Algérie

Ferhat Abbas — Abane Ramdane : Un lien de confiance et un même engagement



Dans El Watan du 17 janvier, Halim Boudjou conteste nos propos (El Watan du 27 décembre 2006), selon lesquels Ferhat Abbas rallia le FLN dès la première heure. Il cite une phrase attribuée à Ferhat Abbas, sans en donner la source, selon laquelle ce dernier aurait déclaré le 12 novembre 1954 : « Notre position est sans équivoque (...), nous continuons à être persuadés que la violence ne réglera rien. »

A penser que ces propos ont bien été tenus par Ferhat Abbas, ils ne font rien d’autre que confirmer ce que tout un chacun sait et ce que Ferhat Abbas n’a jamais cessé de marteler, son rejet de la violence, son éternelle obsession de pertes de vies humaines, si un combat pacifique pourrait les éviter. En fait, il importe peu de savoir à quel moment Ferhat Abbas rallia le FLN. On ne va pas classer la valeur de nos moudjahidine par rapport à ce critère. Il aurait été néanmoins instructif de rapporter la phrase dans sa totalité, car les points de ponctuation ont déjà porté préjudice à l’honneur de l’homme, par rapport à la fameuse phrase sur la nation algérienne. Comme si le combat de toute une vie se résumait à une phrase ou à une autre, ou à l’heure à laquelle Ferhat Abbas rallia le FLN. On peut être contre la violence et se rallier à une cause que l’on sait juste. D’autant plus, lorsque Ferhat Abbas rencontra en avril 1955 le valeureux Abane Ramdane, il ne pouvait qu’être renforcé dans ses convictions que l’heure venait de sonner, que la lutte armée était désormais la seule issue. Ferhat Abbas, comme il le dit lui-même dans son ouvrage L’indépendance confisquée Ed Flamarion Paris. 1984 : « Dès le 1er novembre 1954, l’UDMA avait pris la défense du FLN » (p195). Et il précise plus loin : « L’UDMA avait reçu le feu vert du FLN pour présenter des candidats et exposer le processus qui nous a conduits à recourir à la violence. Partout, les candidats de notre parti furent élus malgré la présence de l’armée et le soutien de l’administration à ses propres candidats. Ce succès de nos candidats était un test. Il indiquait clairement les aspirations de notre peuple. Est-il nécessaire d’indiquer que tous nos élus partageaient les options du FLN ? » (idem pi 78-179) Pour en revenir à cette rencontre avec Abane Ramdane, Ferhat Abbas écrit à ce sujet : « A partir de janvier 1955 (soit deux à trois mois après le déclenchement de la révolution), j’étais en relation avec nos moudjahidine, et en avril de la même année le martyr Omar El Karma a conduit chez moi le regretté Abane et le colonel Ouamrane pour un échange d’idées et pour me demander des secours matériels que je leur apportais. » (idem p 195) Halim Boudjou rapporte aussi des propos attribués à Abane Ramdane sermonnant Ferhat Abbas lors de cette rencontre, et cela encore une fois sans citer la source : « La révolution est déclenchée M. Abbas, elle n’est l’œuvre ni de Messali ni de votre UDMA. Tout cela c’est du passé, ce sont des vieilleries à accrocher aux magasins des accessoires. Votre devoir est de rejoindre le front. Nous avons besoin d’hommes comme vous, Il n’est pas possible que vous restiez à l’écart. » Nous avons du mal à imaginer le valeureux Abane Ramdane s’adresser d’une manière si peu élégante à « ce vieux routier du mouvement national » comme le qualifie à juste titre l’article de Halim Boudjou. Ce vieux routier du Mouvement national pour lequel les hommes de Novembre avaient si grand respect et dont ils savaient le combat de longue haleine au service de son peuple. Lui dont le CRUA ne pouvait se dispenser de l’expérience en politique, de l’aura sur le sol national et sur la scène internationale. Un apport dont la révolution algérienne à ses balbutiements avait très vite compris la valeur pour renforcer ses assises, l’UDMA étant un Etat dans l’Etat et la cause du peuple algérien déjà entendue dans bon nombre de pays grâce à Ferhat Abbas et à ses compagnons (entre autres Ahmed Boumendjel). L’éloge que Ferhat Abbas fait de Abane Ramdane témoigne du piédestal où il le plaçait : « Abane Ramdane a eu le grand mérite d’organiser rationnellement notre insurrection en lui donnant l’homogénéité, la coordination et les assises populaires qui lui étaient nécessaires et qui ont assuré la victoire ». (idem p188-189) Halim Boudjou conclut son article par une citation, sans en donner encore une fois la source : « En juin 1955, Ferhat Abbas tira un trait définitivement sur 30 ans de politique légale, sur 30 ans de sa vie ». Loin d’avoir tiré un trait sur 30 ans de carrière politique (dédoublées de 30 ans de journalisme militant) à la date de l’insurrection armée, ces longues années d’un combat pour sortir son peuple de la misère, de l’ignorance et de l’oppression ont été une richesse, un acquis considérable pour la cause du peuple algérien. Le dévouement et l’engagement de toute une génération de militants, de tous les milieux sociaux et de tout bord, (mouvement Jeune Algérien avec l’Emir Khaled, Fédération des élus, ouléma, ENA, PPA, UDMA) n’a pas été vain. Ils ont permis à leur peuple de prendre conscience que leur situation d’opprimés n’est pas une fatalité. Ils lui ont donné le meilleur d’eux-mêmes, avec ce que l’engagement implique comme sacrifices dans un environnement des plus hostiles. Au déclenchement de la lutte armée précise, Ferhat Abbas : « Le renforcement du FLN par les anciens UDMA, héritiers du programme du manifeste de la liberté (AML fondé par Ferhat Abbas), par les anciens centralistes et les oulémas finit par lui donner une grande audience populaire » (idem) Rendant encore un vibrant hommage à Abane Ramdane, Ferhat Abbas écrit : « Le grand mérite de l’action de Abane est précisément d’avoir mobilisé le peuple pour un même combat. Il a été un coordinateur intelligent et désintéressé. Il a vite compris que l’insurrection ne devait pas rester la ‘‘propriété des révolutionnaires’’ du CRUA, sous peine d’être étouffée. Le congrès de la Soummam, qui fut son œuvre, donna à cette insurrection une dimension nationale. » (idem p 195). Et Ferhat Abbas de conclure : « Les centralistes, les UDMA et les ouléma sont fiers du rôle qu’ils ont joué, fiers d’avoir rallié le combat libérateur. Aucune fausse analyse ne peut entamer leur mérite, ni celui du malheureux Abane » (idem p 196)Ce qui compte, ce n’est pas l’heure à laquelle Ferhat Abbas rallia le FLN. Ce qui compte, c’est que le vieux routier du mouvement national a suivi sans hésitation l’élan libérateur de la génération nouvelle. Et l’aurait-il suivi, s’il n’y était pas lui-même préparé ? Lui, qui dès 1938, date clé de son itinéraire politique, réclamait déjà pour son peuple le droit de vivre libre dans son propre pays (L’Entente du 7 avril 1938). Ce qui compte, c’est le lien de confiance qui s’établit très vite entre lui et Abane Ramdane, et entre lui et tous les combattants, qui se confirma le 20 août 1956 au congrès de la Soummam où Ferhat Abbas fut désigné pour siéger au Conseil national de la révolution (CNRA). En 1957, il est élu membre du comité de coordination et d’exécution (CCE). A la même époque, il parcourut le monde pour expliquer les raisons de la guerre d’Algérie. En 1958, le CCE l’a placé à la présidence du gouvernement provisoire de la République algérienne. Le congrès du CNRA le maintint à ce poste de responsabilité jusqu’à août 1961. A l’indépendance, ses collègues l’ont porté à la présidence de l’assemblée nationale. Un itinéraire politique des plus glorieux au service de sa patrie !


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