La France libère progressivement sa conscience
La charge sonnée par l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, contre le système colonial, dans son discours à l’université de Guelma, semble traduire une tendance lourde de l’establishment de l’Hexagone qui voudrait en finir avec ce fardeau de la mémoire très lourd à supporter. Enterrer définitivement la hache de guerre avec l’Algérie? Lentement, mais sûrement. Par doses homéopathiques et des gestes symboliques, la France est en train de regarder, décomplexée, ses crimes coloniaux fait de massacres, de destructions et de spoliations de liberté. Il faut croire que l’infamante loi du 23 février n’est plus qu’un funeste souvenir, dès lors que le diplomate français parle expressément de «massacres» et de «folie meurtrière» pour annoncer que le temps «des dénégations est terminé!». L’évolution qualitative du discours de l’Hexagone sur ce que fut «la longue nuit coloniale» témoigne d’un changement de cap amorcé par le nouveau locataire du Palais de l’Elysée, jusque-là intraitable sur la question. Le blocage de la coopération entre les deux pays et les enjeux liés à la future Union pour la Méditerranée, inconcevable sans l’Algérie, semblent avoir bousculer les certitudes françaises quant à la nécessité de revoir la stratégie à l’égard d’un pays avec lequel la France a tout à gagner en faisant la paix. Mais tout à perdre en persistant dans le reniement.
Et il semble bien que le choix est déjà fait par Paris dont la gerbe de fleurs, déposée par son ambassadeur au carré des martyrs à Guelma, pourrait être assimilée à une amende honorable et une libération d’une conscience volontairement oublieuse.
Bernard Bajolet a, sans doute, posé, dimanche dernier, les jalons d’une relation plus apaisée entre Alger et Paris. Le fait est que même la Fondation du 8 Mai 1945, connue pour être irréductible sur la question, a décelé, via le propos de M. Bernard Bajolet, un «pas supplémentaire qui vient d’être franchi par l’Etat français dans la reconnaissance des crimes commis en son nom durant la période coloniale». Elle souligne également que ces propos «dénotent, à plus d’un titre, d’une tentative d’assainir, par l’apaisement des esprits, les relations bilatérales qui lient les deux pays et qui tendent avantageusement à les améliorer».
Et dans cette nouvelle page qui s’ouvre, la chaîne publique «France 2» apporte, elle aussi, sa contribution avec la diffusion, le 8 mai prochain, d’un documentaire consacré aux massacres perpétrés dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata, par les forces d’occupation coloniales.
Intitulé «L’autre 8 mai 1945", ce documentaire signé par Yasmina Adi, se présente comme une enquête sur ce crime contre l’humanité, faisant appel à des témoignages d’acteurs de premier plan et à des documents inédits tels que les rapports secrets des services de renseignements britanniques et américains. Le documentaire, d’une durée de 53 minutes, qui sera diffusé le 8 mai prochain en troisième partie de soirée, adopte un nouvel «angle d’attaque» pour permettre au téléspectateur de découvrir l’ampleur et la sauvagerie de la répression coloniale et de comprendre que ce douloureux événement, loin d’être de «simples émeutes de la faim», comme l’avait présenté la presse coloniale de l’époque, était une véritable action d’extermination d’un peuple qui a manifesté, un jour de liesse, pour revendiquer son droit à la liberté et à l’indépendance.
La réalisatrice fera vivre, jour après jour, ce massacre programmé, en s’appuyant sur les témoignages de Chawki Mostefaï, Layachi Kherbach, Saïd Allik, Yales Abdellah, Mohamed Fnides, Messaoud Merghem et bien d’autres, ces septuagénaires, âgés alors de vingt ans et dont la majorité ont été emprisonnés jusqu’à l’indépendance du pays.
«L’autre 8 mai 1945" est un documentaire qui porte, grâce à des documents inédits, un «nouveau regard sur ces massacres, annonciateurs du commencement de la fin de l’ordre colonial». Et sa diffusion par une chaîne publique française dénote également de ce nouveau regard que porte désormais la France officielle sur une partie sombre de son histoire. En Algérie, on semble, bien sûr, apprécier ces petits gestes annonciateurs de courageuses décisions.
Amine Makri
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com