Deux ambassadeurs
en poste à Alger, spécialistes des zones à risques, parlent de l'Algérie. Que
disent-ils ? Des banalités. C'est pour le moins intrigant.
Béni soit
WikiLeaks ! Le site de la transparence, du moins à travers ce qui est rendu
public par les grands journaux «partenaires», a fini par donner bonne
conscience aux Occidentaux et en premier lieu les Américains. Il les rassure
quant à leurs choix stratégiques, les absout de certaines erreurs et laisse
entendre que les Américains étaient animés de bonne foi, y compris dans leurs
entreprises les plus meurtrières. A l'inverse pour l'Algérie, les révélations
les plus récentes confirment l'impasse dans laquelle se trouve le pays et
donnent un caractère quasi officiel aux analyses les plus pessimistes.
L'Irak ? Les
Etats-Unis se sont fourvoyés, tout comme les Israéliens, nous disent des câbles
si secrets qu'on devine les diplomates américains rire sous cape à leur
lecture. Pour les Israéliens, c'est un pur bonheur. Car ces documents secrets
révèlent que les Etats-Unis se sont trompés sur leur évaluation de l'armement
de l'Irak de Saddam Hussein. Ils font leur mea-culpa en évoquant l'erreur. Même
si le mensonge est trop gros, et si George Bush et Tony Blair l'ont tous deux
admis.
Du reste, si les
services spéciaux de la première puissance militaire font de telles erreurs, le
monde entier doit trembler. Demain, l'Iran, la Syrie et tous les autres pays récalcitrants
à l'ordre américain risquent d'être bombardés, des bombardements «de bonne
foi», causés non par l'animosité américaine envers ces pays, mais par des
erreurs d'appréciation. Il reste juste à convaincre les futures victimes !
Les Israéliens sont encore plus innocents.
Jusqu'en 2009, ils continuaient à croire que l'Irak possédait des armes de
destruction massive. Ils partageaient le consensus imposé par les services
spéciaux occidentaux, selon lequel l'Irak possédait des lanceurs prêts à être utilisés
pour attaquer Israël avec des armes chimiques et biologiques. De même, ils
étaient convaincus que Saddam Hussein avait établi des relations avec Al-Qaïda.
Quelle naïveté, tout de même, ces Israéliens !
Là encore, on en
arrive presque à souhaiter que les services spéciaux israéliens soient plus
performants, qu'ils fassent moins d'erreurs à l'avenir pour éviter, par
exemple, d'attaquer l'Iran sur la base de fausses analyses et d'informations
erronées. On se mobiliserait presque pour leur fournir de vraies informations,
de crainte qu'ils n'utilisent, demain, des armes nucléaires pour bombarder des
pays arabes en se fiant à des informations erronées.
Pour l'Algérie, l'inquiétude grandit encore à
la lecture des documents publiés par WikiLeaks. On y a apprend ainsi que le
dossier Algérie a été, pendant longtemps, géré par des ambassadeurs spécialisés
dans le renseignement, précisément au moment où les services spéciaux
multipliaient les bourdes.
Robert Ford, ancien ambassadeur américain,
est un spécialiste des zones troubles. Il a été en poste à Alger dans les
années 1990 comme numéro deux ou trois de l'ambassade, avant d'être muté en
Irak où il a été en poste après l'invasion de ce pays. Il est revenu en Algérie
comme ambassadeur, avant de repartir pour l'Irak, pour occuper les mêmes
fonctions.
Pour la France, c'est Bernard Bajolet qui
était ambassadeur pendant une longue période. Lui aussi a exercé ses talents à
Alger à deux reprises, la seconde fois comme ambassadeur. Il se retrouve
aujourd'hui coordinateur du renseignement à l'Elysée, c'est-à-dire au sommet de
la hiérarchie du volet le plus opaque de la politique et de la diplomatie.
Le document WikiLeaks le plus significatif
concernant l'Algérie est, finalement, le résumé de l'entretien entre ces deux
ambassadeurs. Et que révèle-t-il ? On retiendra deux aspects essentiels.
D'abord, le constat d'un pays bloqué, sans perspective, hanté par la question
de la succession ; un pays miné par la corruption et incapable de se mettre en
mouvement pour tirer profit de ses formidables ressources.
Mais avait-on
réellement besoin de WikiLeaks pour faire ce constat ? L'actualité du mois de
décembre offre, à elle seule, suffisamment de dossiers pour se convaincre de
l'impasse dans laquelle se trouve le pays. La demande de révision de l'accord
avec l'Union européenne a montré un pays qui s'est précipité de signer un
accord d'envergure, avant de se rendre compte que l'accord en question était
dangereux. Peut-on trouver plus évident comme manque de perspectives ? Plus révélatrice
encore est la pitoyable affaire du quota de thon : l'Algérie n'a même pas été
capable d'envoyer une délégation pour assister à une réunion internationale et
maintenir le statu quo, alors qu'elle se devait de revendiquer un meilleur
quota de pêche.
Le deuxième
aspect des documents WikiLeaks montre la qualité inquiétante des interlocuteurs
algériens qui se sont retrouvés en face de professionnels de haut niveau. On
trouve, côté algérien, peu d'hommes politiques d'envergure, mais beaucoup
d'amateurs mégalomanes et d'intrigants narcissiques, soucieux de se faire
mousser, de grappiller une aide hypothétique ou une flatterie; des personnages
non encadrés, des farfelus imbus de leur personne, qui traitent avec un as de
la diplomatie parallèle comme ils discutent avec le responsable du bureau RND
du coin. Sur ce terrain, ce que révèle WikiLeaks est accablant. Pas seulement
pour les «hommes politiques» en question, mais pour l'Algérie.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.lequotidien-oran.com