Bien qu'il ait admis que le marché algérien des assurances est, depuis ces trois dernières années, en sensible évolution tant en matière de primes émises que d'indemnisation avec une moyenne annuelle de 20%, Djamel Abbaci, assureur-conseil auprès des grandes entreprises, estime, pour sa part, que beaucoup reste à faire de la part des assureurs privés et des mutuelles, le secteur étant contrôlé à hauteur de 74% par les quatre sociétés publiques, CAAR, CAAT, SAA, CASH, dont les performances sont, toutefois, loin d'être un modèle enviable.
«Si le chiffre d'affaires de l'ensemble des compagnies d'assurances a de tout temps été en évolution, notamment avec le lancement des différents plans de développement initiés par les pouvoirs publics depuis quelques années, la question qui se pose est de savoir s'il a vraiment su profiter de cette situation et de ces résultats pour jeter librement les bases d'un plan de développement durable et adapté à l'environnement des affaires, mais aussi apprécier objectivement les résultats atteints par rapport à l'augmentation du taux de pénétration et donc de la problématique de la valorisation du marché des assurances en Algérie», relève-t-il. Pour appuyer ses dires, notre interlocuteur estime nécessaire d'analyser la réalité des assureurs les plus performants en Afrique et montrer de manière non exclusive la possibilité pour nos compagnies d'augmenter leur taux de pénétration qui consiste, selon lui, en «la couverture du marché par un produit ou un service contrairement à la part du marché de chaque compagnie qui se mesure par rapport au chiffre d'affaires réalisé dans le cadre d'une activité ou une vente sur une année, chose que nous connaissons déjà par un simple constat du rapport d'activité annuel de chaque compagnie».
Est-on en droit de se féliciter d'avoir réalisé un chiffre d'affaires de plus de 80 milliards de DA si l'on cherche à situer chacun des ténors du secteur public algérien par rapport au sud-africain Sanlam -la référence de la Fanaf dans le domaine de la gestion des assurances à l'échelle africaine -' Avec respectivement plus de 20,07, 14,08, 12,8 et 7,5 milliards de DA, les chiffres d'affaires de la SAA, CAAT, CAAR et CASH représentent à peine 4, 3, 3 et 2% de l'équivalent de 576 milliards de DA réalisés par la Sanlam.
Quelles stratégies sont donc susceptibles d'être mises en 'uvre pour rendre plus performantes sur le plan national et plus agressives à l'international les compagnies d'assurance en Algérie ' «Il n'est pas dans notre intention de remettre en cause certains acquis importants du secteur telles les différentes réformes juridiques jusque-là initiées, mais plutôt de les renforcer par quelques mécanismes adaptables à la réalité du marché des assurances en Algérie. Les réformes introduites par les pouvoirs publics ne peuvent être plus rentables que si elles sont complétées sur le plan intrinsèque par certaines actions, que nous jugeons basiques, mais jusque-là non paramétrées dans les objectifs des assureurs», rétorque M. Abbaci.
Déterminer avec exactitude la valeur du marché des assurances est une mission très peu aisée, reconnaît-il. Partant, les prévisions des entreprises d'assurance sont, actuellement, fixées par rapport à l'augmentation des réalisations des exercices précédents, et ce, par un taux qui varie d'une compagnie à une autre.
Cette méthode, qui a toujours été suivie, est-elle fiable et exprime-t-elle la réalité des faits ', s'interroge le spécialiste en courtage, car l'objectif valorisé du marché des assurances demeure actuellement une inconnue ; nulle étude globale d'envergure macro-économique n'a été jusqu'à ce jour initiée par les pouvoirs publics afin de déterminer le patrimoine matériel et humain assurable. «Le montant global des primes d'assurance des contrats émis de l'ordre 81.70 milliards de DZ ne peut être apprécié, car il ne représente qu'une part du marché des assurances en Algérie, et non la valeur du marché qui reste à déterminer». La bonne gouvernance est une autre problématique autour de laquelle il s'avère plus que nécessaire d'engager une réflexion sérieuse et rapide.
«Cette question de bonne gouvernance des compagnies d'assurance doit être assurée par les organes spécialisés du ministère des Finances, ou faire l'objet, comme en 2006 en France, d'une consultation publique, initiée par l'Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM), l'équivalent en Algérie du Conseil de supervision des banques et assurances ou peut-être le Conseil national des assurances. Cette mission peut être confiée à une commission à composante humaine pluridisciplinaire, expérimentée et d'un niveau intellectuel élevé», préconise l'assureur-conseil. Son financement pourrait être pris en charge par toutes les compagnies opérant en Algérie, ses conclusions serviront à coter la performance réelle de chaque compagnie intervenant sur le marché des assurances en Algérie, note-t-il. L'ouverture du capital social dans le cadre de la loi sur les investissements étrangers est, par ailleurs, un autre instrument de compétitivité à même d'aider les entreprises d'assurances à améliorer notablement leurs performances.
«La prise de participation des grands assureurs mondiaux dans le capital de nos compagnies publiques est un moyen de pénétration des marchés étrangers et d'amélioration des méthodes de gouvernance de nos entreprises économiques. Pour cela, l'introduction des compagnies d'assurance en Bourse est un moyen efficace d'opérer sur des marchés internationaux grâce à la présence au sein de ces entreprises d'actionnaires de référence», estime notre interlocuteur. La présence du français Groupama dans le capital de la Société tunisienne d'assurance et de réassurance (STAR) à hauteur de 35% de ses actions a encouragé la souscription de l'assurance auprès de cette compagnie et, par conséquent, à l'augmentation de son chiffre d'affaires, argumentera-t-il. A ce titre, poursuit-il, l'activation de la Bourse d'Alger pourrait constituer un cadre financier idéal pour le commerce des actions sous le contrôle de l'Etat.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Naima Benouaret
Source : www.elwatan.com