«Qui cherche dans
la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir». Tocqueville.
L'ANP n'a pas
cessé, depuis au moins deux décennies, de mener des opérations contre les
maquis du GIA, du GSPC, de l'AQMI! Depuis deux décennies, la police, la
gendarmerie, le DRS n'ont cessé de faire une guerre sans merci au terrorisme, à
ses bases arrière, à sa logistique et à ses réseaux dormants, financiers,
actifs en Algérie et à l'étranger, à travers une large coopération
internationale. Des hommes en uniforme, des agents des services de sécurité,
des citoyens, depuis deux décennies, tombent de manière régulière sous le feu
d'Algériens à 100%, décidés à instaurer la théocratie la plus obscure par le
feu et le sang. Sur les versants idéologique et politique, des «théologiens»,
des imams payés par l'Etat, des «îlotiers», des partis et hommes politiques,
des commis de l'Etat, des membres des corps enseignants (de la crèche jusqu'à
l'université), des journaux, une perversion semée dans les programmes des médias
lourds, sont mis en ordre de bataille. Depuis longtemps, cette armée, en deux
divisions, celle de l'ombre et celle composée de vitrines légales, semi
légales, officielles et à moitié officielles, est déployée dans les rouages de
l'Etat, dans les quartiers, dans toutes les nervures de la société, dans
l'espace public et privé…
Petit à petit, des maillons constitutifs des
élites, de la société civile, du monde des arts et de la culture, de la classe
politique (au gouvernement et conservateurs dans l'opposition), de la presse,
sont désarmés sinon cessent toute résistance par lâcheté, pour garder ou
espérer un poste, pour «sucer la roue», fermer les yeux et déposer le stylo. Or
si le terrorisme est toujours actif, connaît des hauts et des bas et fait dans
la durée, sa matrice, ses fondements doctrinaux, ses relais font dans la très
longue durée, usant de toutes les méthodes et subterfuges soft, légaux ou
tolérés par les pouvoirs publics. Dans les écoles, les cafés, les lycées, au
cœur des administrations, dans les taxis (sales, malodorants, cassettes des
versets du Coran à fond), dans les quartiers populaires et les ministères,
l'intégrisme dans ses déclinaisons wahhabite, salafite, afghane est sur le
front H 24. Les jeunes filles et les femmes sont surveillées, essentiellement
sur leur coiffure, leur tenue vestimentaire, sur leurs horaires, etc. Dans les
hôpitaux, les enceintes scolaires, l'administration qui dépend de l'Etat, les
commerces, les différences doivent être spectaculaires, sonores pour mieux
culpabiliser et acculer les citoyens qui restent fidèles au vêtement
traditionnel maghrébin, à celui dit occidental, sans marqueurs ostentatoires à
un «islam» ténébreux, archaïque et surtout ennemi des femmes, de la fête, de la
joie sur terre.
Dans une posture à mi chemin entre plusieurs
idéologies contradictoires, des modèles de société différents d'un quartier à
un autre, d'une région à une autre, d'un urbanisme d'apocalypse à une ruralité
totalement explosée, l'Algérie navigue selon les fluctuations du baril, des
«festivals» bricolés à la va-vite en quelques jours et des fortunes qui coulent
vers l'informel, la prédation, la corruption massive et les restes à réaliser.
A la fin 2010, on nous apprend que des pays du Golfe, le Koweït et l'Arabie
saoudite, sont devenus de grandes puissances cinématographiques, là où la
représentation, surtout celle de la femme et de son corps sont illicites. Ces
manipulations de sous-développés, ces improvisations régressives sont à
l'évidence des agressions à la modernité, à la république et des bonus
généreusement distribués aux «apparences culturelles» et à l'obscurantisme qui
n'a pas de frontières, à la régression dite «bilan d'activités».
Dans une guerre sans merci engagée depuis
l'agrément donné au F.I.S. par un gouvernement adoubé par les militaires, les
civils, l'Algérie n'a pas cessé un seul jour cette guerre. Des Algériens
tombent chaque jour, de chaque côté, des jeunes s'inventent une harga
suicidaire, des femmes subissent toutes les violences sous couvert d'un code de
la famille mortifère, d'une lâcheté générale, surtout celle de femmes au
pouvoir aussi, et de la démission de nombreux clercs obscurs et bien
silencieux. «Il est prouvé que toute culture véritable porteuse d'éléments
formatifs de longue durée et en mesure d'impulser les aptitudes et facultés de
l'imaginaire, de l'esprit critique, de l'analyse, du bon goût et de la vision
rationnelle du monde, est nécessairement issue, à moyen ou court terme, de la
formation scolaire la mieux entendue et pas l'inverse (1). Ces quelques lignes
bien oubliées par les responsables qui participent d'une culture nationale
(éducation, université, culture, sports, formation professionnelle…) mettent en
exergue la situation actuelle. Celle-ci est bien entendu caractérisée par le
combat inégal entre les forces de la régression (bien épaulées, financées,
médiatisées dans tous les rouages de l'Etat, des partis conservateurs, dans les
mosquées, les cités, les villages) et celles du progrès tenues presque à la
clandestinité et dont les voix sont barrées par la puissance des décibels
officiels et des programmes T.V., les mêmes pour tous les âges et tous les
statuts. Dans l'indifférence absolue de la majorité et avec «la complicité
participative» d'artistes, d'intellectuels, d'élites déclassés et enrôlés dans
le bricolage et la figuration de série D, l'intégrisme et les régressions
prospèrent.
En cette fin d'année, le statu quo est
dominant. La donne actuelle est un curieux mixte d'attentisme criminel, de
déperditions lourdes (argent détourné, ressources humaines congelées ou
expatriées, destructions de l'espace et des valeurs de l'individu), de
régressions sur fond d'un terrorisme toujours moribond et encore assassin,
d'une islamisation «serpent» mais active. Tous attendent Godet le messie sinon
la chute ou la montée du baril, le poste, l'onction, etc. «Puis le vent de
l'intégrisme est venu tout fausser dans la sensibilité populaire, dans le sens
de la mesure au niveau du simple jugement humain, à grand renfort d'outrances,
d'actes frénétiques, et tout cela, au nom d'une religion adoptée unanimement
depuis 14 siècles (…)». «Pire que la science fiction: un peuple tout entier
assimilé, d'une façon arrogante, à des gens à islamiser, à arabiser, sans
aucune considération pour son passé culturel (…)». «De proche en proche,
l'islam civilisation, auquel rêvait, entre autres valeurs, comme à une promesse
de retour, le peuple algérien colonisé, s'est transformé en cet islam agressif,
vociférant, n'ayant que l'anathème, l'imprécation et la banalité dans la bouche
de ses prédicateurs. S'il était apparu sous ce visage au VIIème siècle, jamais
il n'aurait converti l'Afrique du Nord.» (2).
En attente, comme suspendu, le pays, qui
recèle des élites, des politiques de tous les bords, une jeunesse ambitieuse
mais stérilisée, peut cultiver les libertés et tous les débats et aller vers
une république sereine, conquérante. Dans celle-ci, le citoyen, le croyant, le
spirituel, la foi, le religieux, le libre penseur et le mécréant seraient à
l'aise, tous. Dans le respect de tous, sous la protection de la loi, ce peuple
peut aller loin et très haut dans la hiérarchie internationale. Que les
décideurs n'oublient pas qu'ils ne sont que de simples mortels et que, s'ils
sont croyants, le Créateur leur demandera des comptes. Et l'histoire aussi. Ils
peuvent choisir la rupture ou bien la régression qui fait le
sous-développement, la misère, l'intégrisme, l'esclavage des femmes et la
prédation dans l'impunité des richesses destinées à l'avenir.
Note :
(1) In «Les
ruptures et l'oubli». Mostefa Lacheraf
. Ed. Casbah
(2) Ibid.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com