Algérie

Plus de crédit pour les innovations financières ?


Les sceptiques de la libéralisation et de l?innovation financières ont été confortés par la crise des marchés mondiaux de crédit de mi-2007, lorsque les problèmes de prêts hypothécaires subprimes ont apparu pour la première fois aux États-Unis. Ces sceptiques ont-ils raison ? Faut-il mettre un terme à la libéralisation financière afin d?empêcher que des crises comme la catastrophe des subprimes ne se reproduise ?Pratiquement tout le marché des subprimes est une innovation âgée d?une dizaine d?années ? le mot ?subprime? n?existait dans aucune langue avant 1994 ? basée sur des éléments tels les prêts hypothécaires à taux variables - options (option-ARM), de nouveaux types de CDO (collateralized debt obligations), et les SIV (structured investment vehicles). Auparavant, les investisseurs privés des États-Unis ne prêtaient tout simplement pas aux emprunteurs potentiels dont l?historique de crédit n?était pas de premier ordre. Mais, alors qu?il apparaît parfois que la crise actuelle est due, au moins en partie, à l?innovation financière, la libéralisation du marché financier s?est avérée globalement un phénomène positif. Une étude publiée en 2005 par les économistes Geert Bekaert, Campbell Harvey et Christian Lundblad a montré que lorsque les pays libéralisent leurs marchés boursiers, en les laissant opérer librement sans intervention du gouvernement, la croissance économique augmente en moyenne d?un point de pourcentage par an. La plus haute croissance a tendance à être associée à un boom de l?investissement, qui à son tour semble être propulsé par le coût inférieur du capital pour les entreprises.Naturellement, si les arrangements financiers compliqués nous permettent d?avancer économiquement, ils peuvent aussi provoquer des dangers. Pensez aux échafaudages et aux équipements présents dans les chantiers de construction. Parfois, des gens trébuchent sur le matériel, parfois un morceau d?échafaudage tombe, avec des conséquences désastreuses.Chaque fois que vous construisez quelque chose, il y a toujours un risque de revers. Mais chaque revers nous permet d?apprendre. Les gouvernements et les compagnies d?assurance mettent en place de meilleures exigences de sécurité en réponse aux accidents de construction. La même chose est valable, avec le temps, pour les catastrophes financières.Les États-Unis sont l?un des pays les plus libéraux, financièrement. La grande qualité de ses marchés financiers est sans doute une raison primordiale de la croissance économique relativement forte de l?Amérique. En effet, avec un taux d?épargne très bas et un haut déficit fiscal au cours des dernières décennies, les États-Unis auraient été confrontés, sinon, à une catastrophe économique.La raison est simple. Les entreprises individuelles peuvent avoir de splendides opportunités d?investissement ? pour agrandir leurs installations et leur équipement, capitaliser sur de nouveaux logiciels ou exploiter de nouvelles recherches et former leur personnel-clé ? mais se laisser décourager par un manque de liquidités et la perception de risques macroéconomiques. Les marchés financiers efficaces leur permettent de poursuivre de telles opportunités malgré ces contraintes, en engageant des investisseurs pour leur fournir ce capital. Ces investisseurs peuvent, à leur tour, être encouragés par des systèmes de couverture financière et par la diversification financière. Depuis longtemps, l?hypothèse que les nouveaux marchés dérivés, qui fournissent de telles couvertures financières, ont tendance à augmenter la volatilité préexistante des marchés financiers, est largement discutée. Il est généralement admis que ce n?est pas le cas. En 2000, Stewart Mayhew, économiste en chef adjoint au bureau des analyses économiques de la US Securities and Exchange Commission (SEC), a mené une étude sur la vaste littérature existant sur le sujet. Mayhew a conclu qu?il est plutôt difficile d?affirmer que les marchés des produits dérivés aggravent la volatilité des marchés financiers, parce que leur création a tendance à advenir quand les marchés financiers existants sont déjà plus volatiles, ou que l?on peut prévoir qu?ils le deviendront. En outre, il n?a trouvé aucune preuve que les marchés des produits dérivés provoquent la volatilité des marchés au comptant sous-jacents ; en fait, il est même possible qu?ils la réduisent.L?effet sur la volatilité des marchés financiers sous-jacents n?est peut-être même pas la bonne question à poser pour décider si oui ou non, il faut permettre de nouveaux produits dérivés.La bonne question est de savoir si ces produits sont susceptibles de conduire au succès économique et à la croissance. Là, Mayhew conclut que de nouveaux marchés de produits dérivés augmentent clairement les liquidités et la qualité des informations sur les marchés financiers existants. Et ce sont cette liquidité et cette qualité d?informations qui, au final, sont le moteur de la croissance économique. La crise des subprimes a mis au jour des problèmes graves qu?il nous faut résoudre. Par exemple, une meilleure protection des consommateurs est nécessaire pour les produits financiers de détail, ainsi que des exigences de communication plus strictes pour les nouvelles valeurs, et des véhicules mieux conçus pour protéger des risques. Certaines des innovations associées à la crise des subprimes ? notamment les option-ARM, lorsqu?elles étaient étendues à des emprunteurs incapables de les assumer ? semblent avoir très peu de mérites. Mais d?autres ? celles qui sont associées à la titrisation des emprunts immobiliers ? étaient clairement des innovations importantes sur le long terme, car elles sont susceptibles de contribuer à mieux étaler les risques dans le monde. Ainsi, nous ne devrions pas ralentir l?innovation financière en général. Au contraire, certains des ennuis qui résultent de la crise des subprimes vont probablement se transformer en nouvelles innovations, augmentant davantage la sophistication de nos marchés financiers. Traduit de l?anglais par Yann Champion

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