
Le théâtre algérien renaît doucement de ses cendres. Après une longue période de vaches maigres, le quatrième art revient au devant de la scène. Professionnels et amateurs bénéficiant de subventions conséquentes, montent régulièrement de nouvelles pièces et revisitent d'anciennes ?uvres à succès. Depuis 2003, avec la manifestation «Djazaïr, une année de l'Algérie en France», le TNA, les théâtres régionaux et les compagnies indépendantes renouent progressivement avec un public longtemps sevré. Les amateurs, au niveau local, font aussi des efforts remarquables, notamment en ce qui concerne le théâtre pour enfants.Les observateurs saluent cette dynamique prometteuse en matière d'animation etde production.Mais, jusque-là indulgents en matière de qualité, ils estiment que cette«renaissance» doit impérativement se perfectionner davantage sur les deux plans thématique et esthétique. Universitaires et journalistes relèvent, à chaque «générale» donnée, une fâcheuse tendance pour la facilité.Certains, en évoquant les années fastes, parlent franchement de régression au niveau artistique. On regrette généralement le manque de nouvelles créations, l'absence de recherche dans l'adaptation d'?uvres étrangères et une ennuyeuse inclinaison pour le «show». C'est comme si le souci majeur des comédiens et du metteur en scène se limite à amuser et à faire rire le public. On a l'impression que les concernés mesurent le succès de leur pièce à l'applaudimètre de la galerie. Des puristes dénoncent le recours systématique aux raccourcis et aux clichés et, du coup, justifient l'absence du public par cette baisse de niveau.En effet, la fréquentation reste, de l'avis de tous, en deçà des attentes. Les citoyens se rendent de moins en moins au théâtre. Les férus d'antan n'ont plus le c?ur à ça. La jeunesse d'aujourd'hui n'y trouve visiblement pas d'échos à ses propres soucis. Comme un théâtre sans public ne saurait aller loin, il y a un grand effort à faire en matière de recherche pour combler cette lacune. Les critiques, de plus en plus rares malheureusement, ont un rôle primordial à jouer dans ce sens. Dans une ville comme Béjaïa, qui accueille annuellement un festival international de théâtre professionnel, les projets et les initiatives ne manquent pas, mais le public ne se bouscule pas au portillon.En plus des lacunes d'organisation, de communication et de promotion, on note dans les discours des uns et des autres, une certaine exigence insatisfaite qui s'exprime souvent sur un ton nostalgique. Il est bon de remettre au goût du jour les chefs-d'?uvre du passé, mais il faut, surtout, inscrire la création dans le temps présent, être à l'écoute attentive des pulsions de la société. On doit le souligner indéfiniment : le théâtre est l'art de l'immédiateté. La corruption, la bureaucratie, la quête de justice, l'émigration clandestine, les technologies nouvelles et leur impact, psychologique et sociologique, sont autant de thèmes de l'heure qu'on ne saurait esquiver. Les dramaturges doivent agir sur ce qui fait mal dans l'intimité de chacun. C'est seulement ainsi qu'on intéressera les gens au 4e art. Mais cela exige, évidemment, beaucoup de recherche et de finesse dans l'écriture, la mise en scène et l'interprétation. D'où la nécessité de la formation à tous les niveaux. Dans ce domaine, il y a indéniablement un grand déficit à combler. Si les amateurs du théâtre regrettent aujourd'hui les années 1960, 1970 et 1980, malgré les limites fixées alors à la liberté d'expression, c'est uniquement parce que de grands dramaturges comme Bachtarzi, Ksentini, Touri, Kaki, Kateb, Mammeri, Alloula, Bouguermouh, Benaïssa, Mekhoukh, Mohya, Medjoubi et d'autres encore, ont parfaitement décrit leurs époques respectives pour se loger dans le c?ur de leurs contemporains. Il n'y a pas d'autres recettes pour s'offrir la sympathie du public. On doit, en permanence, chercher, étudier, creuser et se former. Il s'agit d'une ?uvre collective où les dramaturges, les critiques, les artistes et les universitaires doivent concourir à la régénération effective du théâtre algérien. Renaissance qui ne se vérifie qu'à travers l'engouement du public.K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com