Algérie

Bendaoud Abdelkrim (dit Faouzi en Algérie, Abdesselam au Maroc)

Un témoignage exclusif sur la grande offensive de l’ouest Adhérent aux Amis du Manifeste Algérien dès 1945, responsable organique au sein du M.T.L.D. depuis sa création, membre fondateur de l’organisation des scouts musulmans à Maghnia, chef scout durant plusieurs années jusqu’en 1948, conseiller municipal M.T.L.D. d’octobre 1947 jusqu’à la fin de mon mandat électif (avec comme adjoint au maire Si Ahmed Ben Bella), Bendaoud Abdelkrim, dit Faouzi, est un artisan de la Révolution de Novembre. Nous sommes le 15 avril 1954, lorsque Si Faouzi prit contact avec Si Boussouf Abdelhafid et Abdelmalek Ramdane à Oran avant qu’il n’invite Si Mabrouk pour une autre rencontre à Maghnia. Les choses s’accélèrent. Quelques jours plus tard, il prend contact avec Larbi Ben M’hidi en présence de Si Houcine Gadiri au douar dit Béni Ouassine, sis à Maghnia. Mission: adhérer au sein du CRUA sur décision d’Ahmed Ben Bella, qu’il accepta, d’ailleurs, sans hésitation.Début juillet 1954: il assiste à une réunion clandestine à Alger avec Si Boudiaf, Si Ben M’hidi Larbi, Si Houcine Gadiri avec comme ordre du jour la procuration des armes. Une mission qu’il considère comme accomplie. «J’avais accompagné Si Boudiaf et Si Ben M’hidi à la frontière marocco-espagnole pour se diriger vers la ville de Nador, autrefois ville sous protectorat espagnol», comme on le relève dans ses mémoires avant sa mort, il y a quelques semaines, qu’on livre à nos lecteurs à titre exclusif. «Au mois d’août 1954, Si Larbi Ben M’hidi revient, à Maghnia. Il s’agit d’une réunion à trois, chez Gadiri Houcine. Si Ben M’hidi était porteur d’un message verbal de la part de Si Ahmed Ben Bella. Il s’agissait d’une somme de 5.000.000 francs anciens destinés à payer le transport en bateau d’une cargaison d’armes que le frère Ben Bella avait en sa possession. A cette époque, le moment n’était pas propice pour pouvoir collecter une telle somme à cause des militants en querelle et divisés: les centralistes, les messalistes, les neutralistes, etc. Malgré ces divergences, nous avons collecté 1.500.000 francs. Toujours au mois d’août 1954, l’arrivée de Si Boussouf Abdelhafid, adjoint de Si Larbi Ben M’hidi, qui était chargé de prendre en main la continuation de l’organisation pour la lutte armée. Au cours d’une réunion, Si Boussouf avait désigné Si Houcine Gadiri comme responsable de la région de Maghnia et moi, Bendaoud Abdelkrim, responsable de la ville. Si Houcine et moi étions chargés du recrutement parmi les anciens militants nationalistes. Ainsi plusieurs groupes étaient formés pour passer à l’action armée. Nous avons préparé des caches pour les denrées alimentaires et d’autres produits (médicaments, habillement, pataugas et divers). C’était moi qui étais chargé de tous les achats qui étaient stockés dans mon hangar d’huilerie dans la ville de Maghnia, ensuite transportés dans la région vers des caches. Dès la veille du 1er novembre 1954, Boussouf nous a annoncé l’abstention de la zone V des grandes actions armées par faute d’armement. Le 31 octobre 1954 au matin, à la veille du déclenchement, un ordre m’a été donné pour évacuer Si Gadiri Houcine en dehors du territoire algérien vers la ville de Nador pour la constitution avec les frères déjà sur place d’une base logistique pour l’acquisition et l’acheminement des armes vers l’Algérie. J’avais accompagné Si Houcine Gadiri (mission accomplie). Après le 1er novembre 1954, Si Boussouf et moi avons accentué les préparatifs pour le déclenchement futur de la zone V (Wilaya V), à savoir le recrutement, le stockage des denrées alimentaires et la fabrication des bombes. Vers la fin mars 1955, arrivée du bateau Dyna dans la région de Nador (Maroc espagnol). Nos militants de la région de Maghnia, des deux douars de M’sirda, en grand nombre, avaient pris part au déchargement de ce bateau et c’est par les mêmes militants que les premières armes arrivaient dans notre région. C’est grâce à ces armes que notre organisation avait changé de tempérament et s’est intensifiée en élargissant son champ d’action. 1er Octobre 1955: la grande offensive de la zone V Dès les premiers jours du déclenchement armé du 1er novembre 1954, plusieurs frères ont été faits prisonniers, notamment les frères Zabana Hamida, Fettah Abdellah, etc. D’autres frères responsables: Si Hadj Benalla et Si Fertas Mohamed ont été rappelés par le PC de la zone pour d’autres responsabilités dans d’autres régions. Ainsi ces arrestations et ces départs avaient créé un vide dans la ville d’Oran. En novembre 1955, Si Ben M’hidi et Si Boussouf m’avaient désigné comme responsable de la ville d’Oran. Au courant du mois de Novembre1955, contact est pris à M’dina Djedida, à Oran, avec le frère Sekiou Baghdad qui avait accepté d’être pris à la tête de la Fida. Ce dernier était chargé du recrutement d’éléments sûrs. Plusieurs frères étaient favorables et se sont mis à la disposition de la Fida. En décembre 1955, réunion à Maghnia avec Boussouf. J’avais fait mon compte-rendu et ce dernier m’avait remis des instructions, des colis et des tracts pour la Fida que j’avais moi-même transporté de Maghnia à Oran pour alimenter cette dernière. En janvier 1956, j’avais contacté Si Souiyah Houari et Si Mohamed Ben Ahmed (dit commandant Moussa). Ces derniers avaient accepté de se mettre à la disposition du FLN ainsi que d’autres frères qui avaient répondu favorablement, notamment le Docteur Nekkache Mohamed Seghir, Si Hassan Kralafa, Si Bouhadjer, Docteur Benhsaine Boumediène, Si Benabderahmane, Si Zouggar Messoud, Si Cheïkh Saïd Zemmouchi, Sebaâ Mohamed et d’autres frères. Avec l’accord de Si Boussouf, j’avais acheté le pas-de-porte d’une maison au faubourg Boulanger à Oran, cette maison était destinée spécialement à recevoir et abriter nos combattants, une fois les actions armées terminées (maison du FLN). En février 1956, réunion à Maghnia avec Boussouf où il m’avait chargé d’une mission à Mascara, Palikao (Tighennif actuellement, ndlr) et Sidi Bel-Abbès. Il m’avait remis d’autres instructions, des colis et tracts pour l’organisation de la ville d’Oran, ainsi que les cachets FLN, ALN pour le Constantinois. Les organisations des villes de Mascara et Palikao étaient défaillantes. Cette situation avait duré environ trois mois par manque de contacts et de liaisons, depuis l’arrestation du responsable de Sidi Bel-Abbès, Si Boumelik qui était chargé des contacts et liaisons avec les deux villes. En mars 1956, j’avais pris des contacts avec les responsables de Mascara, Si Abdelkader et à Palikao avec Si Lahcène. Au cours des réunions, nous avons remédié à la situation organique et au rétablissement des contacts et liaisons avec la ville d’Oran. En ce qui concerne Sidi Bel-Abbès, Si Boussouf m’avait chargé de désigner, tel frère comme responsable de cette ville. Contact a été fait avec ce frère, malheureusement, ce dernier venait de sortir de la prison et son état de santé ne lui permettait pas d’assumer cette responsabilité. Toujours en mars 1956: Indépendance du Maroc. Les frères responsables de la Zone V se sont réfugiés et installés dans la ville d’Oujda et sa région. A partir de cette date, j’allais jusqu’à Oujda ou ses environs pour recevoir les directives et les contacts avec les frères responsables. En mars 1956, contact avec Si Bouchrit, réunion au bureau du café Widad à Oran. Il m’avait annoncé qu’il était responsable d’un groupe armé à Géryville et qu’il était opérationnel pour des petites actions. Après une longue discussion, Si Bouchrit avait accepté, sans réserve, d’adhérer avec son groupe au FLN. Je l’avais mis en confiance et je lui avais promis de faire le nécessaire auprès de mes responsables pour une autre rencontre avec l’A.L.N à Géryville. Toujours en mars 1956, à mon passage à Maghnia du côté de la frontière algéro-marocaine, je rencontre pour la première fois Si Houari Boumediène. Il m’a fait savoir que le frère Boussouf est en Espagne et m’a chargé de te contacter pour m’informer de la mission de Mascara à Palikao et Sidi Bel-Abbès. J’avais donné mon rapport à Si Boumediène en ce qui concerne ces trois villes. J’avais profité par la même occasion pour l’informer sur le groupe armé de Geryville dont il avait pris note. Après mon évasion de la prison de Nédroma, le 2 Juillet 1956, le premier responsable que j’avais rencontré à Oujda, c’était Si Boumediène. Il m’avait annoncé que les renseignements que je lui avais donnés sur le groupe de Geryville étaient exacts. Notre A.L.N avait donc pris contact avec ce groupe et les grandes actions armées étaient en cours. Au début du mois d’avril 1956, Si Hadj Ben Alla est arrivé à Oran pour me remplacer et prendre en main la continuation de l’organisation. Nous nous sommes réunis en présence de Si Souiyah Houari. Si Boussouf avait besoin de moi au Maroc pour l’encadrement des frères algériens résidants au Maroc. Le 15 avril 1956, des contacts sont entrepris sur le territoire marocain entre la frontière algérienne et la ville d’Oujda au domicile de Si El Miloud, fils du Caïd marocain. Ce frère avait mis sa maison à la disposition des responsables du F.L.N où je retrouve Si Boussouf et Larbi Ben M’hidi pour une réunion. Décision: Si Ben M’hidi m’avait chargé de lui préparer son voyage pour Alger, qu’il devait effectuer de la région de Maghnia en passant par Oran Ville. Si Boussouf m’avait chargé, par la même occasion, de ramener Si Souiyah Houari. On avait besoin de responsables pour encadrer les résidants algériens au Maroc. Arrivé à Oran vers le 22 avril 1956, c’était un jour de Ramadhan, juste après la rupture du jeûne, je me suis dirigé vers le domicile du Docteur Nekkache Mohamed pour rencontrer Si Hadj Ben Alla et Si Souiyah Houari pour les informer de ma mission, soudain j’ai aperçu sur la place de M’dina Djedida (Tahtaha), le Docteur Nekkache en train de courir. Il m’avait vu et a crié: -«Si Abdelkrim, cours! -Qu’est ce qu’il y a?, lui ai-je demandé -Cours!», me répéta-t-il. Après une course de 400 mètres environ, il m’a fait entrer dans une maison où il m’avait annoncé l’arrestation de Si Souiyah Houari, dix minutes auparavant. Quant à Si Hadj Ben Alla, il avait réussi à s’échapper grâce à son arme. J’avais préparé le passage de Si Larbi Ben M’hidi pour Alger, malheureusement à mon passage pour le Maroc, j’ai été arrêté à Maghnia par la police, le 29 avril 1956. Transféré à Oran, où j’étais remis à la D.S.T, pour confrontation avec le frère Souiyah Houari. J’avais subi des tortures et interrogatoires pendant onze jours. Ensuite, ils m’ont transféré à la prison de Maghnia. Dans la nuit du 12 juin 1956, vers 20H30, la D.S.T., avec l’aide du chef de la prison, m’a enlevé de force de ma cellule, qui était, du reste, isolée de tout contact avec mes frères détenus. Ils m’ont emmené au bureau du chef de la prison les menottes aux mains, ils m’ont fait signer et m’ont pris les empreintes digitales sur le registre des prisonniers libérés malgré ma farouche résistance. Ils étaient quatre personnes et m’ont dirigé vers le bureau de la police judiciaire qui se trouvait à 50 mètres environ de la prison. Là, ils me dénudèrent pour ensuite me lier les mains et les pieds, puis ils ont fait glisser entre les articulations des bras et genoux un gros bâton de pioche, ils m’ont déposé sur les extrémités de deux hautes tables la tête pendue et les jambes en l’air. Trois fils sortaient d’un appareil électrique. Un des inspecteurs prit deux fils qu’il m’appliqua aux petits doigts de mes pieds et le troisième fil pour chercher les points sensibles de mon corps. Les interrogatoires avaient commencé avec les applications des électrodes sur diverses parties de mon corps. La douleur provoquée par ces contacts me faisait hurler et je perdis connaissance. D’autres sévices s’ensuivirent. Ils m’ont fait boire un liquide par les narines jusqu’à presque étouffement. Les interrogatoires avaient repris par des électrodes, par des coups de matraque que je recevais sur tout le corps. Je m’étais évanoui plusieurs fois. Ces opérations de tortures, pendaison, électrodes, matraquage et liquide introduit dans les narines se sont poursuivies sans interruption, de 21h au lendemain à 7h du matin. J’étais comme une loque humaine.   A suivre...
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