Algérie

Angélisme


L'équipe de « négociateurs » de Ramallah est avertie: larencontre d'Annapolis est réduite par Israël à une réunion où l'on entendra desdiscours et où l'on dira que Mahmoud Abbas est un Arabe fréquentable et que leHamas est une monstruosité fasciste. On sait que cela fait plaisir au personnelqui entoure le président de l'Autorité palestinienne. Cet entourage ad'ailleurs tendance à en rajouter en matière de diabolisation du Hamaspuisqu'on n'hésite pas, du côté de la Mouqataa, à l'accuser d'être lié àAl-Qaïda.On l'aura compris, l'équipe en place à Ramallah estimequ'une politique destinée à ressouder l'unité palestinienne est inutile carcela implique un cadrage commun de la négociation avec Israël. Les «négociateurs»se sentent ainsi libres de leurs mouvements. La crise grave de Ghaza estdevenue, dans le plus mauvais sens du terme, une aubaine pour ces négociateursqui avaient été réduits au chômage par la bérézina électorale du Fatah auxlégislatives. Comme si les termes de la «solution» israélo-américaineallaient changer par cet étalage des divisions interpalestiniennes, comme si la«modération palestinienne» affichée à Ramallah allait être récompensée par unchangement d'optique de Tel-Aviv.Pour des négociateurs qui doivent savoir qu'ils s'engagentdans un processus extrêmement âpre et dur, cela est confondant de candeur. S'ils'agissait de croire que les Etats-Unis allaient exercer des pressions surTel-Aviv, c'est faire preuve d'une méconnaissance sidérale de la réalité dusystème américain et du poids démesuré du lobby israélien aux Etats-Unis. Et cene sont pas les divisions palestiniennes qui vont amener Washington à changerd'optique.Mais rendons grâce aux responsables israéliens, ils necherchent pas à sauver la face de Mahmoud Abbas et de ses compagnons, ils semoquent plutôt ouvertement de leur superbe candeur. Et aussi, comme disait àl'époque feu Edward Saïd au sujet des «négociateurs» palestiniens, de leurgrand amateurisme. Car, que reste-t-il à «négocier» quand le ministre de laGuerre israélien, Ehud Barak, fixe les conditions préalables d'Israël: pas desolution avant de balayer le Hamas de Ghaza, pas de solution tant que lesPalestiniens ne reconnaîtront pas le «caractère juif» de l'Etat d'Israël.Quel sens donner concrètement à cette exigence: que lesmillions de Palestiniens qui croupissent depuis plus d'un demi-siècle dans lescamps de réfugiés renoncent au droit du retour qui leur est reconnu par lesrésolutions de l'ONU. Cela va au-delà. Israël exige qu'on lui concède le droitd'organiser une grande épuration ethnique contre les Palestiniens qui sontrestés chez eux, envers et contre tout, après 1948. C'est donc cela qu'Israëlveut «négocier» avec les Palestiniens, une reddition totale, un abandondéfinitif des droits nationaux. Pour un hypothétique Etat-croupion dont lacréation est sans cesse renvoyée aux calendes grecques.Quel avantage tire donc l'équipe de Ramallah à refusertoute démarche visant à la restauration de l'unité palestinienne ? Quel profitles hommes de l'Autorité de Ramallah espèrent-ils tirer à reprendre à leurcompte l'épouvantail d'Al-Qaïda et à l'appliquer au Hamas et, au-delà, à ceuxqui considèrent que la résistance reste la seule vraie option pour lesPalestiniens ? La réponse est claire: rien.Dans les luttes politiques, l'angélisme n'est pas unequalité mais un défaut catastrophique. L'adage est de circonstance: pour dîneravec le diable, il faut une longue cuillère...
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