
L'avis d'un expert a valeur de référence et il est toujours bon à prendre. C'est ce qu'on a fait récemment avec Mme Elisabeth Cornu, qui est directrice de la conservation au Fine arts museums of San Francisco (Etats-Unis) et experte en conservation d'arts, qu'elle enseigne à l'université de cette ville américaine. Après un passage aux musées Ahmed-Zabana d'Oran et du Bardo d'Alger avant, Mme Cornu a conclu que l'Algérie dispose de structures «muséales parfaites». Aussi, ne manquera-t-elle pas de saluer l'action de l'Etat algérien pour la mise à niveau et la prise en charge de ses musées. L'experte indiquera que ce genre de soutien est rare aux Etats-Unis où l'Etat n'accorde pas beaucoup de financement aux institutions muséales qui sont financées par les villes, les riches entrepreneurs, opérateurs économiques, mécènes et fondations.Le constat de l'experte américaine est assurément objectif et juste. Les musées algériens ont en effet bénéficié d'une attention particulière ces dernières années. Ils ont eu droit, pour certains du moins, à des enveloppes budgétaires qui leur ont permis d'engager des travaux de restaurations, de réaménagements et de modernisation de leurs équipements et parcours muséaux. Leurs personnels ont également jouis de ces largesses à travers des cycles de formations, mises à niveau et perfectionnements.Si on se limite à ces actions, on ne peut que s'accorder avec Mme Cornu. Mais, à considérer les missions sociologique et culturelle d'une institution muséale, on ne peut se féliciter d'avoir des musées superbement aménagés quand il n'y a personne pour les visiter. C'était le cas quand le billet d'entrée coûtait presque rien (20 dinars), et, a fortiori, c'est toujours le cas aujourd'hui qu'il est à 200 DA. D'ailleurs, l'idée de proposer la gratuité de l'accès aux musées était un certain temps dans l'air au ministère de la Culture avant que, contre toute attente et logique, on décide de multiplier par 10 le prix de cet invendable ticket. Depuis, les quelques visiteurs qui s'y aventuraient de temps en temps, y regardent par deux fois avant de consentir à la dépense, à telle enseigne que certains directeurs préfèrent fermer l'?il et ne pas appliquer les nouveaux tarifs pour ne pas voir le visiteur rebrousser chemin à l'annonce du prix. Résultat : les musées algériens sont beaux mais vides et méconnus. Souvenons-nous qu'il a fallu l'intervention de l'Association des musées méconnus de la Méditerranée (AMMed) -le nom est en soi indicateur- pour que leprestigieux musée des Beaux-arts d'Alger, qui possède des toiles de maîtres et des collections exceptionnelles, se fasse connaître à travers la conception d'undocumentaire, la création d'un site Internet avec visite virtuelle et la publication d'un livre d'art de présentation. Combien de musées algériens ont un site Internet 'Le drame est de constater que la défection du public ne concerne pas uniquement les musées, mais toutes les institutions culturelles. Les théâtres ne vivent que durant les générales des pièces et les festivals, avec de plus un public majoritairement constitué par la famille du 4e art. Les bibliothèques n'ont pour seuls clients que les élèves et les étudiants en quête d'un ouvrage ou d'un endroit tranquille pour réviser. Les librairies rament pour survivre. Les rares galeries d'arts ne s'emplissent que lors des vernissages, et encore, les visiteurs sont souvent les amis de l'artiste et quelques journalistes. Les cinémas n'ont jamais mieux mérité leur qualifiant de «salles sombres» que ces dernières années. Les seules scènes culturelles qui cartonnent sont celles dansantes et festives. La culture est perçue sous son seul angle de manifestation divertissante, exit les dimensions pédagogique, éducative, sociale, identitaire... qui, elles, ne peuvent être perçues que lorsqu'on fera sortir la culture de ses palais pour la jeter à la rue, lorsqu'on réussira la socialisation de la culture.H. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Gherab
Source : www.latribune-online.com