Sarkozy a été porté au pouvoir par le suffrage universel direct et la VIe République prônée par Ségolène Royal attendra. Une campagne électorale jugée exceptionnelle a marqué ces derniers mois avec une nouveauté, celle de voir une femme, aux grâces reconnues, se battre pour son parti, pour ses idées avant d'accepter le verdict des urnes en promettant de revenir avec ce «quelque chose qui s'est levé en France». Il reste à faire face aux prochaines échéances des législatives. Â De ce côté-ci de la Méditerranée tout le monde s'accorde à dire que le spectacle offert par cette campagne électorale française pour les présidentielles, était riche en débats et en idées nouvelles, diversement appréciés selon le bord auquel on n'appartient pas. Les Français garderont en tête l'émergence de nouvelles formulations politiques, l'engagement des candidats sur des programmes évalués au centime près, des déclarations de biens faisant polémique, le défilé des états-majors sur les plateaux de télévision pour animer la contradiction, des animateurs professionnels, enfin, une course vers l'Elysée qui n'aura pas été de tout repos. Â La continuité d'une culture politique qui renforcera les valeurs du pays. Les médias auront fait leur travail d'analyse et d'information, le champ partisan aura évalué ses forces et ses faiblesses, la France aura un visage nouveau à l'Elysée et les autres candidats plieront bagages en se donnant rendez-vous dans l'opposition ou dans les futures alliances. Â Le ring présidentiel fermera ses portes pendant cinq ans et les contestations viendront des espaces institutionnels appropriés pour maintenir l'équilibre politique et donc social. Elles viendront aussi de la rue réappropriée par le citoyen à chaque fois qu'il en aura besoin. L'institution dans ces pays-là survit réellement aux hommes et aux gouvernements. Que l'on soit pro ou anti-français reconnaissons au moins que les discours là-bas s'interdisent tout dépassement en dehors du cadre du texte, celui qui fait loi. Sarkozy devra obéir à cette discipline en y apportant sa touche personnelle. Rien de plus. Mais revenons à nos moutons car le spectacle est terminé et réapprenons à zapper sur nos chaînes nationales, sur nos rues, sur nos murs. Notre campagne électorale pour les législatives vient de commencer et l'on remarque déjà le retour de partis politiques qu'on croyait morts et enterrés depuis longtemps, réapparaître comme des fantômes. Mais qui croit encore aux fantômes? La télévision nationale aménage un plateau bizarrement décoré pour leur permettre de nous ressasser les mêmes redondances que les précédentes campagnes et de nous promettre la lune sans quitter la terre d'une semelle, pensant qu'il reste encore quelqu'un pour les croire. Les affiches murales qui se transformeront avec le temps et les pluies des années prochaines en crasses murales sur des murs déjà suffisamment sales, commencent à aligner des visages sans sourires, trop sévères pour être vrais, de noms aux consonances de la préhistoire récente, de candidats échappés à la circonférence de cercles aux limites inconnues. Tout le monde se croit obligé de parler la langue des ancêtres pour mieux fixer la confusion dans des esprits détournés par la flambée des prix et la malvie d'une jeunesse qui n'attend plus. Tout le monde se dit prêt à respecter la volonté populaire sans faire attention aux chiffres du PIB, sans même les connaître. Reste alors le discours démagogique creux teinté de religiosité dépassée, celle qui ne fait aucun lien avec le progrès et qui fait accepter la fatalité à l'heure des bilans d'«Allah ghaleb». Celle qui reproduit la médiocrité et qui se limitera à l'énoncé d'hypothèses fausses sans démonstration d'une capacité à régler les problèmes qui s'accumulent. Eternellement. La campagne s'annonce fade et de pure forme comme d'habitude. Comme d'habitude, les élus iront découvrir Alger et les couloirs feutrés de l'assemblée nationale, et apprendront les marques de costumes et de cravates pour ne s'intéresser qu'à une seule brillance, celle de leurs chaussures. Â Ils reviendront de temps à autre dans leurs circonscriptions respectives, découvrant leur réduction à de simples leveurs de mains coincés entre l'applaudimètre et la rouille des micros qu'ils utiliseront comme gadgets pour se faire la main. Â En comparant les deux campagnes française et algérienne, évidemment différentes par leur nature, il nous reste en travers de la gorge ce sentiment d'indigène qui colle à notre peau, parce que le résultat des urnes n'aura aucun sens tant que les règles du jeu ne seront pas clairement définies. Tant que le discours ressemblera à une promesse débordant sur les moyens du pays à faire de l'institution, un défi à relever. Tant que subsistera cette soumission au hasard qui alignera les hommes providentiels dans un calendrier inconnu. Comme si le pays était dépourvu de femmes et d'hommes capables de construire sa propre Histoire des institutions. Juste un début de sens pour contredire l'Histoire et pouvoir démontrer que la colonisation n'a pas été positive ou du moins que l'indépendance l'a été. Mais... par où commencer? Par en haut ou par en bas? Par la loi ou par les hommes? Commençons par revenir à nos moutons et on trouvera peut-être quelques béliers racés qui se cachent parce que le troupeau s'est trop habitué à partir dans toutes les directions sauf la bonne.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saïfi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com