Zerhouni donne le ton à la future démarche présidentielle
De retour d’un très long congé, le président Bouteflika devrait trancher, sur le vif, sur un épineux problème politique s’il en est, à savoir la prolongation ou pas du délai laissé au terroriste encore en activité pour déposer les armes...
Très en retrait des affaires publiques depuis quelques jours, comme l’a souligné dimanche dernier le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, le président Bouteflika, qui a fait hier, à l’occasion de la réunion des gouverneurs arabes, sa première apparition publique depuis le mois de juillet dernier, où il avait assisté aux côtés du P-DG de la société émiratie Emmar, spécialisée dans la construction des grands ensembles urbains, aux explications fournies par ces mêmes responsables pour le grand projet d’Alger, d’un coût de 20 milliards de dollars, est aujourd’hui attendu par toute la classe politique pour se déterminer vis-à-vis de la durée de la charte pour la paix et la réconciliation, arrivée à son terme le 31 août dernier. En effet, plusieurs voix et non des moindres se sont élevées ces derniers temps pour appeler à la prolongation de la durée de la charte et permettre ainsi aux «irréductibles du GSPC» de pouvoir bénéficier encore des mesures de clémence contenues dans cette Charte.
Trois tendances se sont dégagées lors du débat sur ce sujet, engagé par presse interposée, débat ayant animé la vie politique durant cette période estivale. Il y a d’abord ceux qui veulent un prolongement naturel à la durée et on retrouve parmi eux le FLN, le MSP, timidement le RND de Ahmed Ouyahia qui a fini par céder aux assauts de ses alliés, et le PT de Louisa Hanoun. Cette première catégorie exige un réajustement par écrit de la charte.
Ensuite, il y a ceux qui ne veulent absolument pas qu’on modifie, même par écrit, la durée de la loi. Cette catégorie se recrute bien évidemment dans le camp démocrate et, enfin, la dernière catégorie qui ne voit aucun inconvénient à ce qu’on permette à un terroriste de se rendre et de bénéficier des mêmes dispositions malgré la fin du délai imparti.
Cette dernière tendance est emmenée par le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, un membre influent de l’équipe gouvernementale qui ne s’aventure jamais dans des considérations politiciennes. Aussi peut-on se demander légitiment s’il n’a pas reçu officiellement l’aval du président de la République pour émettre un avis sur cette question qui taraude la classe politique.
En tout état de cause, la sortie du ministre de l’Intérieur donne déjà le ton à la démarche présidentielle et il n’est pas exclu qu’on se dirige vers un compromis qui consiste à laisser la porte ouverte aux éventuels repentis sans pour autant toucher au contenu du texte.
Le FLN, le parti au pouvoir, par exemple, s’appuie sur une disposition de la charte qui donne au président Bouteflika toute latitude d’accorder un délai, estime que seul le chef d’Etat possède les prérogatives (constitutionnelles) pour prendre toutes les mesures nécessaires pour la réalisation et la mise en œuvre de la charte au délai indiqué ou à sa prolongation.
En clair, le FLN de Belkhadem qui multiplie les signaux forts à l’adresse des décideurs, attend l’arbitrage du président Bouteflika pour se prononcer officiellement sur la question.
Quant au président Bouteflika, qui devra trancher sur la question de la prolongation du délai ou s’en tenir scrupuleusement à la date-butoir du 31 août, maintenant qu’il a pris tout son temps pour méditer sur la problématique née de cette polémique, il attendra sûrement le bon moment pour annoncer son choix. Le prochain conseil des ministres qui aura lieu, indique-t-on, dimanche prochain sera certainement l’occasion pour trancher définitivement sur cette cruciale question.
Au moment où une vague de violences inouïe secoue le pays ces deux derniers mois et qu’un impressionnant dispositif militaire s’est déployé dans les massifs montagneux, une recrudescence d’attentats à la bombe est constatée en Kabylie et dans la région de Boumerdes. Ces derniers jours, les groupes armés du GSPC redoublent d’activité en commettant presque quotidiennement des attentats meurtriers notamment contre des militaires, des policiers et des gendarmes. Selon un décompte non officiel effectué à partir des informations publiées par la presse nationale, près de 300 islamistes armés à travers le territoire algérien ont déposé les armes depuis le 29 septembre 2005, date du référendum sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale. La vaste opération militaire qui s’étend sur plusieurs wilayas limitrophes d’Alger n’attend que le feu vert des plus hautes autorités pour neutraliser les dernières poches terroristes. Les forces de sécurité, elles, continuent de bombarder les monts des régions de Bouira, Boumerdes, Béjaia, Tizi-Ouzou et Tipaza jusqu’aux confins de Aïn Defla et ont resserré l’étau sur les groupes armés encore en activité dans ces régions. A l’heure actuelle, il y a eu environ 2.500 islamistes libérés depuis le début de la mise en œuvre de la charte. Le ministère de la Justice avait avancé le chiffre de 2.200 prisonniers concernés par cette mesure de grâce. Quant aux repentis, le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, a annoncé avant-hier que 300 terroristes se sont rendus ou ont été tués durant ces derniers mois.
Hocine Adryen
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com