Algérie

Constantine-Bachir Bouchriha (Plasticien) : L’esthétique retrouvée


Artiste plein de talent, Bachir Bouchriha reste parmi les derniers plasticiens qui maîtrisent et pratiquent des techniques tantôt tout à fait modernes, tantôt traditionnelles, voire ancestrales.

Son apport à l’art plastique algérien n’est pas des moindres, soucieux qu’il est de contribuer pleinement à l’émancipation de sa société par le moyen des arts. Monumentale intervention que celle de cet artiste, maître de la clarté, dite pour nommer l’impalpable, maître de ces chatoyantes couleurs fomentées dans l’intention d’habiller soigneusement notre langage nu, dépourvu de la grammaire du beau, longtemps confiné à conjuguer des formes vides et mal crayonnées. Ce maître, pour vous dire, est parti pour nous rendre visible ce qui niche aux confins de l’« invu » : dévoilement, mission à la métrique sacrée, mystique sinon fort bien prononcée pour circonscrire à la création ces territoires. La toile se fait alors vierge de toute souillure pour qu’à petites touches et en son ventre se trame tout un dialogue, celui qui, par bribes colorées, vient à colmater les fêlures, gerçures ô combien béantes de notre mémoire encrassée, fatiguée. Armé de son « voir » pertinent, l’artiste Bachir Bouchriha déambule aux arcanes de notre moi commun, pour nous faire revisiter la graphie tumultueuse de notre présent, non comme réalité mais comme il aime bien à nous l’esquisser, au moyen de ses pinceaux gluants de vérité, esthétique tout à fait nouvelle, critique à souhait et sans cesse répétée au devant de nos yeux égarés, tropes en charge d’épingler notre regard sur l’ailleurs fixé. Son « agir », s’il reste aux commandes de la raison, ce n’est pas sans vouloir garantir à notre conduite, loin des denses trafics de la déraison, la bonne destination. C’est avec grâce que ses mains s’animent pour s’en remettre aux muses et à l’inspiration, il se décide alors à tirer à bout portant sur tout ce qui ne tourne pas rond, à repeindre en blanc ce noir de la m’laya, à jeter de nouveaux ponts pour remarier ces deux rives qu’une « brèche » profonde et douloureuse a dû un jour divorcer. La toile sous le bras, la tête pleine de couleurs minérales pour l’occasion notre artiste s’en va, lambinant aux abords des précipices d’un Rhummel en consomption infinie, déroulant en un sourd soliloque et au pied de ce roc tendu vers les cieux, majestueux, les restes d’un filet que seule l’auguste glose des poètes aujourd’hui disparus a pu, définitivement, mettre en cercle. La monumentalité de l’œuvre de Bachir Bouchriha raconte une étincelante palette que vient bonifier 40 années de travail acharné, expérience qui, pour s’accomplir, se met en appel d’un ultime souci, celui d’assurer la continuité, la relève qui aura pour mission de redessiner le monde et de formuler les couleurs des aubes à venir. L’artiste, en donnant le plein au verbe « former », reste de toutes les inquiétudes quant à lui procurer place aux contrées réduites et toujours mal brouillonnées de la culture, il ouvre alors chantier, recrute des jeunes et s’occupe de leur inculquer la gravure, la ciselure, la sculpture, l’art de produire le beau, du moins selon sa conception. Bouchriha reste cependant à la recherche d’un lieu pour ouvrir un atelier où il aura tout le loisir de s’épanouir et de servir toute la communauté, en apprenant à des jeunes les ficelles de ces petits métiers nobles qui aujourd’hui nous font hélas, que trop défaut. Et puisque « les origines sont bien devant nous », il tient de la noblesse et de l’humilité que de vouloir nous inviter à sereinement les remonter, et c’est alors que les haltes choisies par notre artiste peignent en réalité les tableaux qui exposent et racontent le devenir de notre petite humanité. Bonne continuité.


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