Algérie

De Boumediene à Bouteflika en passant par Ben Bella Secret de Polichinelle et folles rumeurs


De Boumediene à Bouteflika en passant par Ben Bella Secret de Polichinelle et folles rumeurs
L'annonce faite samedi de l'hospitalisation du président de la République aura surpris plus d'un. Certes, le chef de l'Etat était malade, depuis sa première intervention en 2005 à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris, mais l'annonce faite au journal télévisé de 20 heures donnait l'air que la chose était grave. D'ailleurs, même le Premier ministre, en visite de travail à Béjaïa, a dû rentrer en vitesse, non sans lâcher aux journalistes que le Président avait des soucis de santé.
Une fois n'est pas coutume, l'information officielle a devancé la rumeur, mais n'a pas empêché cette dernière d'enfler.
Alors que le premier communiqué, lu au journal télévisé de 20 heures, parlait d'une attaque sans gravité et de la nécessité, pour le Président, de prendre du repos, une autre information passera inaperçue, le soir même, celle de son transfert, pour examens approfondis, à Paris.
Il aura fallu attendre la mi-journée de dimanche pour que le professeur Bougherbal annonce que 'l'état de santé du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, évolue bien" et n'a subi 'aucune lésion irréversible".
Pendant ce temps-là, les médias étrangers, les réseaux sociaux en font leur sujet de prédilection. La chaîne du Qatar est allée jusqu'à annoncer la mort, samedi soir, du président algérien, d'autres sites évoquent sa mort en Suisse, et rien ne semble empêcher la rumeur d'enfler et de nourrir les discussions sur la Toile.
En choisissant de communiquer sur la détérioration subite de l'état de santé du Président, le pouvoir sait qu'il se lance dans un véritable bourbier, lui qui a pris l'habitude de ne jamais communiquer. Le sujet étant d'une telle sensibilité et d'une telle gravité, ceux qui gèrent la communication officielle savent qu'ils s'aventurent sur un terrain miné, sachant que l'opinion publique, nationale ou internationale, aura du mal à gober tout ce que les sources officielles leur raconteraient.
Cette méfiance, voire ce manque de confiance vis-à-vis de la communication officielle est tel que l'on y verrait toujours des non-dits, des déformations, pour ne pas dire des mensonges.
L'on se souvient de la première hospitalisation du président Bouteflika à Paris et les rumeurs qui l'ont précédée et celles qui l'ont suivie. La communication officielle a eu du mal à s'enclencher, son propre médecin était mis à contribution, et même les images du Président convalescent à Paris n'avaient pas réussi à faire taire les rumeurs.
C'est que, dans ce pays, le souvenir de la maladie de Houari Boumediene reste encore vivace. À l'époque, il n'y avait ni Internet ni téléphone portable, mais la rumeur faisait fureur. La seule image qui avait été distillée au public algérien fut celle d'un président chétif descendant de l'avion qui le ramenait de Moscou. Ensuite, une information sur son admission à l'hôpital Mustapha et puis un silence qui aura alimenté toutes les rumeurs, jusqu'au jour de son enterrement. Pour beaucoup d'Algériens, l'annonce de la mort du président Boumediene a été sciemment retardée pour permettre aux chefs de l'armée de trouver un remplaçant et préparer les funérailles nationales. Les raisons de sa mort demeurent, jusqu'à présent, un mystère.
Juste avant l'arrivée du président Bouteflika, le président Liamine Zeroual a eu, lui aussi, des soucis de santé et l'opinion publique a eu droit à un communiqué laconique, sans plus. Heureusement pour Liamine Zeroual, les choses n'étaient pas très graves et il s'était vite rétabli et repris du service, sinon, bonjour les rumeurs !
Mais le fait le plus grave aura été la maladie de l'ex-président Ahmed Ben Bella et toutes les rumeurs distillées au sujet de son état de santé. Donné pour mort, à plusieurs reprises, l'ex-président et sa famille en souffriront jusqu'à sa mort réelle.
Pour revenir au président Bouteflika, ce dernier avait pourtant tout essayé, depuis sa sortie de l'hôpital parisien en 2005, pour qu'on évite de parler de son état de santé. 'Il faut cesser de parler de ma santé", déclarait-il déjà en 2006. Ses frères et son entourage se montraient particulièrement irrités lorsque des journalistes évoquaient ce côté personnel et confidentiel de la vie du président Bouteflika.
Ils n'ont pas tout à fait tort, sachant que le Président et son entourage ont fait l'objet de tant de rumeurs, dont la dernière fut celle balancée par un site Internet, il y a quelques mois, faisant état de la mort du président Bouteflika en Suisse. L''info" fera le buzz et le tour du monde avant d'être démentie. Il y a lieu de rappeler également la rumeur de la mort du frère du Président. Alors que ce dernier luttait contre le cancer, des médias avaient annoncé sa mort, obligeant le Président à se montrer, aux côtés de son frère malade et de son autre frère, à l'occasion de la réception offerte à Zineddine Zidane et son père, pour démentir cette rumeur.
Cependant, le pouvoir aurait plus à gagner en étant transparent, pas seulement dans des situations d'urgence, mais en inscrivant la transparence et le devoir de communiquer dans ses m'urs. C'est la seule façon de lutter contre la rumeur et c'est la seule façon de gagner en crédibilité.
A. B.
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