Algérie

Affaire BCIA


Le préjudice estimé à plus de 1700 milliards La première journée de la quatrième semaine du procès de la BCIA a été réservée à la partie civile. Actuellement conseiller à la direction générale de la BEA qui le mandatera pour la représenter, Baghdadi Djamel est intervenu hier, déclarant que, le 22 mai 2003, il s’est présenté à la Sûreté de wilaya pour «déposer une plainte contre les responsables de la BCIA qui avaient refusé le remboursement de traites avalisées par cette même banque». Il expliquera aussi que, le 18 du même mois, son adjoint de l’époque l’avait informé du refus catégorique de la BCIA et que le montant des traites au moment de la compensation était de 4 milliards 900 millions de dinars. Après qu’il lui fut demandé pourquoi avoir attendu 5 jours avant d’aller déposer plainte, il dira qu’il a d’abord contacté Adda Larbi, le directeur de l’agence BEA 74, ainsi que l’adjoint qui l’avait informé de l’affaire pour avoir de plus amples explications sur les raisons de ce retard. Celles qui lui seront données par ce dernier, précisera-t-il, ne l’ont pas convaincu. Toujours est-il, signalera-t-il, qu’»au début du mois d’avril 2003, plusieurs clients de la BEA présenteront des traites avalisées par la BCIA. Ces dernières ont été escomptées à leur profit et, avant la fin de leur échéance, elles ont été envoyées au niveau de l’agence BEA Emir Aek spécialisée dans le traitement de tous les dossiers à caractère commercial». «A son tour, cette agence, signalera-t-il, dirigera ces traites vers la Banque centrale afin qu’elles soient honorées le jour de la compensation. Mais, le 13 avril, jour de la compensation, la BCIA refusera le remboursement, prétextant que ses provisions sont insuffisantes et que la date de l’échéance des traites est révolue». D’autre part, il signalera que le rapport établi par les inspecteurs de la direction générale de la BEA le 8 mai 2003 fait ressortir que l’opération spécialisée dans l’escompte de ces traites ne bénéficie d’aucune autorisation de la direction des crédits, à l’exception d’un seul client, le gérant de Sotraplas. «Ce dernier a bénéficié, soulignera-t-il, d’une autorisation spéciale le 9 juillet 2000, soit trois ans auparavant, lui permettant un crédit allant jusqu’à 400 millions de dinars avant d’être multiplié par deux le 28 février 2002". «Mais cela, expliquera l’intervenant, n’est pas un problème lorsque l’on sait que la société Sotraplas est un grand et fiable client de la BEA, de même que Fouatih». Le représentant de la partie civile reviendra une seconde fois sur le jour de l’éclatement de cette affaire, expliquant que, le 21 mai 2003, il a convoqué le directeur de l’agence BEA 74, d’autres responsables de la même agence ainsi que le gérant de Sotraplas, et cela en présence d’un huissier. «J’ai essayé, dira-t-il, de trouver une solution à ce problème mais, devant le refus de chacun, j’ai décidé de porter plainte. L’enquête déterminera que le seul but de la BCIA dans le mécanisme des traites avalisées a été utilisé pour subtiliser des fonds de la BEA au profit de la BCIA». Au cours du débat, le juge lui demandera pourquoi était-ce la BEA qui se déplaçait chez la BCIA alors que c’est cette dernière qui était créancière. «Je ne pouvais pas faire autrement, dira-t-il; j’avais une responsabilité que je devais assumer». Quant aux deux contrôles effectués aux deux agences BEA de Sig et ‘74’ d’Oran, il précisera que cela n’entrait pas dans ses prérogatives et qu’en conséquence il ne peut se prononcer sur le sujet. Il ajoutera toutefois que l’agence BEA de Sig n’a jamais eu à gérer de dossier important de crédit, contrairement à l’agence oranaise BEA 74 qui, elle, est considérée comme plus importante. Le représentant du ministère public lui demandera si leurs deux clients potentiels, à savoir la société de Fouatih et celle de Sotraplas ont escompté des traites au niveau de l’agence de Sig, ce à quoi il répondra par l’affirmative. En réponse à une autre question du procureur qui lui demandera s’il avait constaté des dépassements à l’agence BEA 74, M.Baghdadi reconnaîtra qu’effectivement, de telles pratiques ont été enregistrées, précisant que des escomptes ont été réalisés sans crédit. Concernant la crédibilité de la BCIA, il dira ne pouvoir se prononcer. Baghdadi Djamel reviendra par la suite sur certains propos de l’expert, M. Djaafri, affirmant que, «quand une banque refuse d’honorer une dette, elle est mise sous embargo par le marché monétaire; c’est purement et simplement un suicide!» Ceci fera naître implicitement dans l’esprit de chacun des présents à l’audience la question suivante : N’était-ce pas là le véritable but de la BCIA? Prenant à leur tour la parole, les avocats de la défense poseront une série de questions, notamment sur le remboursement des traites de leurs clients respectifs et pour savoir si ces derniers avaient réussi à rembourser la totalité de ce qu’ils devaient et quelle était la position de chacun vis-à-vis de la BEA. Concernant le mandant Ouala, M. Baghdadi dira que, certes, vis-à-vis de la banque, ce client a eu à rembourser ce qu’il devait, mais après épuration il a été trouvé deux autres traites inscrites, chacune d’une valeur de 17 millions de DA. Avant d’entamer les plaidoiries de la partie civile, le juge reviendra sur les casiers judiciaires de chaque mis en cause, qui, dans l’ensemble, comportent des condamnations pour défaut de paiement de chèques sans provision, fraudes sur produits alimentaires, défauts de facturation, etc. Notons que seul le gérant de Sotraplas présente un casier vierge. La dernière partie de la journée a été abordée par la défense de la partie civile qui a débuté assez tardivement dans la soirée. Cette dernière déclarera que «cette dilapidation n’a pu avoir lieu sans la complicité de responsables. Pour arriver à cela, le travail a été accompli par deux parties complices: les cerveaux commanditaires et les exécutants. Quant au préjudice subi par la BEA, nous estimons que le chiffre avancé par l’expertise est largement dépassé et qu’il est de 17 milliards 200 millions de dinars». Hasna Yellès
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