Algérie

Les mille et une nuits

Histoire d’Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du calife Haroun Al-Raschid CLIVe nuit Schemselnihar fut bien aise de voir Ebn Thaher. Elle lui témoigna sa joie dans ces termes obligeants: «Ebn Thaher, je ne sais comment je pourrai reconnaître les obligations infinies que je vous ai. Sans vous, je n’aurais jamais connu le prince de Perse, ni aimé ce qu’il y a au monde de plus aimable. Soyez persuadé pourtant que je ne mourrai pas ingrate, et que ma reconnaissance, s’il est possible, égalera le bienfait dont je vous suis redevable.» Ebn Thaher ne répondit à ce compliment que par une profonde inclination, et qu’en souhaitant à la favorite l’accomplissement de tout ce qu’elle pouvait désirer. Schemselnihar se tourna du côté du prince de Perse, qui était assis auprès d’elle; et, le regardant avec quelque sorte de confusion, après ce qui s’était passé entre eux: «Seigneur, lui dit-elle, je suis bien assurée que vous m’aimez, et, de quelque ardeur que vous m’aimiez, vous ne pouvez douter que mon amour ne soit aussi violent que le vôtre. Mais ne nous flattons point: quelque conformité qu’il y ait entre vos sentiments et les miens, je ne vois, et pour vous et pour moi, que des peines, que des impatiences, que des chagrins mortels. Il n’y a pas d’autre remède à nos maux que de nous aimer toujours, de nous en remettre à la volonté du ciel, et d’attendre ce qu’il lui plaira d’ordonner de notre destinée. -Madame, lui répondit le prince de Perse, vous me feriez la plus grande injustice du monde, si vous doutiez un seul moment de la durée de mon amour. Il est uni à mon âme de manière que je puis dire qu’il en fait la meilleure partie, et que je le conserverai après ma mort. Peines, tourments, obstacles, rien ne sera capable de m’empêcher de vous aimer». En achevant ces mots, il laissa couler des larmes en abondance, et Schemselnihar ne put retenir les siennes. Ebn Thaher prit ce temps-là pour parler à la favorite. «Madame, lui dit-il, permettez-moi de vous représenter qu’au lieu de fondre en pleurs, vous devriez avoir de la joie de vous voir ensemble. Je ne comprends rien à votre douleur. Que sera-ce donc lorsque la nécessité vous obligera de vous séparer? Mais que dis-je? vous obligera! Il y a longtemps que nous sommes ici, et vous savez, madame, qu’il est temps que nous nous retirions. -Ah! que vous êtes cruel! repartit Schemselnihar. Vous qui connaissez la cause de mes larmes, n’auriez-vous pas pitié du malheureux état où vous me voyez! Triste fatalité! Qu’ai-je fait pour être soumise à la dure loi de ne pouvoir jouir de ce que j’aime uniquement?»   A suivre...
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