Alger - Revue de Presse

Oranitudes



La leçon est dans l’audace Tout n’est pas perdu et l’espoir, mince comme un filet d’eau dans un oued à sec, reste permis pour la création artistique. Sauf que rien n’est jamais acquis. A Béni Saf, comme pour le reste du littoral algérien, en période estivale, on peut difficilement imaginer d’autre activité que celle des ébats dans l’eau et du farniente. Pourtant, le mois d’août dernier, dans cette ville parmi les plus typiques que nous ait léguées le colonialisme français, une pièce de théâtre s’est mise en chantier et pas n’importe laquelle s’il vous plaît: ‘La colonne de feu’, de l’Américain Ray Bradbury. Cette drôle d’aventure que celle de cette troupe qui a planté sa tente à Béni Saf pour monter ce spectacle, s’inscrit dans le cadre de l’événement «Â Alger, capitale de la culture arabe ». A l’origine, c’était un vieux projet de Azeddine Abbar, metteur en scène et employé au Théâtre de Sidi Bel-Abbès. En intimité, il m’avait fait la lecture du texte original de Ray Bradbury. Il était féru de cet auteur incomparable dont il avait déjà adapté et monté deux pièces: ‘Destination cratère Chicago’ et ‘Quatre en un’. Pour celle-ci, il avait confié la traduction et l’adaptation à son ami Abdallah Hamel, poète connu et estimé par ses pairs, vivant à Tindouf qui équivaut, dans l’imaginaire de la plupart de nos compatriotes du Nord, à un bout du monde. Vraiment, il faut le faire. Finalement, pris par une autre commande théâtrale, Azeddine Abbar confia la création de ce spectacle à ce noyau de Tindouf, autour duquel s’est constituée une troupe dont les membres sont venus des quatre coins du pays. Qu’on en juge: un metteur en scène (Mohamed Belkissaria) de Sougueur, un scénographe de Bejaia, des comédiens, amateurs, de Béni Saf, Tindouf, Mostaganem et Alger. Des gens qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant et n’avaient pas eu l’occasion de créer quoi que ce soit. Et pour un coup d’essai, c’est à cette pièce monumentale qu’elle s’est attaquée. Une pièce qui fait partie de cette longue interrogation de Ray Bradbury, sur la déshumanisation et la glaciation du monde, pilotée par l’Oncle Sam. C’est ainsi que, tout le mois d’août, cette jeune troupe a squatté les planches de la Maison de jeunes de Béni Saf qui surplombe la mer, face à l’île de Rachgoun. Dans une ambiance communautaire, elle a pris le taureau par les cornes et rattrapé le temps perdu pour être au rendez-vous. La générale de la pièce doit être donnée fin septembre à Alger. Bien sûr, dans les conditions où s’est déroulée cette expérience, il ne faut pas s’attendre à une superproduction. La leçon n’est pas là. Elle est dans l’audace de cette troupe et l’aventure elle-même, en dehors des sentiers battus, sans support institutionnel, mis à part le financement initial du projet. C’est en cela que l’on peut espérer voir d’autres initiatives éclore, en marge des lieux guindés et leur ronronnement bureaucratique. Brahim Hadj Slimane
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