Alger - Revue de Presse

Oranitudes



Quel bilan faire de l’Année de la culture arabe? L’événement «Alger 2007, Capitale de la culture arabe», qui tirait vers sa fin, a bénéficié d’une rallonge de trois mois et va donc continuer jusqu’au mois de mars 2008. Tant mieux pour les artistes qui n’ont pas encore eu l’occasion de s’exprimer ainsi que le public. On se souvient des rebondissements qui ont retardé la préparation de cet événement et l’ont carrément fait accoucher au forceps. Puis, les manifestations se sont succédées dans une semi improvisation, comme une machine endiablée avec des ratés, avant que celle-ci ne se stabilise. Que retient-on finalement, en cette fin d’année? Un nombre indéfini d’activités, une profusion de production de livres, de films, de pièces de théâtre, des expositions en arts plastiques, des semaines de wilaya. Mais, le tout dans quel sens, avec quelle politique, quels choix? On n’en sait pas grand-chose. Qui a fait les choix de ces productions, sur la base de quelles propositions d’artistes ou établissements culturels? Sur quelle base ont été attribués les budgets des productions? Quelle est l’opportunité et la qualité de celles-ci, en égard à la dimension emblématique de l’événement? Le bilan reste à faire. Mis à part quelques vagues (assez floues elles-mêmes), la presse, de son côté, n’a livré au lectorat que des comptes-rendus, des activités et spectacles. Quelques rares articles de recul, passés inaperçus. Et surtout, quelle philosophie, quelle réflexion globale pourrait-on poser sur l’ensemble de l’événement et, plus profondément, sur le concept de culture arabe dans son ensemble? La semaine passée, enfin, s’est présentée une opportunité pour tenter de répondre à cette dernière question. En l’occurrence, un colloque international s’est tenu (du 2 au 4 décembre) à la Bibliothèque Nationale d’Alger, autour du thème «Arts arabes contemporains, spécificités et universalité». Une douzaine de participants y ont pris part, venus d’Algérie, de France, de Tunisie, d’Egypte, de Syrie, du Liban et des Emirats. Malheureusement, il n’y a été question que des arts plastiques, domaine hautement plaisant et intéressant. Mais encore, les communications, assez éclectiques, et les débats, sont rarement allés vers les profondeurs de la problématique et les enjeux contenus dans celle-ci. On aurait aussi souhaité la présence d’artistes (ou penseurs) d’Irak et de Palestine, pays arabes dans la souffrance et l’œil du cyclone; générateurs d’artistes de talent, également. Ne blâmons pas les participants, constatons seulement que l’état de la réflexion globale sur le sujet, sur la culture arabe -en général et aujourd’hui- reste faible et parcellaire. Si l’on excepte les essais de grands penseurs comme le regretté Edouard Saïd ou le Marocain Abdelkebir Khatibi (dont on aurait souhaité la présence à ce colloque). L’état des lieux reste à faire en la matière. Ce qui précède concerne l’événement dans son ensemble. Qu’en est-il pour ce qui de ses dimensions locales, à savoir Oran et l’Oranie? Difficile de dire qu’il a été marquant pour le public, les esprits. On peut retenir le Festival du film arabe qui a eu lieu, en août passé, dans la capitale de l’ouest. Or, on sait qu’il est passé quasiment à côté d’une (nombreuse) population estivale, devant un faible public. A qui la faute? Pas au public, pas exclusivement aux organisateurs, même si ces derniers en portent une désinvolte responsabilité. C’est surtout le piètre résultat d’un processus de déculturation auquel ont contribué les gestionnaires de la culture, à tous les échelons. On a assez épilogué là-dessus, sans impact salutaire d’ailleurs. Mis à part ce festival, on peut comptabiliser des spectacles, eux aussi passés dans l’intimité d’une minorité de curieux volontaires de la création: quelques films et pièces de théâtre produits dans le cadre de cette année de la culture arabe. En attendant, le prochain rendez-vous, peut-être... Brahim Hadj Slimane
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)