Alger - Revue de Presse

Dérives de la démocratie et confort des régimes autoritaires



La cote de popularité du président américainGeorge Bush est au plus bas. Seuls 28 pour cent des Américains gardent uneimage du chef de la Maison-Blanche, un chiffre que les Etats-Unis n'avaient pasconnu depuis un quart de siècle. En Grande-Bretagne, Tony Blair a subi unedéfaite historique, que n'explique pas la seule usure du pouvoir. En Ecosse, unparti indépendantiste a devancé le Parti de Tony Blair, une grande premièredans le pays. George Bush et Tony Blair ont été aussi accusés d'avoir sciemmentmenti à leurs concitoyens pour justifier la guerre contre l'Irak.Les plus récentesrévélations, notamment celles de l'anciendirecteur de la CIA Trenet, ont confirmé cet état de fait, confirmant que lesdeux dirigeants ont, au moins, fortement manipulé leurs opinions publiques, endéformant sciemment les informations en leur possession. Cela ne les a pasempêchés d'être réélus, leur donnant une sorte de chèque à blanc pour détruirel'Irak. En Israël, Ehud Olmert a réussi un exploitrarement égalé. Un récent sondage a révélé que seuls deux pour cent desIsraéliens seraient disposés à voter pour lui ! Pourtant, l'homme s'est engagéil y a un peu moins d'un an dans l'aventure libanaise, qui l'a détruit. AuMexique, le candidat de la gauche aux présidentielles de 2006, Obrador, a étébattu par 200.000 voix d'écart, ce qui posait légitimement la question del'honnêteté des élections dans un pays où la transparence n'est pas la règle.  Ce qui n'a pas empêché son concurrent,proclamé président, d'envoyer la troupe dans la province d'Oxaca, où larépression a fait de nombreux de morts. Au Liban, le système démocratique, en vigueurdepuis des décennies, n'a pas réussi à éviter au pays la guerre civile, ni àéliminer le système confessionnel. Plus grave encore, il a permis au systèmecommunautaire de s'installer définitivement dans le pays, d'ériger desbarrières politiques et psychologiques insurmontables, et de ramener le débatpolitique dans ce pays à des conceptions primaires alors que Beyrouth avait étéle principal pôle de la pensée arabe pendant la première moitié du sièclepassé. En France, un fils de légionnaire, que lapresse de son pays qualifie de coléreux, mégalomane, et arrogant, à la limitedu racisme et de la xénophobie, utilisant un discours d'extrême droite sur denombreux thèmes, mettant en valeur des thèmes franchement réactionnaires, estarrivé au pouvoir à la faveur d'élections libres.  Il a réussi à se faire élire en ayant recoursaux mêmes méthodes que George Bush, et aux mêmes recettes qui ont longtempsfait le bonheur de l'extrême droite française : brandir la peur d'une main, etles illusions de l'autre. Et puis, en cette semaine de commémoration dudouloureux anniversaire du 8 Mai 1945, on ne peut passer sous silence cet autreconstat : la répression coloniale qui s'est exercée sur de très nombreux pays,et notamment en Algérie, était le fait de systèmes réputés démocratiques,pratiquant un véritable multipartisme.  La colonisation, qui est une négation del'humanité de l'autre, a été même l'oeuvre du pays des Lumières et de laLiberté. Ces dérives, parfois criminelles, de systèmes réputés ouverts,respectant la liberté de pensée et d'expression, ainsi que les Droits del'Homme, pourraient suffire pour élaborer un réquisitoire contre la démocratie,telle que pratiquée par les pays occidentaux. Nombre de dirigeants arabes, etde penseurs à leurs services, ne s'en sont d'ailleurs pas privés. Un hautresponsable du FLN déclarait récemment qu'il n'était pas convaincu des vertusde la démocratie, et affirmait qu'à son avis, rien ne prouvait qu'un systèmedémocratique pourrait sortir l'Algérie de la crise. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue,s'est de son côté inspiré de ces faits pour s'en prendre durement à l'ancienministre britannique Jacques Straw. Celui-ci avait déclaré, lors de laconférence sur la démocratie, organisée fin avril à Doha, que jamais deux paysdémocratiques ne s'étaient fait la guerre. Ce qui est vrai. Mais Amr Moussa luia répliqué vertement : si ces régimes démocratiques étaient si justes, pourquoiagressent-ils alors d'autres pays ? Pour une fois qu'un dirigeant arabe lançaitune belle réflexion, cela méritait d'être signalé... Commentant les élections présidentielles demars dernier en Mauritanie, le dirigeant libyen Maammar Kadhafi est allé encoreplus loin. Organiser des élections pour choisir les dirigeants relève d'uneméthode de gestion étrangère à nos valeurs et à nos moeurs, a-t-il dit. Encela, il ne diffère guère du discours arabe traditionnel de refus de laliberté. Nationalistes, Nassériens et Islamistes ont souvent recours à cetargumentaire. Que la démocratie soit un produit d'importation inadapté, ouqu'elle soit kofr, le résultat est le même. Pour couronner le tout, c'est George Bushlui-même qui menace les pays arabes de les démocratiser, avec son projet deGrand Moyen-Orient ! Quelle menace ! Et maintenant que George Bush est traînévers les sous-sols de l'histoire, c'est Nicolas Sarkozy qui prend le relais,avec son projet d'union méditerranéenne ! Ceci ne doit cependant pas faire illusion.D'un côté, les pays arabes continuent à insister sur les défaillances dessystèmes démocratiques, comme ces guérisseurs traditionnels qui s'en prennent àla médecine parce qu'elle n'a pas réussi à soigner certaines maladies. D'unautre côté, les pays les plus prospères et les plus puissants sont tous despays démocratiques.    Dans le monde arabe, il y a quelques îlots deprospérité, mais pas de puissance.  Ils refusent la démocratie, qui a assuré lapuissance des autres, sous prétexte qu'elle leur aurait causé des torts. Ils nese rendent pas compte que le système démocratique porte une vertu essentielle :il est le seul à offrir les mécanismes nécessaires pour corriger ses propresdérives.
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