Algérie

Cridissh d’Oran


L’historien François Dosse traite «de l’agression de la mémoire» Samedi, en début de soirée, dans la salle de conférences du Cridissh, l’historien François Dosse a animé, sur invitation du Centre Culturel Français, une conférence sur une problématique d’actualité intitulée «Entre histoire et mémoire: Pour une histoire sociale de la mémoire» sur les relations confuses entre l’histoire et la mémoire. «Il y a une agression de la mémoire», dira le conférencier pour mettre en exergue le regain d’intérêt pour la mémoire que l’on enregistre ces dernières décennies. La mémoire est par nature plurielle, donc subjective et sélective. Des moments de l’histoire sont aujourd’hui magnifiés dans un but de célébration du passé et relayés par les médias ou les politiciens. Des débats sont animés où les avis des historiens sont souvent remisés au second plan. A ce titre, François Dosse notera le grand émoi provoqué sur les deux rives de la Méditerranée par la promulgation de la loi française du 23 février 2005. L’histoire au contraire se veut une recherche de la vérité reposant sur des données scientifiques et qui induit nécessairement une analyse critique des événements. D’où la grande confusion entre la relation histoire et mémoire, souvent assimilée à un devoir de mémoire. Etayant ses propos à partir des écrits de l’historien Pierre Nora ou des réflexions du philosophe Paul Ricœur dans son ouvrage «La mémoire, l’histoire, l’oubli», le conférencier tentera d’apporter les clarifications qui s’imposent pour décortiquer la confusion entre les deux concepts. Cette «situation de malaise dans l’identité historique», diagnostiquée par Pierre Nora, va provoquer une crise avec tous les débordements du repli mémoriel, que Paul Ricœur désignera par la «tyrannie mémorielle». Une crise dont les symptômes se traduiront en France par une ‘judiciarisation’ de la mémoire, avec une inflation de lois sur la mémoire (négationnisme, génocide arménien, aspects positifs de la colonisation, etc..) et la constitution d’un lobby des porteurs de mémoire qui va s’inscrire dans une logique exclusiviste. A cette remise en cause par les porteurs de mémoire, les historiens réagiront en communauté professionnelle et répondront par des pétitions qui plaident pour une plus grande liberté pour l’histoire, sans cependant appeler à une nette rupture entre l’histoire et la mémoire. Car l’histoire, rappellera François Dosse, s’enrichit de la mémoire plurielle. Pour lui, l’histoire est une connaissance relative où «l’événement n’est que ce qu’il devient» et doit être analysée dans «la métamorphose de ses traces». Un riche débat a suivi la conférence. François Dosse, qui est un disciple de l’historien Pierre Nora, est professeur à l’Iufm de Créteil, à l’Institut d’Études Politiques de Paris, chercheur associé à l’Institut d’Histoire du Temps Présent et au Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines de l’Université Saint-Quentin-en-Yvelines et co-animateur de la revue Espaces Temps. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire et les courants historiques en France.
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