Algérie

Une activité en expansion mais non réglementée

Location de voitures : tous les coups sont permis C’est un véritable business que de posséder des agences de location de voitures générant des revenus records en cette période estivale, sur fond de chiffres d’affaires souvent non déclaré et à l’aide de pratiques dont certaines sont à la limite de la légalité. C’est l’été, saison tant attendue par les agences de location de voitures: les vacanciers ont tous besoin de voitures, les pères de famille, les couples, les jeunes et surtout les émigrés de retour au bled qui trouvent désormais que louer un véhicule est beaucoup plus pratique et moins cher que de ramener sa propre voiture par ferry. Et depuis la mi-juillet, trouver une voiture à louer relève de l’exploit tant la demande explose et les agences de location de voitures multiplient leurs gains après trois saisons plutôt tièdes. Le must du marché aujourd’hui, ce sont les voitures climatisées, avec un succès pour la Clio Classic ou la Hyundai Accent qui représentent le meilleur rapport qualité prix à la location. Celles-ci vont de 2.700 à 3.500 dinars (selon la négociation et la durée de la location), tandis que les Hyundai Atos, catégorie plus petite, sont louées à 2.500 DA/jour et les prix crèvent le plafond pour la Peugeot 207 (4.000 DA/jour), la Citroën C4 (5000 DA/jour), sans compter l’Audi A4 (25.000 DA/jour) ou la Mercedes Classe C (30.000 DA/jour) ou encore le 4X4 Hyundai Tucson (35.000 DA/jour)… Depuis le boom du marché automobile en Algérie, l’on assiste à un foisonnement d’agences privées de location de voitures. On compte jusqu’à 10 agences pour les grandes communes dans les grandes villes du pays et même les villes moyennes en contiennent, prouvant ainsi la forte croissance de cette activité. Même si les banques ont reçu instruction de ne plus financer cette activité, pour motif supposé de saturation (y compris quand l’ANSEJ donne son agrément), les agences de location de voitures poussent comme des champignons! De différentes tailles, allant de la filiale algérienne de multinationales à de simples loueurs qui cumulent en même temps et dans l’anarchie complète le métier de gérant de cybercafé et d’agent immobilier, ces agences sont venues rendre un service important à la population, notamment celles ayant besoin d’un véhicule individuel mais ne pouvant encore prétendre en acheter. D’aucuns croyaient que cette activité allait stagner avec la forte poussée des achats individuels sous l’effet du crédit automobile, mais ce n’est pas tout le monde qui fait le choix de se mettre «un banquier sur le dos». Ce service sera vite également rendu aux entreprises, étrangères notamment, qui ne souhaitent pas alourdir leurs frais d’exploitation par l’acquisition et l’entretien de véhicules, préférant sous-traiter cela avec un loueur de voitures. Il ressort de notre enquête menée auprès de plusieurs agences dans la capitale que les plus chanceux parmi ces agents sont ceux qui arrivent à décrocher des contrats de location sur une période donnée, leur garantissant un revenu assuré et une vitesse de rotation des plus rentables. Un jeune patron d’une agence de location de voitures sur les hauteurs d’Alger ne cache pas sa satisfaction du travail qu’il a mené. «Aujourd’hui, j’ai des conventions avec des sociétés ici à Alger, dont une dans le médicament par exemple, mais j’ai plusieurs voitures qui roulent à Hassi Messaoud pour le compte de sociétés étrangères». Il nous apprend que c’est la meilleure façon de travailler, surtout qu’une fois les véhicules loués, il ne lui reste presque plus de travail, hormis de compter ses revenus et de s’occuper de temps à autres de quelques réparations inévitables. Notre interlocuteur représente la classe la plus privilégiée du métier, en dehors des agents qui ont su s’attirer la confiance de multinationales de renom qui se sont installées ici sous le système de la franchise. Le bon grain, à séparer de l’ivraie, travaille avec des tarifs clairs, dispose de son site Internet pour des réservations, travaille en payant ses impôts et fait la différence entre le hors taxe et le TTC. Ce n’est pas le cas de tout le monde. En dehors de ces professionnels dont la réputation est faite, il existe surtout à l’intérieur du pays d’innombrables agences de location de voitures qui n’ont besoin d’aucune enseigne particulière, ni de marque de fabrique, se valant toutes ou presque et qui, souvent, à l’exception d’une bonne partie d’honnêtes opérateurs, partagent des pratiquent selon lesquels l’usager prend à lui seul tous les risques. Cette drôle de façon de faire (qui trouve son origine dans l’absence du moindre texte législatif encadrant cette profession), se situe dans le contrat type que le client est obligé de signer (et d’y mettre l’empreinte de son index gauche!), sans compter les accords non écrits qui interviennent entre les deux parties. Ces contrats sont généralement tous issus d’un modèle commun qui est généralement à l’avantage de l’agence. Il est vrai que les actes de vols de voitures ou de destruction involontaire non reconnus ensuite par le client ne sont pas rares, mais il est tout aussi vrai que la majorité des agences prennent des précautions qui font perdre au client toute possibilité de faire valoir ses droits le cas échéant.   Cas de la caution Evaluée selon le prix marchand de la voiture, allant de 30.000 dinars à 50.000 dinars (de la petite cylindrée à la 4X4), la caution est généralement rendue au client qui se comporterait comme on dit dans le jargon «en bon père de famille». Mais si un accident a lieu, même s’il n’est pas de la faute du client, alors là les ennuis peuvent commencer pour lui. Le premier réflexe de l’agence, qui pourtant bénéficie d’une assurance tous risques, et de confisquer une partie ou la totalité de la caution. L’argument à cet effet est que même si la compagnie d’assurance rembourse les dégâts causés, le client doit payer le manque à gagner causé par l’immobilisation du véhicule. Si l’expertise ou le constat de l’accident démontre que c’est sa faute, alors la caution ne lui reviendra pas. S’il est démontré que ce n’est pas la sienne, il aura fort à faire pour faire valoir ses droits. En effet, le propriétaire de l’agence, dans la pratique, est le seul à estimer la part qu’il doit rendre de celle qu’il conserve de la caution. Une pratique qui met le client sous le coup de l’arbitraire et sans protection aucune. «Confiscation» du passeport L’autre pratique consiste à exiger le passeport du client en sus de la caution pendant toute la durée de la location. Si l’argument officiel est que l’agence doit conserver une «pièce d’identité» quelconque, la véritable raison de cette exigence est d’empêcher le client de quitter le territoire national avec le véhicule. Des cas ont été signalés par des agences chez qui nous nous sommes fait passer pour des clients et où les véhicules ont été revendus illégalement par des clients sans foi ni loi à l’étranger, auprès de réseaux de trafiquants, en Tunisie notamment! Mais le problème est que -même si les agences ont raison de se protéger- le client n’a aucune question à poser sur la manière avec laquelle son passeport est conservé, s’il est véritablement en lieu sûr, s’il est dans un coffre ou juste amassé avec d’autres dans un tiroir à peine fermé dans les locaux de l’agence… Citons aussi la question du kilométrage. Elle n’est heureusement pas appliquée par toutes les agences, mais celles qui l’appliquent pénalisent leurs clients dans les faits. «Ils nous limitent à 250 kilomètres par jour, sinon chaque kilomètre supplémentaire est compté en surplus. Mais ils oublient l’état de la circulation routière et des encombrements et l’état des routes qui font qu’on doive emprunter parfois des itinéraires plus longs rien que pour aller d’un point à un autre au centre-ville», confie un client, émigré, dont la voiture, ramenée par bateau, est tombée en panne. Dans ce même ordre d’idée, le plus grand problème pour les clients est de trouver chaussure à leur pied. Ainsi, il n’est pas rare pour des clients de réserver (quitte à payer d’avance) pour des véhicules qu’ils ne trouvent pas disponibles le jour J. «On n’y peut rien, c’est ainsi. Nous promettons des véhicules qui sont déjà sortis. A la veille du jour prévu, le premier client nous informe qu’il souhaite garder encore la voiture. Cela arrive surtout le week-end et si ce même client a déjà loué pour 15 ou 20 jours, je ne peux pas refuser, c’est le premier arrivé, premier servi…», explique un agent exerçant à Aïn Taya. C’est ainsi que le client se voit, s’il est pressé, obligé de prendre et de renégocier une voiture qui ne correspond pas forcément à ses attentes. Certains commettent l’imprudence d’aller louer au noir chez des particuliers qui leur font faussement miroiter l’avantage d’un prix bas (une Peugeot 206 à 2000 DA/jour), sans contrat, sans caution, avec toute la foule de problèmes à la clé en cas… d’imprévu. Cette activité devrait, de par l’ampleur qu’elle a pris, attirer l’attention des pouvoirs publics afin qu’elle soit sérieusement réglementée et que le client soit le premier protégé, de même que les agences de location qui travaillent honnêtement. D’ici là, c’est la loi de la jungle dans un rapport de force entre un propriétaire qui possède des véhicules et un client qui n’a d’autre choix que de se plier à ses exigences…   Amine B.
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