Alger - Revue de Presse

Rendez-leur?



Dans le dictionnaire Robert, on trouve six mots dérivés de « particulier », un choix assez vaste pour dire tout ce qui se distingue du général. Pourtant, il en est un qui mériterait d?être créé : la particulariphilie. Avec sa forme amusante qui pourrait évoquer une maladie botanique ou un processus chimique, ce néologisme permettrait de désigner l?amour des particularités que nous cultivons en Algérie avec justement un art à la fois botanique et chimique. Car enfin, avouez que nous avons bien des talents en la matière et des professionnels de haut niveau, capables, avec deux bouts de rien et un morceau de peu, de vous créer un embrouillamini classé au top mondial de l?absurde. De passage à Ben Aknoun, - Benak pour les intimes - nos observations nous ont convaincu de la nécessité d?un tel enrichissement linguistique. En effet, à une époque pas si lointaine que cela, un décideur s?était avisé d?y faire construire un grand centre culturel. A une époque suivante, d?autres décideurs - sans doute au nom de l?urgence -, affectèrent cette infrastructure à diverses institutions et, en dernier lieu, au ministère du Tourisme. Aujourd?hui, dans un périmètre urbain où l?on compte deux des plus grandes cités universitaires du pays, la Faculté de Droit, plusieurs instituts supérieurs et quantité de lycées et de collèges, soit des dizaines de milliers de jeunes, sans compter ceux qui y résident, il n?existe pas une salle de cinéma, pas une galerie d?art, pas un conservatoire, pas un centre d?échanges et d?expression. Le seul lieu animé, en dehors de la gare routière et du bazar à fringues, se résume à l?alignement de gargotes en tôle et contreplaqué, face à la cité des Asphodèles. Dans tout le pays, de tels détournements de lieux destinés à la culture et à la jeunesse ont pu être constatés Ainsi, le Rex de la rue Mennani à Alger, petit théâtre où Kateb Yacine avait travaillé, est fermé car affecté à l?ANEM, agence de l?emploi. De même, le centre culturel d?Hydra, à peine achevé, a été cédé à la Protection civile. Tout cela peut s?inscrire dans la particulariphilie. Car, l?ANEM, faute de pouvoir employer tous les jeunes, devrait au moins leur restituer leur théâtre. De même, le tourisme, qui vise à faire venir des visiteurs en notre pays, pourrait, en rendant le centre culturel, limiter même modestement le nombre de jeunes qui ne pensent qu?à le quitter. Et la Protection civile, avant même que ses premiers destinataires ne voient la couleur de ses plafonds en se construisant un siège digne de ses missions, en aurait moins à repêcher ou secourir. On organise de doctes et officiels colloques séminaires et assises sur l?épanouissement de la jeunesse. Mais, comme toujours, seules les petites choses concrètes peuvent rendre visibles et crédibles les grands desseins abstraits.
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