Alger - Revue de Presse

Oranitudes



L’esprit de Kateb Yacine revisitéC’était au Théâtre Régional de Sidi Bel-Abbès (TRSBA), mercredi dernier, à l’occasion d’un hommage à Abbès Faraoun, un grand homme de théâtre originaire de la ville, qui a vécu et a disparu dans l’exil, en France. Parmi les participants à cette première commémoration, consacrée à cet homme, malheureusement quasiment inconnu dans sa ville natale, une jeune troupe est venue donner un spectacle. Une jeune troupe comme il y en a un peu partout dans le pays. Comme tant d’autres mais un peu spéciale. Elle s’appelle Le théâtre du Temps et la pièce présentée se nomme La Rage, une inadaptation de Réservoir Dog, un film du cinéaste américain Quentin Tarentino. A l’origine donc, c’est un film policier mais, pour ceux qui ont eu l’occasion de le voir, il fait partie de ce cinéma très particulier qu’a mis en œuvre Tarentino. Une violence poussée à l’extrême, du sang partout, des scènes en apparence insupportables mais dont se rend vite compte que tout cela est poussé jusqu’au ridicule et vers la parodie. Il n’y a pas de héros positif et ce ne sont pas, en tous les cas, les policiers. Bref, c’est vraiment un univers très spécial. Et l’on pouvait se demander, finalement, comment une troupe de théâtre, jeune de surcroît, allait bien rendre compte de cela. Au résultat, c’est un joli spectacle, même avec les imperfections inhérentes à l’âge de la troupe et aux difficultés que celle-ci rencontre pour créer. Il y manque, au niveau de la mise en scène, ces effets de distanciation que le cinéaste américain a mis en œuvre dans sa réalisation, par rapport à certaines déviations perverses dans la mise en spectacle de la violence. La pièce manque aussi de rythme mais c’est, en partie, à cause du peu d’occasion de répéter et de la donner devant un public. La musique ne peut plus être enrichie et, justement, être utilisée pour aller vers la dérision de la violence, avec des effets de paradoxes dédramatisants. Il y a moult petites choses et un travail de fond à continuer, qui mèneront la troupe à de plus grandes performances. Quelle est cette troupe? Sa singularité est d’être essentiellement composée d’enfants des anciens comédiens de l’Action Culturelle des Travailleurs (ACT), la fameuse et presque mythique compagnie que dirigeait Kateb Yacine. D’ailleurs, elle pourrait peut-être bien, un jour, s’appeler ACT II, à la limite. Les jeunes sont Hamid, Djamel, Yacine, Amine, Abdelkader, Nouri. Deux anciens comédiens de Yacine les encadrent et suivent de près l’évolution de cette aventure nouvelle: Mahfoud Lakroune et Lamir Bensaïd. La troupe a déjà, à son actif, cinq spectacles dont des fragments de pièces de Kateb Yacine, comme «Mohamed, prends ta valise», la première création de l’ACT, au retour de Kateb Yacine, en 1970, et qui avait eu un succès immense, en France, à l’occasion d’une mémorable tournée de six mois, en France. Seulement voilà, après s’être mise à travailler au sein du Théâtre, la nouvelle troupe en fut vite chassée et s’était retrouvée à la rue. Alors que paradoxalement, le Théâtre était dirigé par un ancien comédien de Kateb Yacine à qui il devait sa carrière artistique. Elle était donc réduite à trouver des lieux palliatifs pour répéter, tel le jardin public. Elle a aussi occupé un café maure, la nuit, après la fermeture. Pour monter La Rage et en donner la Générale, elle a dû louer un cinéma durant un mois. Dans ces conditions, elle est guettée par le découragement et, ainsi, une expérience singulière, marquée par un ancrage dans l’histoire, pourrait disparaître, au grand dommage pour la création et le renouvellement du théâtre en Algérie. Il n’y a vraiment plus d’esprit d’encouragement des expériences théâtrales et c’est une manière qui peut être désastreuse pour l’avenir de cet art, dans le pays. Car, n’oublions pas que, durant les années 60-70, les Théâtres algériens avaient puisé dans le vivier des jeunes troupes pour constituer les équipes de comédiens dont plusieurs s’étaient avérés talentueux. Brahim Hadj Slimane
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