Algérie

Les mille et une nuits

Histoire du second frère du barbier CXLVIIIe nuit Il me semble que vous êtes de bonne humeur, répliqua-t-elle, et que vous voudrez bien que nous passions le temps agréablement ensemble». Elle commanda aussitôt que l’on servît la collation. En même temps on couvrit une table de plusieurs corbeilles de fruits et de confitures. Elle se mit à table avec les esclaves et mon frère. Comme il était placé vis-à-vis d’elle, quand il ouvrait la bouche pour manger, elle s’apercevait qu’il était brèche-dent54, et elle le faisait remarquer aux esclaves, qui en riaient de tout leur cœur avec elle. Bakbarah, qui de temps en temps levait la tête pour la regarder et qui la voyait rire, s’imagina que c’était de la joie qu’elle avait de sa venue, et se flatta que bientôt elle écarterait ses esclaves pour rester avec lui sans témoins. Elle jugea bien qu’il avait cette pensée, et prenant plaisir à l’entretenir dans une erreur si agréable, elle lui dit des douceurs, et lui présenta, de sa propre main, de tout ce qu’il y avait de meilleur. La collation achevée, on se leva de table. Dix esclaves prirent des instruments et commencèrent à jouer et à chanter; d’autres se mirent à danser. Mon frère, pour faire l’agréable, dansa aussi, et la jeune dame même s’en mêla. Après qu’on eut dansé quelque temps, on s’assit pour prendre haleine. La jeune dame se fit donner un verre de vin et regarda mon frère en souriant, pour lui marquer qu’elle allait boire à sa santé. Il se leva et demeura debout pendant qu’elle but. Lorsqu’elle eut bu, au lieu de rendre le verre, elle le fit remplir, et le présenta à mon frère afin qu’il lui fît raison. Schéhérazade voulait poursuivre son récit; mais remarquant qu’il était jour, elle cessa de parler. La nuit suivante, elle reprit la parole et dit au sultan des Indes: Sire, le barbier continuant l’histoire de Bakbarah: «Mon frère, dit-il, prit le verre de la main de la jeune dame en la lui baisant, et but debout en reconnaissance de la faveur qu’elle lui avait faite; ensuite, la jeune dame le fit asseoir auprès d’elle et commença de le caresser; elle lui passa la main derrière la tête en lui donnant de temps en temps de petits soufflets. Ravi de ces faveurs, il s’estimait le plus heureux homme du monde; il était tenté de badiner aussi avec cette charmante personne, mais il n’osait prendre cette liberté devant tant d’esclaves qui avaient les yeux sur lui et qui ne cessaient de rire de ce badinage. La jeune dame continua de lui donner de petits soufflets, et, à la fin, lui en appliqua un si rudement qu’il en fut scandalisé. Il en rougit, et se leva pour s’éloigner d’une si rude joueuse. Alors la vieille qui l’avait amené le regarda d’une manière à lui faire connaître qu’il avait tort, et qu’il ne se souvenait pas de l’avis qu’elle lui avait donné d’avoir de la complaisance. Il reconnut sa faute, et, pour la réparer, il se rapprocha de la jeune dame en feignant qu’il ne s’en était pas éloigné par mauvaise humeur. Elle le tira par le bras, le fit encore asseoir près d’elle, et continua de lui faire mille caresses malicieuses. Ses esclaves, qui ne cherchaient qu’à la divertir, se mirent de la partie: l’une donnait au pauvre Bakbarah des nasardes55 de toute sa force, l’autre lui tirait les oreilles à les lui arracher, et d’autres enfin lui appliquaient des soufflets qui passaient la raillerie.   A suivre...
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