Tenue du 2 au 4 février à Alger, la rencontre dite de concertation entre
le gouvernement malien, représenté par son ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubeye Maiga, et l'Alliance démocratique du 23 mai pour le
changement, conduite par Hamada Ag Bibi, l'un des
fondateurs et porte-parole du mouvement, dont des membres combattent aux côtés
du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA)
contre l'armée régulière dans le Nord malien, a débouché sur un appel
«pressant» pour arrêter les hostilités qui ont repris depuis le 17 janvier dans
la région où le MNLA et d'autres rebelles touareg mènent dans le Nord malien
une offensive visant, selon un porte-parole du mouvement, à libérer «le peuple
de l'Azawad de l'occupation du Mali».
Cette offensive militaire remet en cause l'Accord d'Alger signé le 4
juillet 2006 dans la capitale algérienne entre les représentants de Bamako et
ceux de l'Alliance, qui reconnaissaient, entre autres, l'intégrité du
territoire malien, répondant ainsi à la crainte d'un développement d'une forme
de séparatisme.
Privilégiant le dialogue et la concertation, les deux parties, sous
l'égide de la facilitation de l'Accord d'Alger du 4 juillet 2006, ont décidé de
fédérer leurs efforts en faisant appel à «toutes les bonnes volontés» à Kidal, Gao
et Tombouctou, régions qui représentent géographiquement l'Azawad,
considéré comme le fief naturel des Touareg, et Bamako pour améliorer le
quotidien des populations autochtones. Le 17 février 2009, l'Alliance
démocratique du 23 mai pour le changement, après d'âpres négociations avec l'Algérie
comme médiateur, avait accepté de déposer les armes. Et cette reprise des armes
a sonné le glas à des accords fragiles remis en cause par la réalité du terrain,
le peu d'empressement de Bamako à honorer ses engagements « sociaux » envers
les Touareg. Le gouvernement malien, lors de cette rencontre, reconnaitra les «retards accusés» dans la mise en Å“uvre des
programmes convenus dans le cadre du Pacte national et de l'Accord d'Alger.
Quant à la situation sécuritaire pour le moins instable dans la région, les
deux parties ont tenu à réitérer leurs engagements dans la lutte contre le
terrorisme, estimant que les évènements au nord du Mali ne pouvaient les
détourner de la véritable menace, qui réside dans le terrorisme et le crime
transnational organisé.
A la fin septembre 2006, l'Alliance affrontait les salafistes
du GSPC qui souhaitaient établir une base arrière au nord du pays, alors que le
Mali fait partie du CEMOC, au même titre que l'Algérie, la Mauritanie et le Niger.
Cette région frontalière avec l'Algérie revêt une importance stratégique
pour Alger dans sa lutte antiterroriste et sa stabilité, un gage de réussite
dans le renforcement de la situation sécuritaire. En décembre dernier, et selon
l'AFP, des militaires algériens, et plus précisément une équipe d'instructeurs
d'au moins 15 personnes, parmi lesquels figurent des officiers, se trouvaient
dans le nord du Mali pour «apporter assistance» à l'armée malienne dans la
lutte antiterroriste. Procédant à une évaluation de la situation sécuritaire
qui prévaut au nord du Mali, les parties ont condamné le recours à la violence
et déploré les pertes en vies humaines occasionnées, exprimant leur «compassion
et sympathie» aux familles et proches des victimes.
Par ailleurs, et à l'issue de cette rencontre à Alger, Bamako a exprimé
sa «disponibilité» au dialogue en mandatant l'Alliance à entreprendre les
premiers contacts avec le MNLA en vue de préparer une mission de paix élargie
aux représentants des institutions maliennes, de l'Alliance, des notables
targuis, de la société civile sous les auspices d'Alger, remercié pour la
circonstance par les deux parties pour son soutien au règlement de la situation.
Rappelons que sur le terrain des opérations, les rebelles ont attaqué
plusieurs villes comme Ménaka et Aguelhoc,
faisant plusieurs morts et blessés des deux côtés. Les batailles ont également
provoqué l'exode de milliers de personnes - on parle de plus de 4.500 exilés - vers
des campements au Mali, mais aussi au Niger et en Mauritanie.
Cette volonté d'urgence pour sortir de ce conflit s'explique aussi par la
crainte du gouvernement malien de la réaction des familles des militaires
engagés dans le Nord. Ces dernières, sorties dans la rue depuis mardi, dénoncent
le silence sur la situation de leurs proches et la «mollesse du pouvoir» face
aux rebelles. La colère de la rue a pris pour cible des Touareg dont les
propriétés ont été saccagées. Cette chasse au Targui a poussé plusieurs
dizaines de Mauritaniens vivant au Mali à se réfugier, jeudi, dans leur ambassade
à Bamako, craignant pour leur sécurité, et affirmant avoir peur d'être pris
pour des Touareg. Pourtant, la veille, le président malien Amadou Toumani Touré avait exhorté ses concitoyens à éviter
«l'amalgame» entre rebelles et civils touareg, mais cette intervention
présidentielle n'a pas pour autant empêché les représailles contre des familles
targuies à Kati.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com