Algérie

Le choix d’une nouvelle stratégie d’amélioration urbaine en Algérie : 2ème partie

La responsabilité incombe à tout individu et les Algériens ne peuvent faire partie des nations tant que l’Algérie est dans cet état. A qui la faute ? Les Algériens sont-ils congénitalement, culturellement, sales et inciviques ? Est-ce la faute à la transition de la campagne vers la ville qui est mal assumée, car mal accompagnée ? Faut-il incriminer, comme on le fait souvent, le citoyen irresponsable ? Certes, le citoyen algérien est souvent irresponsable, mais c’est le rôle de l’Etat d’en faire un citoyen responsable.

Faut-il dès lors décrier l’absence de l’Etat, ce serait lui rendre service, car l’Etat est bien présent. L’Etat n’est pas une entité abstraite, ce sont des hommes, des Algériens avec leur force et beaucoup de faiblesses. Ces hommes font les lois, les votent et veillent à leur application et à leur respect selon leur niveau de compétence, qui n’est pas souvent le meilleur, leur degré d’honnêteté qui n’est pas sans faille et leur conscience loin d’être inébranlable. L’Etat dans son acception la plus large, par le degré d’incompétence et de corruption de ses responsables locaux, génère et entretient la déliquescence, qui profite à de nombreux citoyens algériens, qui ne cherchent dans leurs efforts, que leurs propres économies loin des intérêts du cadre de vie des citoyens.
Limiter les nuisances

L’Algérie de ce début du XXIe siècle a besoin d’une coalition de responsables consciencieux pour leurs actes de compétence qui s’attarde à la promotion du développement durable. Leur présence est essentielle à l’échange d’idées et l’élaboration de solutions novatrices afin de renforcer la qualité de vie en milieu urbain et rural par l’application des principes de développement d’agglomération viable. Une façon de rendre celui-ci plus attrayant et faire en sorte qu’il réponde à une gamme plus étendue des besoins des citoyens algériens, par la sensibilisation et la participation de la population à des débats, à des consultations publiques, ainsi que par la réalisation de projets d’amélioration de la qualité de vie inspirés d’expériences internationales, appliqués tant à l’échelle des quartiers urbains que des milieux ruraux. La consolidation des quartiers des agglomérations va nécessairement de pair avec l’entretien et la rénovation du bâti existant dans les agglomérations. Cependant, pour façonner l’attrait de la vie en milieu urbain auprès de la population, il est primordial de limiter au maximum les irritants ou les nuisances qui véhiculent une image négative de la densité urbaine. En effet, divers irritants comme le manque d’insonorisation des logements, la proximité du voisinage et la rareté des espaces verts extérieurs peuvent inciter les gens à délaisser leur qualité de vie au sein de leur milieu urbain. Pour pallier ces lacunes, l’implantation de normes d’aménagement plus sévères s’impose pour les agglomérations algériennes. Les responsables des municipalités doivent se doter de ces normes plus sévères pour assurer une meilleure qualité de vie à leurs citoyens au sein de leurs agglomérations. Aussi, il faut, pour faire avancer le développement durable des milieux urbains algériens, que les responsables locaux sachent prendre l’exemple en s’inspirant de la visite des projets exemplaires et complets de développement urbain viable. L’exemple de la nouvelle ville de Aïn Témouchent citée par le président de la République comme une ville exceptionnelle de l’Algérie indépendante et décrite par le ministre de l’Intérieur comme un miracle algérien de l’architecte au maçon car construit dans un contexte spécifique avec un choix rigoureux de compétences algériennes et sous le regard des experts de la Banque mondiale et des autorités locales, est à prendre en considération. Si le projet de la nouvelle ville Akid Othmane de Aïn Témouchent est considéré tel un exemple à suivre pour la réussite des améliorations urbaines des villes et villages algériens, ce n’est que parce que, dans sa réalisation, la maîtrise d’œuvre algérienne avec l’apport des conseillers de la Banque mondiale a su aborder l’ensemble des aspects liés à la qualité des milieux de vie urbains, comme l’amélioration de la qualité de vie des citoyens et l’adaptation aux nouveaux besoins de plus en plus diversifiés des résidents en matière d’habitation ; l’implantation d’une forme urbaine compacte et diversifiée ; la promotion des modes de transports alternatifs ; l’aménagement d’espaces publics en espaces verts communautaires et récréatifs et l’intégration des aspects environnementaux à l’aménagement du territoire.
La ville Akid Othmane, un exemple

Grâce à l’intégration de tous ces facteurs au sein de cette nouvelle ville, l’Algérie a réussi pour la première fois, depuis son indépendance, l’aménagement d’une ville améliorée, selon les normes internationales, après l’échec des nouvelles villes de Constantine et de Sidi Abdellah. Ce projet pilote se veut à la fois complet, à l’image de la politique d’habitation et de la politique environnementale des ministères concernés, puisqu’il est devenu un modèle pour sensibiliser et former les divers responsables concernés en la matière et démontrer l’attrait et les nombreux avantages d’un tel type de développement urbain. Aussi, a-t-il été conseillé par le ministre de l’Habitat pour stimuler les futurs projets d’amélioration urbaine et forger une volonté politique vis-à-vis du développement de milieux urbains viables sur tout le territoire algérien. A l’exception de la ville de Aïn Témouchent, qui a su apprendre de l’expérience de la réalisation de la nouvelle ville Akid Othmane et du savoir-faire des techniciens algériens ainsi que des conseillers de gestion de la Banque mondiale, la ville algérienne reste, aujourd’hui, orpheline dans le cadre de son amélioration urbaine, car elle est minorée par le manque d’aménagements d’espaces publics et des espaces verts adéquats, en plus de la perte de son paysage urbanistique et la présence quotidienne de la saleté dans ses espaces publics. Si quelque 5000 arbres ont été plantés le long de certains axes routiers de la capitale algérienne en 2006, la wilaya d’Alger ne manque pas de moyens financiers et est la seule en Algérie possédant une entreprise spécialisée en aménagement des espaces verts forte de 1300 agents. Ses espaces publics ainsi que leurs espaces verts se trouvent, aujourd’hui, dans un état lamentable car si, au temps de l’Empire ottoman, la seule Casbah d’Alger avait plus de 8000 jardins, les espaces verts de la capitale se trouvent actuellement dans une perte « énorme » par rapport à la superficie globale de la capitale et au nombre d’habitants. Le patrimoine vert de la ville d’Alger n’est composé que de 10 parcs, une trentaine de jardins et de nombreux points verts situés dans différents carrefours, places et placettes ainsi que de 300 sites d’espaces boisés répartis au sein des 57 communes de la wilaya, au moment où le seul département de la Seine-Saint-Denis, en France, dispose aujourd’hui de 12 m2 d’espaces verts par habitant en milieu urbain, soit près de 14 fois plus qu’en 1968 quant les habitants ne disposaient que de 0,8 m2 d’espaces verts. La perception verte de ce département passe par le fait de disposer d’espaces ou de lieux verts identifiés et directement accessibles à la population, qui distingue trois types d’espaces : les espaces verts (parcs, square…), les lieux verts (espaces de proximité : pieds d’immeuble, fleurissement…) et les espaces accompagnant des infrastructures. Plusieurs objectifs ont donc été dégagés pour mieux prendre en compte la fonction urbaine des espaces verts et les attentes des citoyens. D’après les normes internationales, les espaces verts doivent représenter, au minimum, 25% de la superficie totale d’une ville. Ce qui est loin d’être le cas pour la capitale. A la wilaya d’Alger, les forêts et autres espaces verts ne représentent pas plus de 10% de sa superficie globale. La principale raison de la disparition des espaces verts de la capitale est bien évidemment l’invasion du béton. Au fil des années, de nombreuses constructions ont été érigées aux quatre coins de la capitale aux dépens des espaces verts et forêts existants. Les nouveaux plans d’occupation du sol (POS) et plan de développement et d’aménagement urbain (PDAU) ne semblent pas donner une très grande importance à ces espaces. Le manque de coordination entre les communes, les directions de l’urbanisme, de la construction et de l’habitat et des forêts risque de compliquer davantage les choses. La menace actuelle sur les espaces forestiers ainsi que sur les espaces verts de la capitale est donc réelle. Rien n’indique que leur destruction sera stoppée, du moins dans l’immédiat, surtout que la loi des espaces verts vient juste de passer au Parlement et que le nouveau plan de développement et d’aménagement urbain (PDAU) est déjà ficelé pour exécution. Même si la crise du logement dans la capitale a poussé les autorités locales à donner la priorité à la construction des logements, la création et la sauvegarde des espaces verts sont aussi importantes en tant qu’élément esthétique ou paysager dans l’aménagement et l’amélioration des milieux urbains, que dans la participation à la réduction du gaz carbonique dans l’air. Il ne faut pas oublier qu’ils représentent également des zones de détente pour les citadins. Un avantage moins évident de la proximité des arbres est le bien-être émotionnel qu’ils procurent car il a été démontré que les personnes qui vivent à proximité d’arbres souffrent moins de tension et de stress. Les espaces verts urbains, les arboretums et les sentiers pédestres ou cyclables bordés d’arbres rassemblent les gens. Ils servent d’espaces de loisirs en plein air. Et c’est là un autre facteur de réduction du stress et d’amélioration de la condition physique. Ces endroits peuvent aussi servir de scènes pour de nombreux événements culturels, dont les théâtres en plein air et autres manifestations artistiques. Quand les arbres des zones urbaines sont en bonne santé, les villes qui les abritent le deviennent. Il n’est donc guère étonnant de constater que de plus en plus d’urbanistes, d’architectes paysagistes et d’associations de protection de l’environnement cherchent à imposer les espaces verts dans le processus d’élaboration des plans urbanistiques et de sauvegarder le peu d’espaces verts existants en milieux urbains algériens. Si l’arbre est bien bénéfique pour le bien-être de l’homme, les collectivités tirent de nombreux avantages de la présence des arbres au sein de leurs milieux urbains. Ils embellissent le paysage urbain, contribuent à réduire le niveau de bruit, fournissent habitat et nourriture pour les animaux sauvages et améliorent la qualité de l’eau et de l’air en filtrant les polluants. Qu’il s’agisse de grands projets d’aménagement des espaces verts et de reconquête des espaces publics en milieux urbains ou de principes généraux sur l’amélioration de la ville de demain, les autorités algériennes doivent savoir mettre en application de nouvelles législations pour réussir la protection du patrimoine bâti, pour une meilleure intégration des constructions neuves dans leur environnement urbain, pour la préservation de l’environnement naturel et des paysages urbains tout en mettant au point les grands principes d’un nouveau projet urbain qui saura exposer les grandes orientations qui permettront de préserver ou d’améliorer le cadre de vie des citoyens au sein des agglomérations. Jusqu’à maintenant, la construction de logements, en milieu urbain notamment, a souvent été considérée sous le seul angle quantitatif, négligeant les aspects qui favorisent ou conditionnent l’épanouissement individuel ainsi que l’harmonie et l’insertion sociales parce qu’une telle démarche a abouti trop fréquemment à des cités dortoirs, avec pour effet le renforcement des inégalités, l’exacerbation des frustrations et la marginalisation sociale.
Gestion et entretien

Afin que l’Algérie puisse réussir l’amélioration urbaine de ses agglomérations tout en intégrant les projets visant à améliorer le cadre de vie par la remise en l’état des espaces naturels et des plans d’eau et par le développement des espaces verts ainsi que des espaces destinés aux activités de loisirs au sein des milieux urbains, il est impératif d’accompagner les actions de réhabilitation et d’aménagement en proposant des modes d’intervention et de gestion urbaine adaptés, comme l’entretien des espaces verts, la maintenance des espaces collectifs, l’éclairage public, les opérations de lutte contre les dégradations, les actions de prévention d’insertion et de la formation qui pourraient d’ailleurs être données à la population via les différents conseils de quartier. La participation de la population est essentielle à l’élaboration du projet, et ce, à différentes étapes du processus de l’aménagement du projet de réalisation, par le biais notamment des réunions avec le maître d’œuvre. Celui-ci sera choisi pour sa spécialité en aménagement paysager des milieux urbains et sa capacité de faire des études d’aménagement selon les standards modernes de l’architecture du paysage, loin des pratiques de l’urgence qui ont servi et qui servent encore, à travers la confusion des rôles, à diluer des responsabilités des aménageurs urbains et à masquer des défaillances, de la passivité, du laisser-aller ou de la complaisance, des phénomènes qui se traduisent négativement autant sur la définition des programmes d’aménagement que sur la qualité des études d’amélioration urbaine, celle de la conception architecturale ou sur le suivi de l’exécution des projets d’aménagement. La réussite de l’amélioration urbaine en Algérie pourra devenir une réalité s’il y a vraiment une volonté réelle de la part des hautes autorités de l’Etat pour s’orienter vers les vrais spécialistes des aménagements paysagers des milieux urbains, en leur instaurant leur propre statut qui saura les différencier des architectes de bâtiment et des jardiniers paysagistes dans l’amélioration urbaine, car sans un retour aux sources et un besoin de continuité dans la voie de réussite des pays civilisés. Pour la fin de l’histoire, il ne fera plus bon de vivre en Algérie dans 20 ans car même si pour beaucoup de citoyens, aujourd’hui, il ne fait pas bon de vivre en Algérie depuis longtemps, il n’est jamais trop tard pour bien faire car « mieux vaut tard que jamais ».
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