Abderrahmane Lounès convoqué à la cour des contes et jugé par le procureur littéraire. Nous avons l?avantage, nous autres Algériens, de parler l?arabe algérien de chez nous et le français de chez nous. Il ne peut donc en sortir qu?un humour de chez nous. C?est ce que fait Lounès qui en plus du talent nous étalonne des textes inédits et accomplis. On découvre que derrière l?homme pontifiant des tournures se cache le « rigolo » que l?on rencontre guilleret, rue du Pape Azzoun ou au square du Pauvre Saïd. Il vous déballe alors la dernière en staccato, le visage bouffi, les yeux en gyrophare, la langue prête à prendre la fuite. Et tant qu?on n?a pas une académie, on peut ne pas la retenir, cette langue. Oh pleurs ! Oh râles ! Voici enfin encagé par les cris et sur papier le zaâf de nous ôtres signifié par le nif, la hchouma, la horma, la redjla et le tchaqlala. Brave gens, notre humour yegzizti, notre langue tegzizti et nous nous existons fort ou bel bien ! A notre manière. Comme on ne nous demande pas de faire ni dans le nucléaire ni dans le quanta, autant parler la langue basique de notre jeunesse désemparée. A quoi bon chiader le langage quand le Grand Projet est de fuir en désertant la protection maternelle et en évitant de tomber entre les mains de la Protection civile. Pour les têtes de misère que nous sommes - et nous sommes nombreux à ne plus goûter ni au rire ni à la viande ?ce livre nous procure un peu d?espoir et beaucoup de poires à peler aussi bien aigres ? douces que mi-figue mi-raisin. Certaines histoires sont tirées par les cheveux, d?autres les hérissent, aucune n?est salée, rien ne blesse et toutes sont comme un analdjezzyque de notre Greenpeace en l?air qui arrose en faffes tous les canards du bled de sa manne otarienne. C?est une leçon de philosophie sans jactance romanesque que rappèlent les moralistes et aussi les humoristes chers à Paul Guimard (voir Google et Gog et Magog) dans le hache tes pépées des misères sextuelles du draguilleros à qui la Birmandressienne a laissé traces et crasses. Il se venge Lounès par des éclats de rire plus efficaces que les éclats d?obus, le rire de la résistance, le rire à corps et Akli. Lounès mérite d?être traduit en arabe et en correctionnelle pour faute grave contre l?armature anagrammatique, phonétique et syntaxique. « Diable, pour qui se prend-il ? », doit susurrer Assia Djebar sous la coupole. Oui, Lounès, on ne jette pas des perles impunément. Aussi : Attendu que les occasions de gaieté ne sont pas nombreuses au pays, attendu que rire d?une perle n?est pas injurieux, attendu que l?accusé n?a fait que retransmettre ce qu?il a entendu dans la rue, attendu que malgré les conseils du docteur Safar, Lounès ne cesse d?ouvrir sa bouche, bien qu?on lui ait souvent dit de se la fermer, qu?il ne devrait pas ignorer que la bouche est l?organe le plus dangereux de l?être humain et que souvent elle crée la zizanie entre les familles, attendu que l?auteur n?a pas porté atteinte aux constantes, ni dévoilé les gênantes, attendu enfin que le titre de son livre, Tout va bien?, est de la pure imagination, le tribunal lui accorde les circonstances exténuantes et condamne l?accusé à commettre un autre livre sous huitaine. La science est levée ! Tout va bien?. Abderrahamane Lounès. Ed. Mille Feuilles. Alger, 2008.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abderrahmane Zakad.
Source : www.elwatan.com