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«Au FEA d'Aïn Touta, il y a des agressions et des viols»



«Au FEA d'Aïn Touta, il y a des agressions et des viols»
- Vous êtes architecte de métier, comment êtes-vous arrivée à vous occuper de l'enfance assistée 'Ça s'est fait de manière totalement naturelle. J'avais une amie qui était directrice de la pouponnière. Je lui rendais souvent visite, et c'est comme ça que je me suis retrouvée face à l'effroyable vie des enfants assistés. En plus d'être abandonnés, ils sont maltraités, stigmatisés et exclus de toute vie sociale. J'ai donc pris l'initiative d'adopter une petite fille abandonnée, mais malheureusement ça n'a pas abouti pour diverses raisons, notamment, les procédures administratives qui sont dans beaucoup de cas manipulées et ne permettent l'adoption qu'aux personnes choisies par l'administration. J'ai alors décidé de m'occuper de tous les enfants assistés et non d'une seule. J'ai fondé l'association El Bara'a en 1999.- Quelle est la ligne de conduite de votre association 'Pour être sincère, la ligne de conduite initiale était un accompagnement matériel et une présence morale pour ces enfants, mais la réalité du terrain nous a imposé une toute autre approche. Face aux débordements des responsables, plus précisément ceux de la directrice du foyer pour l'enfance assistée (FEA) de Aïn Touta, nous nous sommes retrouvés face à des transferts aléatoires, en pleine année scolaire, de filles du centre pour d'autres wilayas. En vue d'empêcher ces comportements nous avons eu recours aux services d'avocats pour défendre les enfants contre des accusations inventées par la même directrice, d'abus sexuelle et d'agression, alors qu'ils n'étaient en rien coupables. On est même allé voir des juges, le procureur de la république, ainsi que des responsables de l'exécutif, parmi eux le wali de Batna pour essayer d'empêcher des crimes contre ces enfants abandonnés. Mais le déséquilibre des forces se fait souvent ressentir. Sur une simple décision de transfert, signée par exemple un jeudi soir, la vie de l'enfant est totalement bouleversée. On doit activer nos réseaux pour pouvoir réparer un tant soit peu ce qui a été détruit. Et c'est souvent trop tard. Sur le volet social, on marie les filles et on leur obtient des logements, chose qu'on n'avait jamais imaginé réaliser auparavant.- Cela fait maintenant plus de 15 années que vous militez. Comment jugez-vous, l'état de l'enfance assistée à Batna 'Parfois, les mots ne sont pas assez forts pour exprimer nos sentiments. Au début, à la naissance de l'association, les responsables du secteur étaient compréhensifs et nous laissaient travailler. Depuis l'année 2010, et la désignation de la nouvelle directrice du FEA de Aïn Touta, tout a changé. Il y a eu des agressions sur la personne de plusieurs enfants, le viol d'un trisomique, un autre plus récent d'une fille de 11 ans, des agressions physiques, et plusieurs tentatives de faire emprisonner un handicapé partiel qui vit au foyer. Mais le fait le plus marquant reste sans conteste le transfert des filles adolescentes, qui ont accusé la directrice d'attouchements sexuels. J'ai parlé avec les filles, et elles m'ont raconté des choses obscènes impossibles à inventer. Si c'était avec un homme j'aurai dit qu'elles fabulent, mais avec une femme, il fallait le vivre pour pouvoir dire ce qu'elles ont dit. Maintenant, comme par haine envers ces filles, elle les a toutes transférées vers quatre autres wilayas, toujours au milieu de l'année scolaire, invoquant la mixité du centre comme raison ! Le DAS n'était même pas au courant de cette décision !- Pour la journée internationale de l'enfance, quel message adressez-vous aux enfants 'Aux enfants, aucun. Je m'adresse plutôt aux responsables, que ce soit au niveau de la wilaya qu'à celui du ministère, à qui j'ai envoyé plusieurs rapports sur ce qui se passe dans ce foyer, sans résultat aucun. C'est un cri d'urgence et d'indignation que je leur adresse. Agissez, protégez ces enfants. Ils n'ont personne d'autre que vous. Le supplice que vivent ces enfants, n'a que trop duré. Je m'adresse aussi au gouvernement actuel qui a engagé une réforme de la constitution. Il faut intégrer au moins un article sur le droit de l'enfant, et surtout celui abandonné. Je citerai la convention relative aux droits de l'enfant des nations unies «L'enfant est l'avenir des nations. Une prise en charge convenable de l'enfance engendre un citoyen équilibré dans la société. Tout enfant a un droit inhérent à la vie».


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