existe-t-il une demande réelle sur le marché national algérien ou est-elle surtout tournée vers l’exportation?
La demande pour ce produit évolue, mais timidement. Cependant, il est sollicité par plusieurs universités algériennes pour des besoins de recherche scientifique, telles que celles de Tizi Ouzou, Bouira, Tlemcen et Mostaganem. Par ailleurs, des laboratoires spécialisés utilisent le venin dans la fabrication de crèmes à base de venin d’abeille, reconnues pour leurs effets thérapeutiques, mais en particulier dans le domaine cosmétique. En ce qui concerne le marché international, pour l’instant, nous ciblons l’usage pharmaceutique. Nous exportons des quantités vers la Tunisie. Le venin d’abeille est actuellement exporté vers la Tunisie, où il est utilisé essentiellement dans le domaine pharmaceutique et cosmétique. Nous avons aussi des centres thérapeutiques qui pratiquent l’apithérapie et qui sont également demandeurs. J’aimerai préciser ici que pour récolter 0,3 gramme de venin d’abeille, il faut 60.000 à 80.000 abeilles, dans de bonnes conditions et pendant 45 minutes, ce qui explique son prix élevé qui est de 1 milliards de centime le kilogramme.
- Ce produit, représente-t-il une réelle opportunité économique pour le pays?
En Algérie, le nombre de producteurs de venin d’abeille demeure extrêmement limité ; ils se comptent encore sur les doigts d’une main. Ce sont essentiellement ces professionnels formés qui assurent aujourd’hui la collecte. Nous en avons formé 600, tous des apiculteurs s’intéressant à cette spécialité. Malgré son caractère encore émergent, la production de venin d’abeille représente une véritable opportunité économique pour le pays. Certains pays africains ont d’ailleurs fait le choix stratégique de réduire, voire d’abandonner, la production de miel pour se tourner vers la production de venin, un produit à très forte valeur ajoutée. Ces pays bénéficient aujourd’hui de commandes importantes sur le marché international, notamment, des Etats Unis d’Amérique qui reste un grand utilisateur de venin d’abeille.
- Quels sont les défis à relever pour structurer et développer cette activité?
Plusieurs éléments favorables sont déjà en place. Il existe notamment des ateliers locaux capables de concevoir et de fabriquer des extracteurs de venin performants. Par ailleurs, des efforts sont en cours pour former du personnel qualifié et mettre en place des stations de production de venin, permettant de structurer progressivement la filière. Le savoir-faire et la qualification sont transmis, mais l’un des défis majeurs reste l’absence de données précises permettant de déterminer les besoins réels du marché national. À ce jour, l’initiative de BiobeesPro demeure unique en Algérie. Le développement de cette activité souffre encore d’un manque de rencontres professionnelles, de communication et de sensibilisation. Cela nécessite aussi une meilleure organisation du secteur, l’instauration d’une carte de transhumance adaptée. .
Photo: Nabil Ziane. Président du conseil interprofessionnel apicole de la wilaya de Béjaïa. El Watan
N. D.
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Nordine Douici
Source : elwatan.dz du 30 Décembre 2025