Alger - Revue de Presse

Le prix du pain et la valeur du cartable



Alors que septembre n'est pas loin de venir à bout desdernières poches de canicule, la rentrée scolaire (fermant l'étroite parenthèsed'un été exécrable), pointe déjà à l'horizon avec les affres que cet évènement,par nature exceptionnel, charrie pour les uns et pour les autres.Quelque neuf millions d'apprenants vont rejoindre bientôtles bancs des classes. Si au plan quantitatif, la performance mérite d'êtresoulignée, il faut bien reconnaître qu'au registre de la qualité, il y a dequoi nourrir tous les scepticismes, tant il est patent que le systèmed'éducation et de formation en général apparaît comme l'un des segments-clefsqui met le plus de bâtons dans la roue du développement.Aussi vrai que la famille constituera toujours la cellulede base de toute société défendant crânement sa place sur la planète, devenuede nos jours un petit village avec ses nouveaux défis, l'école en estvéritablement le socle sur lequel prend pied toute la superstructure d'un Etatsouverain au sens régalien du mot. D'autant plus que l'on doit à la vérité dedire qu'aussi vrai que le pays a mal là où l'école ne trouve pas de remède àses maux qui restent à diagnostiquer, le laborieux chantier de (s) réforme (s)s'apprête à subir, dès la rentrée prochaine, son premier examen probatoire avecl'arrivée à «terme échu» de la première fournée des bacheliers formés auxnouveaux programmes pédagogiques.Cette année aussi, cent vingt-six écoles privées agrééespar l'Etat vont venir se mesurer à l'aune (toujours imprécise) del'enseignement public et de l'accès gratuit à l'école pour tous.L'équation à plusieurs inconnues, qu'elle se résolve tôt outard, demeurant toujours celle de mettre l'école au juste diapason desmutations multiformes qui «travaillent» en profondeur la société tout entière,la première des incohérences de notre système éducatif reste que le colossaleffort financier consenti au profit du secteur de l'éducation est inversementproportionnel au nombre «enflant» des analphabètes «recalés» par une école quine peut valablement suppléer aux défaillances d'une gestion à vue d'Å“il d'unpays où même les indicateurs vitaux de la santé sont prisonniers d'une lecturevue sous un prisme déformant.Plus inquiétant encore: au moment où l'argument massue dupouvoir matériel s'impose comme le critère «imbattable» de sélection quasinaturelle pour l'accès au savoir, le péril qui se cache sous toutes noshypocrisies n'est-il pas celui de niveler la société par le bas, lorsque chacunde ses démembrements est «diablement» tenté de tirer la couverture de son côté? Aussi vrai que l'échelle «ouverte» des valeurs s'est jouée de ses hautesmarches, l'envie d'user de l'escabeau pour chuter au summum de la réussite(tout court !) n'est-elle pas à l'origine de l'enrayage de tout l'engrenage dela boussole devant guider tout le pays vers les rivages du salut ?Sous les coups de boutoir d'un pouvoir d'achat dégradé etle sort inique fait à l'enseignant algérien, force est de reconnaître qu'il estde plus en plus malaisé aujourd'hui pour un chef de famille de choisir entre leprix d'une baguette de pain et la valeur d'un cartable. Les statistiquesparlant de quelque neuf millions d'analphabètes, ajoutés aux milliers de jeunesqui peuplent les rues - rebut pathétique d'un système de formation qui serecherche -, résonnent comme une injure faite aux efforts financiers herculéensconsentis par l'Etat et la sueur du corps «endolori» des enseignants.Mais la grosse faille de l'école algérienne n'est-elle pasfinalement à chercher du côté du comportement de l'Algérien d'aujourd'hui qui,consciemment ou pas, continue encore à tourner le dos au bon sens le plusélémentaire en faisant de l'illettré fortuné un personnage respecté etrespectable, dont le patronyme est précédé par un «Si», et du diplômé hittiste,le «raté» d'une société en perte de ses repères ?
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