Alger - Revue de Presse

Nacer Djabi, sociologue et chercheur au CREAD



«Des associations fantoches se partagent la rente et l’argent public» Le sociologue et chercheur au Centre de recherche en économie appliquée et développement (CREAD), M. Nacer Djabi, estime que la pression sociale en Algérie est grande du fait de la gestion peu transparente du système politique. Lequel pilote des centaines d’associations en crise de légitimité et dites de société civile.Intervenant au deuxième et dernier jour du séminaire sur le parlement, société civile et démocratie, le professeur Nacer Djabi ira plus loin dans sa communication en disant que la majeure partie des associations sont devenues SDF par la force des choses. Des associations qui, le plus souvent, se retrouvent sans siège ni adresse et, plus grave, sans programme pour l’année. Cette fragilité de l’espace associatif, selon lui, a entraîné une grande proportion d’entre elles dans le giron des pouvoirs publics qui les exploitent à leur guise dans leur mobilisation à l’approche de chaque rendez-vous électoral. Moyennant un financement dont elles tirent, pour la plupart, leur subsistance. Brossant un tableau peu reluisant de la situation actuelle de la société civile, Djabi pose la problématique de savoir si les associations tirent leur légitimité des activités qu’elles mènent ou bien de leurs relations avec le pouvoir en place? La réponse du sociologue est très claire. «80% des associations disparaissent avant leur première année d’existence. Les seules qui activent dans leur majorité sont des associations fantoches qui se partagent ainsi la rente et l’argent public de connivence avec l’Etat. La métamorphose de l’espace associatif, d’essence libre et alternative, est apparente dans la structure même des associations qui redeviennent de simples associations familiales ou professionnelles. D’autres réfractaires à la logique de la rente, réclament tout haut leur indépendance. Conduites notamment par des syndicats autonomes, elles se transforment en associations revendicatives plutôt que forces de proposition. Ce changement de cap du mouvement associatif, explique-t-il, se traduit sur le terrain par des bras de fer avec les pouvoirs publics. Les plus radicaux d’entre eux incitent à des soulèvements populaires et à des émeutes constatées dans plusieurs wilayas du pays. Et ceci, en l’absence de canaux de dialogue et de concertation. Par ailleurs, M. Nacer Djabi est revenu sur le concept de la société civile qui, selon lui, a été ambigu au début jusqu’à l’avènement du multipartisme. Depuis, ce produit ‘made in’ n’a pas eu son ancrage réel en Algérie, car considéré de tout temps comme étant un produit clés en main. Toujours selon l’orateur, constituées dans son ensemble par les catégories moyennes (fonctionnaires, intellectuels, syndicalistes), les associations de la société civile ont perdu de leur fraîcheur et régressent dans leurs pratiques pour devenir de simples caisses de résonance. Sur le plan international, les événements du 11 septembre et les chamboulements constatés dans le droit international ont fait des ONG une force de frappe dans les relations internationales, estime pour sa part le conseiller du président Rezzag Bara. Plus optimiste, il considère qu’il faut toute une génération pour construire une société civile. Au niveau international, il en évalue à moins de 10% les 1.000 associations nationales qui activent à l’extérieur. Il a appelé, dans ce sens, les pouvoirs publics à mettre en réseau les associations de société civile les plus actives afin qu’elles jouent le rôle qui leur sied dans le cadre du lobbying, du «think tank» ou de la diplomatie parallèle, avec en priorité la mobilisation de la diaspora algérienne. Abed Tilioua
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