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Renaissance dela scène artistique se fait en dehors du projet culturel



Renaissance dela scène artistique se fait en dehors du projet culturel
Sihem BounabiLA TRIBUNE : Vous avez évoqué, lors de la première édition de votre ouvrage, les difficultés du contact avec les artistes, est-ce que le contact est plus facile aujourd'hui 'MANSOUR ABROUS : Aujourd'hui, il y a comme une fidélisation du public, car les artistes ont compris que c'était dans leur intérêt, mais il y a évidement mon intérêt d'écrivain. J'ai fait le choix d'aller vers les artistes, car il y a toujours des mécanismes de réticence, car la communauté artistique a été traversée ces dernières années par une désespérance. Je me suis dis que le meilleur moyen est de les contacter quand j'ai la possibilité de les contacter. Et il est vrai que les artistes algériens ont une propension à être disponibles, à faire confiance lorsque vous leur faites confiance.Et j'ai plus tendance à parler d'une co-écriture avec les artistes algériens de ce dictionnaire. Car l'objectif pour moi n'était pas seulement d'écrire le dictionnaire, mais c'est aussi une façon de rendre hommage à ces plasticiens. Et surtout leur dire que malgré le fait que l'on ne mesure pas aujourd'hui ce qu'a été leur apport, je pense que les générations futures se rendront compte que même au moment où l'Algérie a été dans les plus grandes difficultés, même au moment où l'Algérie, en tant que nation, risquait de se perdre, ils ont été là en tant que panseurs de nos blessures et ont formulé les capacitésesthétiques de l'Algérie. Je pense que si demain l'Algérie venait à être endettée, cela ne serait pas au plan esthétique, parce que ces plasticiens ont créé le potentiel émotionnel des générations futures.Vous avez créé une base de données concernant la scène artistique algérienne. Comment faire pour qu'elle soit disponible pour le large public 'L'idéal lorsqu'on publie un travail est de lui donner un prolongement d'existence et une sorte de prolongement d'influence, c'est l'objet de tout travail intellectuel.En Algérie, on a cette difficulté là. On a d'autant plus cette difficulté qu'on demande aux gens qui écrivent et qui produisent d'être, à la fois, producteurs de savoir et de connaissance et en même d'imaginer toute la stratégie marketing qui vient derrière. Chacun son métier. Les institutions algériennes, c'est à elles, c'est leur travail de faire cela. Ces institutions sont missionnées justement pour donner de la profondeur, donner de l'influence et donner du prolongement d'existence à tous les ouvrages qui existent en les mettant d'abord dans les institutions, les bibliothèques, les centres de recherches universitaires. C'est leur travail.Bien évidemment ces choses ne sont pas faites, il ne faut pas se voiler la face, et elles ne seront pas faites. Moi, à mon niveau, ce que je fais c'est que systématiquement lorsque je publie un livre je l'envoie à quelques maisons d'édition et écoles d'arts, les cinq ou six que je connais au niveau du territoire national. Mais, après, je ne peux pas aller au-delà, car bien évidemment cela demande une présence, cela demande une disponibilité exceptionnelle. Je pense que le ministère de la Culture devrait s'engager et, étant un des plus grands producteurs de livres puisqu'il en finance un grand nombre, donner de l'existence à ces ouvrages. La Bibliothèque nationale ne sait pas le faire, parce qu'il n'y a pas une animation de la Bibliothèque nationale. C'est-à-dire que si vous n'allez pas vous à la Bibliothèque nationale, rien ne vient à vous. Je pense qu'il faut créer des espaces de rencontres avec le public et les auteurs où tous ces ouvrages vont être prolongés et vulgarisés. Ensuite, bien évidemment cela ne relève pas de mes compétences, ni de mes attributions.Lors de la conférence que vous avez animé dernièrement à Alger, vous avez souligné que la culture était un des éléments de la profondeur stratégique de la nation, pourriez-vous apporter des précisions à ce sujet 'Lorsque je dis que la culture est notre profondeur stratégique, je le dis à bon escient. En tous les cas dans tous les pays au monde à fort potentiel culturel, on considère la culture comme un élément de cohésion sociale et de cohésion nationale. La culture c'est deux choses : des repères dans le temps et l'histoire et c'est aussi de la cohésion. Et ce dont l'Algérie a le plus besoin aujourd'hui, surtout après la décennie noire, c'est d'avoir des repères pour sa jeune génération et de la cohésion. Nous ne fabriquerons plus de cohésion, parce que nous n'avons plus d'institutions qui fabriquent de la cohésion et donc la culture c'est un des éléments de cette cohésion. C'est en ce sens que je plaide pour que l'art et la culture soient un des éléments de la profondeur stratégique, parce que ce sont des ressources à la fois esthétique, éthique et de création qui mettent à distance l'ennemi au sens militaire du terme. Et donc, pour moi, la culture et l'art participent justement à la sécurité de notre pays.Quels sont, selon vous, les points positifs qui permettent d'avoir bon espoir pour le devenir de la scène artistique algérienne 'Tout d'abord, il faut reconnaître la grande avancée que représentent la signature du décret relatif à la couverture sociale des artistes et la création du Fonds national des arts et des lettres. Cela me semble deux choses importantes. Ensuite, il y a des aventuriers de la liberté en Algérie, des man?uvriers du bonheur et ce sont les artistes, beaucoup de choses se créent en Algérie. Je veux rendre hommage aux écoles d'art et particulièrement à une grande majorité du corps enseignant qui est dans la militance et dans la foi pour dispenser les cours. Je pense qu'ils sont présents auprès des étudiants, il faut leur rendre hommage, malgré les vicissitudes de la vie, la vastitude de l'aspect statutaire de leur profession et parfois l'étroitesse des salaires qu'ils peuvent percevoir. Je trouve qu'il y a une militance importante, et sur le plan pédagogique on avance beaucoup. Je pense aussi que les nouveaux postes budgétaires qui ont été créés dans les écoles d'art qui ont récupéré les enseignants diplômés en post-graduation, est une grande avancée. Parce que, à la fois, c'est une aisance qui permet au corps pédagogique de respirer, et c'est un rajeunissement, et, en même temps, cela apporte une nouvelle touche du point de vue pédagogique.Il y a aussi toutes les actions du réseau citoyen, à l'instar du «Réseau 50» qui est une grande avancée. Une mobilisation des artistes et des ateliers d'artistes dans une logique de proximité avec les habitants pour qu'ils découvrent l'art et la culture me semble importante. Ce qui me semble également important sur le plan culturel, c'est la mobilisation des artistes, à l'instar de celle pour la récupération des abattoirs d'Alger, ou pour demander à ce que des friches industrielles ou des lieux abandonnés soient récupérés au profit des artistes. Ces genres d'actions sont des avancées importantes. Il y a aussi d'autres avancées importantes, à l'instar des entrepreneurs culturels à travers par exemple de la création de la «Box 24», la création de la résidence «Aria» qui vient s'installer à Alger. C'est également cette nouvelle génération de plasticiens qui font autant de création que d'actes de citoyenneté. D'ailleurs il serait intéressant d'aller voir l'exposition «Picturies 2» qui se fera au mois de février prochain. Et l'exposition des plasticiens qui exposent en ce moment au Bastion 23. Il y a ainsi de nombreux signes de la renaissance de la scène artistique nationale. Il faut le dire pour être honnête que cela se fait en dehors du projet culturel officiel. Mais il faut qu'il y ait des ponts derencontres, que la scène artistique devienne une scène apaisée solidaire et fraternelle. Je pense qu'aujourd'hui l'Algérie a les moyens de sa politique sur le plan culturel financièrement. Et je pense qu'à un moment donné il faut que le projet culturel national, ou le projet des cultures sur le territoire national, soit conçu avec la population des artistes, c'est le meilleur moyen d'avoir un projet culturel qui réponde aux attentes de la communauté artistique et qui soit en situation d'efficacité et d'efficience en direction des habitants.S. B.


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